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SupporTerre, l’association qui la joue collectif

Fondée en 2017, l’association SupporTerre a ouvert une recyclerie du sport l’an dernier à Nantes. Julie Chalaux, co-directrice de l’association, nous explique comment son association agit au quotidien pour un sport plus responsable.

D’où vous est venue l’idée de créer l’association SupporTerre ?

Après des études de management du sport, Aurélien Toncelli, le fondateur de l’association SupporTerre, travaillait dans le sponsoring sportif à Paris. Il a ressenti une perte de sens dans son travail et a souhaité relier les valeurs du sport à des enjeux sociaux et environnementaux. Nous avons donc sondé les collectivités et les clubs de la région nantaise pour connaître leur envie de travailler sur ces sujets. Nous voulions être dans le concret, dans l’action ; le format de l’association nous est apparu comme la meilleure solution. C’est ainsi que SupporTerre est née en août 2017.

SupporTerre-Ecolosport-Nantes

Comment SupporTerre fonctionne ?

SupporTerre a pour vocation de contribuer aux transitions sociétales et écologiques dans le sport. Nous sommes présents à Nantes et notre périmètre d’action s’étend au maximum à la région Pays de la Loire. Nous avons une bonne connaissance du territoire nantais et sommes attachés à conserver ce lien avec les acteurs locaux.

Avec la recyclerie du sport, nous récupérons en moyenne entre 4 et 10 tonnes par an de matériel sportif inutilisé auprès des collectivités, des magasins de sport, des clubs et des particuliers. Après une évaluation et une valorisation de chaque produit, nous le mettons à la vente dans notre local à des prix accessibles. Nous proposons beaucoup de vêtements et chaussures de sport, mais nous avons aussi d’autres types d’équipements comme des raquettes de tennis, des kimonos, des ballons, des appareils de fitness…

Cette activité présente un double intérêt. D’abord écologique : nous remettons dans le circuit des équipements qui sont destinés la plupart du temps à la poubelle. Mais aussi social : nous proposons de l’équipement de sport à tarif accessible. Ce qui permet notamment aux jeunes et aux personnes habitant dans des quartiers prioritaires d’accéder au sport plus facilement.

D’autre part, l’association agit sur les terrains de la sensibilisation et de l’inclusion par le sport. Nous participons à une quinzaine d’événements à l’année avec des stands de sensibilisation composés de jeux et visuels ludiques sur le développement durable, le réemploi…

L’inclusion sociale est un vrai sujet chez nous. L’idée est d’essayer de lever certains freins quant à la pratique du sport notamment pour les exilés. Nous essayons de les orienter du mieux possible vers les clubs. Concrètement, nous co-organisons depuis 2 ans le tournoi « Partage ton foot ». Sur une journée, des équipes de jeunes nantais affrontent des mineurs étrangers non accompagnés à travers des matchs de foot. L’idée est de créer du lien et un échange sur le statut de chacun.

Enfin, nous proposons également des formations sur le sport et le développement durable dans l’enseignement supérieur et accompagnons les clubs de sport sur les changements de comportements.

Combien de personnes travaillent dans l’association ?

Nous avons sept administrateurs, deux salariés, deux jeunes en service civique et une équipe d’une quinzaine de bénévoles. Notre équipe est composée de profils variés et motivés. Par exemple, notre plus jeune bénévole a douze ans, elle est présente tous les mercredis après-midi ! C’est une vraie force pour nous.

A quels prix sont proposés vos articles de sport ?

En moyenne, nous revendons les équipements environ 40% moins chers que la valeur à neuf. Pour les produits les plus usés, nous appliquons une baisse de prix plus importante.

Nous adoptons une politique de classement des articles en fonction de leur état. Nous avons beaucoup d’équipements peu usés. Nous apportons un conseil en fonction de l’état du produit. Pour les chaussures de running par exemple, si l’acheteur pratique du running de manière fréquente, nous lui conseillons de choisir des chaussures en bon état avec un amorti peu usé.

Le mur de chaussures dans la boutique de SupporTerre

Avez-vous constaté des obstacles ? Il y a-t-il des problématiques plus difficiles à résoudre que d’autres ?

Il y a toujours des difficultés quand on créé une structure à partir de rien ! Comme d’autres dans ce domaine, il a fallu convaincre de la pertinence de nos actions pour obtenir des soutiens. Nous avons subi la pression immobilière du marché nantais pour trouver un local assez grand pour accueillir la recyclerie.

Mais je dirais que la principale difficulté a été de parvenir à convaincre au départ. « C’est quoi le lien entre sport et développement durable ? » Voilà une question qui est souvent revenue. Avant d’ouvrir notre recyclerie, nous avions testé d’installer une recyclerie éphémère au club de foot amateur du Metallo SC Nantes Football. Après quelques incompréhensions au départ, le message a fini par passer et le club a lui-même décidé d’aller plus loin sur le sujet en participant au World CleanUp Day, la journée mondiale du ramassage de déchets.

Par rapport aux difficultés rencontrées à la création de votre association, pensez-vous que si c’était à refaire aujourd’hui en 2020, cela serait plus simple ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre. Nous avons bien réussi à monter l’association en 2017 et cela a contribué à lever quelques barrières. Mais j’ai quand même envie de vous répondre oui parce que les mentalités sont en train de changer. Nous sommes bluffés de voir à quel point les jeunes et plus particulièrement les collégiens sont sensibles à ces questions autour de l’environnement. C’est très encourageant !

Avez-vous pu tisser des partenariats avec des clubs sportifs locaux ?

Oui nous travaillons aussi bien avec des clubs professionnels et amateurs, c’est ce qui est intéressant à Nantes, c’est une ville sportive où tous les sports sont représentés.

SupporTerre-Ecolosport-Nantes

Quel doit être le rôle du sport dans la transition écologique selon vous ?

Le sport, c’est un peu un jeu d’ombres et de lumières. Quand on voit la liesse populaire suite à la victoire en Coupe du Monde des garçons en 1998 ou 2018… Il n’y a que dans le sport qu’on retrouve ces émotions ! Cependant, dans le sport business, certaines valeurs sont reléguées au second plan, de même pour l’environnement avec toute la pollution engendrée.

Je dirais que le sport doit faire sa part pour la transition écologique. On peut se servir de l’esprit d’équipe, du goût du challenge et de la compétition qu’ont les sportifs pour les emmener dans la transition écologique. Et puis, si on prend un peu de recul, la Terre est le terrain de jeux de tous les sportifs ! Après, il ne faut pas rentrer dans une vision anxiogène, ne pas culpabiliser les gens. Nous croyons fermement à l’aspect positif et ludique : par exemple, le plogging, ça prend partout dans le monde parce que c’est une bonne action.

Comment imaginez-vous SupporTerre d’ici 5 ans ?

Quelque part, nous existons parce qu’on récupère des équipements qui devaient partir à la poubelle. Si on continue sur ce chemin, nous ne devrions plus exister dans 5 ans !

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Théo Fleurance
Contributeur pour Écolosport, je suis un grand passionné de sport et de ses valeurs. Fort de plusieurs expériences chez différents acteurs du monde du sport, je suis persuadé que la transition écologique est une formidable opportunité pour offrir un meilleur avenir au sport et à notre planète.

    1 Commentaire

    1. […] SupporTerre a qui nous avions consacré un article en juillet est en plein boom du côté de […]

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