Maewan Ecolosport

À la genèse de l’association Maewan se trouve une amitié de plus de 15 ans entre Marion Courtois et Erwan Le Lann. Une belle aventure, née aux Carroz d’Arâches, un petit village niché au cœur de la Haute-Savoie, mélangeant éducation, sensibilisation à l’environnement, expéditions sportives et navigation. Marion, Présidente de la structure, nous embarque dans le récit passionnant de ce projet.

Diplômée d’une licence de psychologie, d’un master en Santé publique et développement, le tout complété par une formation en naturopathie, Marion s’engage dès l’âge de 21 ans dans des missions humanitaires.
« Depuis toute petite, je sais que j’ai envie de travailler dans ce secteur, je ne me suis jamais posé trop de questions. Ma grand-mère me dit que j’en parle depuis que j’ai 7 ans » nous explique-t-elle, d’un ton amusé. Passée notamment par Médecin du Monde, Oxfam ou encore le Secours Islamique, elle a évolué pendant 15 années sur le terrain, d’abord en qualité de chargé de projet avant de gravir les échelons pour occuper des postes à hautes responsabilités. Des expériences fortes qui vont l’amener aux quatre coins du monde pour évoluer sur différentes zones de conflits (Honduras, Guatemala, Sahara, Tchad, Sud Soudan, Syrie, Birmanie, Palestine).

« J’ai tout le temps pris un énorme plaisir à faire ces missions et j’en garde d’excellents souvenirs grâce, entre autres, à l’accueil et la bienveillance des populations locales. Mais au fil des années et à force d’avoir l’impression de mettre des pansements, le constat est toujours le même : à l‘origine des crises se trouve toujours un déséquilibre de laccès aux ressources naturelles engendrant une forte inégalité des pouvoirs économiques. Ces situations sont souvent provoquées volontairement par 10% de la population pour contrôler les 90% restants. »
Partant de cette conclusion, Marion a eu envie de donner un nouvel élan à sa carrière professionnelle en œuvrant plutôt dans l’anticipation de crise. À force de discussions sur ce sujet avec son ami Erwan, elle acceptera de le rejoindre dans le projet Maewan, un tour du monde en voilier débuté en 2015.

Avec Maewan, apprendre à voyager plus lentement

Sportif de haut-niveau, guide de haute montagne, manager évènementiel et sponsoring d’une grande marque spécialisée dans les activités outdoor, Erwan Le Lann ne compte plus le temps passé dans des avions… une saturation qui l’amènera à prendre la décision radicale que désormais, ses voyages et les découvertes qui vont avec se feront de façon lente. Influencé par ses origines bretonnes, le montagnard choisira donc de se lancer dans une aventure maritime à bord d’un petit bateau nommé Maewan.

Prendre son temps, aller à la rencontre de peuples reculés, ouvrir de nouveaux itinéraires dans différentes disciplines sportives (escalade, snowboard, surf, etc.), tels étaient les objectifs initiaux de cette expédition dont le parcours sort des voies de navigation classiques. Mais au bout de 2 ans, le skipper souhaite apporter une dimension sociétale à ce projet, il propose alors à Marion, une amie de longue date, d’apporter à ce voyage son expérience dans l’humanitaire. Ainsi, 3 programmes pédagogiques axés autour de la sensibilisation à l’environnement, l’éducation et l’accompagnement des territoires en développement durable ont été élaborés.

Maewan Ecolosport

© Matthieu Klitting

L’embarcation étant exiguë, ce ne sont jamais plus de 4 personnes qui rejoignent les 2 comparses. Par exemple, lors de la dernière escale en Patagonie se trouvaient la kite surfeuse Fabienne d’Ortoli, le photographe et vidéaste Matthieu Kittling et le scientifique Julien Armijo. « À l’exception dErwan et moi , les autres membres de l’équipage s’engagent toujours pour une durée de 6 semaines » nous explique Marion.

Concernant les athlètes, il leur est demandé de passer 10 jours en mer au minimum afin de créer des liens forts au sein de l’équipe . C’est également une opportunité pour eux de découvrir plus lentement les climats dans lesquels ils évoluent. En plus d’arpenter de nouveaux spots pour pratiquer leur discipline, il.elle.s s’engagent pour 3 semaines dans la mise en œuvre du programme éducatif retenu. Enfin, à leur retour en France, les athlètes se rendent également disponibles pour présenter les activités pédagogiques via des interventions dans des écoles ou dans les médias par exemple.

« Le challenge sportif est une vraie clé daccès aux populations car souvent, quand tu parles de social ou d’écologie, ce sont des sujets qui sont malheureusement accessibles à certaines niches seulement. Il y a des besoins primaires à prendre en considération avant. Par contre, avec le sport, tu crées un émerveillement qui te permet d’ouvrir un espace de discussion. D’autant plus que nous exerçons des disciplines qui intriguent car elles ne sont pas aussi connues que le foot ou le rugby, par exemple. »

Entre le voyage, l’action sociétale, les rencontres humaines et l’activité outdoor, chaque expédition demande une préparation minutieuse.

