Vent de fraîcheur sur les maillots de Brentford ! Promu en Premier League cet été, le club ne séduit pas seulement sur le rectangle vert. Soucieux du pouvoir d’achat de ses fans et de son empreinte sur l’environnement, le club a annoncé cette semaine qu’il n’aura pas de nouveau maillot domicile l’an prochain.

Depuis toujours, le merchandising et la vente de maillots représentent des sources de gains additionnels pour les clubs de football professionnels, en complément des revenus lucratifs générés par les droits TV, le sponsoring et le trading de joueurs. À l’issue de chaque saison, les clubs et leurs équipementiers rivalisent de créativité, avec plus ou moins de réussite, pour imaginer le design qui fera vendre le plus de maillots.

Ces dernières années, les quatrièmes tuniques portées par les plus grands clubs d’Europe illustrent davantage le lien avec la mode et son caractère éphémère, les designs s’affranchissant régulièrement de l’historique des équipes pour être le plus original possible. Si les gains financiers ne sont pas négligeables dans les comptes de résultats des clubs professionnels, il n’empêche que la facture environnementale est élevée, entre la production, l’acheminement et la livraison des kits à travers le globe.

À partir de ce constat, un club de Premier League a décidé d’agir : Brentford. Absent de l’élite anglaise depuis 1947, le promu londonien a annoncé cette semaine que ses joueurs porteraient le même maillot domicile la saison prochaine.

« Le respect, le progrès et la solidarité sont nos trois valeurs principales, comme le savent nos supporters. » déclare Jon Varney, directeur général des Bees. « Nous croyons en un football plus abordable pour les fans et nous savons pertinemment qu’il faut le rendre plus durable. Lorsque nous avons évoqué cette idée pour la première fois au club, tout le monde était unanime ».

« Nos supporters seront reconnaissants »

Ce choix n’est pas seulement lié à des considérations écologiques. Les dirigeants ont conscience des conséquences économiques de la période actuelle. Ils désiraient prendre une mesure favorisant le pouvoir d’achat de leurs supporters : « Bien que ce ne soit pas monnaie courante en Premier League de renouveler ses tenues tous les deux ans, nos fans nous ont dit qu’ils seront reconnaissants de devoir acheter un maillot tous les deux ans, avec les économies que cela comporte pour eux » appuie Jon Varney.

Des économies pour les fans, certes, mais ce manque à gagner peut-il fragiliser la santé financière des Bees, alors que la pandémie a fortement impacté l’économie des clubs ? Aucun risque selon son directeur général : « Notre montée en Premier League nous offre des revenus conséquents en termes de droits TV et de partenariats commerciaux. Ils dépassent de loin le bénéfice que nous pourrions réaliser avec la vente de nos maillots. C’est le moment idéal pour nous d’essayer quelque chose de nouveau dans le football, sans que cela ait un impact néfaste sur notre bilan économique. Nous pensons également que c’est un pas dans la bonne direction pour aider l’environnement. Cela ne peut être qu’une bonne nouvelle d’allonger la durée de vie des maillots sans en créer de nouveaux. C’est un petit pas, mais nous continuerons de travailler en étroite collaboration avec notre équipementier Umbro pour nous assurer que nos tenues sont les plus durables possibles.  »

D’autres clubs, engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique, devraient observer avec attention le succès de cette opération la saison prochaine dans l’Ouest londonien. Un renforcement de l’attachement des fans et une diminution de l’empreinte environnementale couplés à un bilan financier à l’équilibre pourraient inciter Brentford à étendre cette mesure aux autres tenues du club. En France, une telle opération semble utopiste à l’heure actuelle. Le modèle économique des clubs repose majoritairement sur les gains issus des droits TV et de la vente de joueurs, notamment vers la Premier League. Deux sources de revenus respectivement mises à mal par l’épisode Mediapro (les droits TV en France sont à la baisse) et la pandémie de Covid en Europe qui a ralenti le marché des transferts en raison de son impact économique sur les clubs. Marché très prisé des recruteurs anglais ces dernières années, la Ligue 1 ne peut espérer vendre autant de joueurs que par le passé en Angleterre en raison du Brexit, qui instaure des conditions strictes de recrutement, comme le nombre de matches disputés en tant que titulaire sur la saison. La santé financière des clubs français est précaire et la moindre source de revenus sera certainement exploitée, même si le merchandising ne représente qu’une part minoritaire des budgets dans l’Hexagone.

Photo à la Une : Brentford FC

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