Le manque de climatisation dans le Village olympique des prochains Jeux de Paris 2024 a soulevé un certain nombre de questionnements et de débats ces derniers jours. Mais le sujet principal a peut-être été oublié…

Pas de clim’ pour les athlètes ! Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue mardi 17 janvier, Nicolas Ferrand, le directeur général de la Solideo, en charge de construire les ouvrages des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, a livré une information qui n’avait pas forcément filtré jusqu’ici : les bâtiments ne seront pas équipés en climatisation. « Nous, nous construisons des chambres où il fera moins 6 degrés par rapport à la température extérieure. » Suffisant ? Pas pour certains membres du mouvement sportif, qui craignent un été caniculaire comme celui de 2022. L’un d’eux s’est d’ailleurs exprimé auprès de l’AFP : « Imaginez plusieurs jours d’affilée à plus de 40 degrés, dans des chambres à 34 degrés. C’est quand même assez fou que ces scénarios n’aient pas entraîné de modification. (…) Il y a des fédérations qui tentent déjà de trouver des solutions de repli, d’essayer de se loger ailleurs. S’ils continuent comme ça, ils vont vider le village. »

Le site va accueillir près de 15.000 personnes sur la quinzaine des Jeux. Il a été pensé pour générer le moins de carbone possible, grâce aux matériaux choisis notamment. Le Village olympique sera aussi entouré de 7 hectares d’espaces verts. Dans leur stratégie de diviser par deux les émissions de CO2 par rapport aux précédentes éditions, Paris 2024 a donc souhaité se passer de climatisation, élément certes essentiel pour le bien-être en cas de fortes chaleurs, mais aussi largement polluant. « C’est une question de société. Est-ce que collectivement on accepte d’être à moins 6 degrés et d’avoir un excellent bilan carbone, ou alors on dit ça ne va pas, et on est prêt à dégrader le bilan carbone ? » s’est légitimement interrogé Nicolas Ferrand.

Les différents articles de presse et les différentes réactions au sujet de ce manque de clim’ ont tous éludé une autre problématique, pourtant centrale : pourra t-on continuer à faire du sport et à organiser des Jeux Olympiques en plein été ?

Faire du sport en plein été, ça devient compliqué

Le rapport du WWF – sorti en juillet 2021 – sur les conséquences du changement climatique sur le sport est éloquent. Dans un monde à +4°C, qui est la plus forte tendance à ce jour, nous perdrons jusqu’à 2 mois de pratique sportive ! Dans un monde à +4°C, il sera alors (très) difficile d’imaginer des Jeux Olympiques et Paralympiques s’organiser en juillet-août, ou alors seulement dans les pays du Nord, où les températures seront encore assez clémentes.

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Organiser des Jeux en plein été peut mettre en difficulté les athlètes, qui vont subir de plus en plus les fortes chaleurs dans leur pratique et leur quotidien. Une utilisation raisonnée de la climatisation est évidemment souhaitable et des alternatives moins gourmandes en CO2 existent. C’est d’ailleurs ce qu’explique Paris 2024, en réponse aux premières polémiques : « C’est toujours un sujet en « work in progress », il y a d’autres solutions alternatives à la clim’, type plancher réversible, ventilateur. Mais on travaille sur le sujet, sauf que ce n’est pas complètement établi. On en parle avec la commission des athlètes. »

Des Olympiades en mai, juin, septembre ou octobre bouleverseraient les calendriers internationaux mais permettraient aux athlètes de concourir dans de meilleures conditions, en impactant moins la planète. Le même débat va s’ouvrir concernant les Coupes du Monde de football ou certains autres Championnats qui ont lieu à cette période estivale. Ce décalage des événements sportifs a par ailleurs été entraperçu à l’automne 2022. Le Qatar ne pouvait pas organiser une Coupe du Monde de football en juin-juillet, à cause de son climat aride et de températures trop hautes pour les organismes des sportifs, et avait donc reçu l’événement en novembre-décembre. Le déplacement de ce Mondial controversé est peut-être la première pierre d’un bouleversement plus global, dû aux hausses des températures, et qui touchera de nombreuses régions du monde dans les prochaines années.

Si l’inquiétude est de mise aujourd’hui pour Paris 2024, elle peut aussi déjà l’être pour Los Angeles 2028. La cité californienne est en proie quasiment chaque été à d’importants incendies, conséquences de la sécheresse estivale. En 2032, les Jeux seront organisés à Brisbane, en Australie. En 2019, d’importants incendies avaient touché sa région et le pays, conséquences – là-encore – du changement climatique. Et si, à partir de 2036, nous avancions ou repoussions la date de ces Olympiades, pour éviter aux athlètes les trop fortes chaleurs et l’utilisation massive de climatisation pour y remédier ?

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