Chloé Trespeuch Snowboard Ecologie Ecolosport

Vice-championne olympique de snowboardcross à Pékin il y a quelques jours, Chloé Trespeuch (27 ans) sensibilise dès qu’elle le peut à la protection de l’environnement. Entretien avec la star du snowboard français.

D’où vous vient cette sensibilité pour l’écologie ?

Chloé Trespeuch : J’ai grandi entre Saint-Jean-de-Monts en Vendée et Val-Thorens en Savoie. Dans ces deux milieux, j’étais très proche de la nature. D’un côté en forêt à quelques mètres de la plage et de l’autre dans les montagnes. J’ai tout de suite aimé cette nature. Aussi, mon papa est très sensible à l’écologie et il nous a éduqué avec cette notion de toujours faire attention à notre consommation et à l’impact qu’elle peut avoir. Je suis également témoin de la fonte des glaciers sur lesquels je m’entraîne l’été.

Qu’avez-vous aussi pu constater de part votre expérience ?

Chloé Trespeuch : Il y a de plus en plus de pollution sur les plages, l’océan ramène du plastique. J’ai vu des animaux morts sur ces mêmes plages, les mégots sous les télésièges en montagne, les hivers plus courts, les changements brutaux de température. Tout cela m’alerte.

Quel est votre constat global au sujet de l’urgence climatique ?

Chloé Trespeuch : On a vraiment besoin de cette nature et on est en train de la dégrader. Elle est essentielle pour se nourrir, pour être heureux en extérieur, pour respirer de l’air sain. C’est si précieux, tous les animaux dépendent de cette nature qu’on est en train de détruire. Des espèces animales disparaissent. On le voit avec les oiseaux menacés par la pollution des sols à cause des pesticides en Vendée alors que ce sont eux qui éparpillent les graines et permettent d’avoir de nouvelles pousses. Il faut réfléchir à ce qu’on consomme pour retrouver un équilibre entre humain et nature.

Quel est votre bilan écologique des Jeux Olympiques de Pékin qui viennent de se terminer ?

Chloé Trespeuch : Je suis déçue que les Jeux aient eu lieu dans un endroit pas adapté aux sports d’hiver. Il a fallu tout construire sur place plutôt que de choisir un site déjà aménagé. Ce sera le cas en 2026 en Italie où il y a déjà des infrastructures, de la neige naturelle. La neige artificielle était présente en trop grande quantité en Chine. Juste pour acheminer l’eau jusqu’au site, c’était catastrophique. Et puis, la consommation de plastique sur place m’a gênée. Tout était sur-emballé, jetable comme les assiettes, les couverts… J’ai l’impression que rien n’a été pensé pour alléger l’impact sur l’environnement et réfléchir à consommer plus durablement. Il y avait moyen de produire moins de plastique. On avait que des petites bouteilles au lieu d’avoir de grandes fontaines d’eau. Le seul point positif, c’est que cela a permis d’ouvrir le débat et on sent que tout le monde est de plus en plus sensible à la préservation de l’environnement. On peut donc espérer que lors des prochains événements, ce soit pris en compte pour satisfaire la volonté du plus grand nombre.

Justement, peut-on espérer que ce soit les derniers Jeux olympiques organisés de cette façon ?

Chloé Trespeuch : On voit que Paris 2024 réfléchit à réutiliser ce qui existe déjà. C’est déjà un point très important. On sent que les enjeux environnementaux sont au cœur du projet. C’est très encourageant. A Milan, le territoire est déjà prêt, ce qui permettra de réduire l’impact sur l’environnement.

Chloé Trespeuch Snowboard Ecologie Ecolosport

Selon votre expérience du terrain, quels sont les petits gestes que les organisateurs et les sportifs peuvent faire pour participer à la préservation de l’environnement lors de compétitions sportives ?

Chloé Trespeuch : On peut vraiment s’améliorer sur le plastique : les bouteilles, les goodies… Il faut aller à l’essentiel. Au niveau des transports, on peut progresser aussi. A Paris en 2024, il n’y aura que des véhicules propres dans le village olympique. Je le redis mais il faut utiliser les infrastructures déjà existantes. Les athlètes savent s’adapter parce qu’on fait un sport extérieur. On doit prendre en compte notre environnement et ne pas le transformer.

Est-ce un sujet prégnant parmi les sportifs français et internationaux ?

Chloé Trespeuch : Pas pour tout le monde. La plupart sont très sensibles du fait qu’on vit au milieu de cette nature. Certains athlètes ne le sont pas encore et ça vient de l’éducation. Il faut sensibiliser les sportifs comme la population mondiale. Cela fait partie du combat pour progresser. Martin Fourcade vient d’être élu au CIO et c’est une belle avancée, je connais son avis sur la question. Il aura du poids en tant que représentant des athlètes pour mettre ce sujet sur la table.

La médiatisation de votre médaille d’argent olympique en snowboardcross à Pékin peut-elle aider à porter ce message ?

Chloé Trespeuch : Je l’espère. A chaque fois que je donne une interview dans les médias, j’ai à cœur de dire un mot sur l’écologie. Les athlètes peuvent être des modèles pour la jeunesse. Je souhaite donc partager mes convictions, sensibiliser, faire réfléchir… Il n’y a pas besoin de changer complètement sa vie, il existe des petits gestes du quotidien qui peuvent faire changer les choses.

L’été dernier, vous avez créé l’association Ecoglobe

Chloé Trespeuch : J’avais envie d’utiliser cette petite notoriété afin de mettre en avant ma sensibilité pour l’environnement, faire des actions concrètes au niveau local. On a, par exemple, nettoyé les marais à Saint-Jean-de-Monts, des experts sont intervenus à travers une activité sportive et ludique. On va organiser d’autres événements comme nettoyer les plages, les forêts en faisant du sport… Tout est possible et on veut agir localement pour sensibiliser les jeunes et ceux qui aiment le sport. C’est aussi l’occasion de nous réunir en famille autour de valeurs communes avec mon grand frère et ma petite sœur mais aussi des amis qui partagent la même sensibilité.

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