Maewan Ecolosport

© Erwan Le Lann

Bien préparer pour mieux profiter

« Clairement, l’organisation d’une étape demande 6 à 9 mois de préparation » nous explique Marion. Au-delà de l’équipage à former, il y a toutes les démarches administratives pour pouvoir entrer dans les pays ciblés. Et en période de crise sanitaire, ces formalités peuvent prendre beaucoup plus de temps… au point de chambouler le trajet. Ce fut le cas lors de la dernière aventure au Chili.

Initialement, Maewan devait faire un détour par l’Antarctique, mais l’obtention des autorisations pour aller en Patagonie ayant été plus longues que prévu, Marion a dû prendre la lourde décision de reporter le passage par le continent blanc, la (très) courte saison hivernale pour s’y rendre étant passée.

Ensuite vient la planification du programme pédagogique qui nécessite une attention toute particulière. « Pour ces actions, notre objectif est d’accompagner des structures existantes ». Ainsi, l’équipe organisationnelle doit démultiplier les contacts auprès des instances gouvernementales, de l’Ambassade de France, des ONG locales afin de présenter le projet et d’être mis en relation avec des associations. S’en suit l’étape des entretiens afin de voir si ces structures sont motivées par une collaboration et se rendre compte si les deux parties sont bien sur la même longueur d’onde d’un point de vue éthique et moral.

À chaque fois, le programme retenu par Maewan sera adapté au contexte socioculturel de l’étape et traduit dans la langue du pays. Par exemple, lors de la dernière escale en Patagonie, c’est le volet « éducation » qui a été sélectionné, les écoles étant fermées depuis un an suite à l’épidémie de la Covid-19. Le plus facile reste finalement le challenge sportif même si là aussi, il y a un gros travail de recherche en amont pour trouver des « spots » encore inexploités.

Enfin, des missions supplémentaires peuvent se rajouter telles que des observations scientifiques comme ce fut le cas en Amérique du Sud où un reportage sur l’élevage intensif de saumons a été réalisé ainsi que des prélèvements dans le but de montrer l’impact écologique de ce type d’exploitation.

De retour en Métropole, Marion est en train de ficeler la prochaine et dernière étape de ce tour du monde débuté il y a 6 ans ! Après la Patagonie, Erwan longe actuellement la côte est d’Amérique du sud en direction du Brésil.

Maewan Ecolosport

© Matthieu Klitting

L’aventure dans une continuité perpétuelle

Dans les mois à venir, les aventuriers du projet Maewan se rendront notamment dans une Favela au sud de Rio de Janeiro pour proposer des ateliers d’insertion professionnelle à destination d’un jeune public ainsi que des interventions « découvertes » dans des prisons pour mineurs. S’en suivra une remontée de l’Amazone afin de tourner un documentaire sur l’avenir de la forêt primaire et montrer les divergences entre les grosses entreprises qui ne jurent que par la déforestation, les peuples traditionnels militant pour sa préservation mais dont la force d’action est insuffisante, et toute une partie de la population qui est en train de s’organiser sous forme d’associations pour créer des activités génératrices de revenus tout en intégrant le développement durable et, par la même occasion, venir au soutien des défenseurs de l‘Amazonie.

« On va essayer de donner de la voix à ces initiatives » nous explique la Haute-Savoyarde. Pour le moment, l’équipe de sportif.ve.s n’est pas encore arrêtée mais idéalement, Marion souhaiterait avoir un.e surfeur.se, un.e grimpeur.se et un.e parapentiste afin de faire un combo eau-terre-air.

En parallèle, la direction de Maewan commence déjà à dessiner la prochaine aventure qui durera au minimum 4 ans. Une ou deux escales en Afrique seront prévues avant de revenir en Patagonie et notamment à Puerto Williams pour épauler la municipalité sur un projet axé autour de l’éco-tourisme lié aux sports d’eau (voile, kite surf, kayak, stand up paddle). Un passage par l’Antarctique sera bien entendu au programme puis, direction l‘Afrique du Sud et un probable retour en Europe via l’Océan Indien.

De quoi offrir à nos explorateurs de nouveaux souvenirs riches en rencontres, découvertes et challenges sportifs. Et comme le dit si bien Marion, « le voyage est encore plus beau quand il est long et lent. »

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Eddy Klemenczak
Spécialisé dans le secteur de l'événementiel, passionné de sport et engagé dans la protection de l'environnement au quotidien, je suis convaincu que le mouvement sportif, de part sa capacité à rassembler et à influencer, se doit d'être un acteur majeur de la transition écologique.

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