Pierre Ambroise Bosse Ecologie Athlétisme Ecolosport

A l’occasion de l’opération Eco’Jog menée en Guadeloupe le 26 janvier dernier, nous avons pu nous entretenir avec Pierre-Ambroise Bosse, champion du monde du 800m en 2017. Il revient avec nous sur les actions qu’il mène en faveur de l’environnement, sur la responsabilité qui est la sienne en tant qu’athlète professionnel, et sur sa vision d’un monde qu’il espère plus durable. Entretien exclusif.

Pierre-Ambroise, quel est l’objectif de ta présence en Guadeloupe actuellement ?

Pierre-Ambroise Bosse : Je suis actuellement en stage d’entraînement pour 5 semaines avec une partie de mon équipe #Bosse2024 afin de bénéficier de conditions climatiques optimales et bien préparer la saison estivale 2022. Je profite de ma présence ici pour mener différents types d’opérations sur l’île, engageant la jeunesse guadeloupéenne notamment.

Tu profites d’être sur place pour participer à un ECO’JOG. Peux-tu nous en dire plus sur cette action et en quoi elle consiste ? Pourquoi as-tu souhaité y participer ?

Pierre-Ambroise Bosse : Oui, c’est une réelle volonté personnelle de participer et impulser ce type d’opération tout au long de ma préparation, que ce soit sur l’hexagone ou à l’étranger, lors de mes différents stages de préparation. Pour la petite histoire, j’ai eu l’occasion en septembre dernier d’être le parrain d’un Eco’jog organisé par Bryan Cantero et Squarechamps lors du World Clean Up Day 2021.

J’ai réellement pu prendre conscience de l’impact que nous pouvions tous avoir par le biais de la course à pied sur l’environnement, et le bonheur que procurait ce type d’action éco-citoyenne. Maintenant que je travaille directement avec Bryan avec ma structure #Bosse2024, c’est pour nous une évidence de développer cet engagement et ainsi de rallier le maximum de coureurs au mouvement du plogging jusqu’aux Jeux Olympiques et Paralympiques 2024, et même au delà ! « Courir pour son bien être et celui de la planète ! » C’est plutôt sympa comme concept, non ?

Pierre-Ambroise Bosse, lors de l’opération Eco’Jog du 26 janvier 2022
En tant qu’athlète, ressens-tu ou constates-tu les effets du réchauffement climatique sur ta pratique quotidienne ? Est-ce que celle-ci a été impactée et as-tu eu à t’adapter, dans le cas par exemple de journées extrêmement chaudes ?

Pierre-Ambroise Bosse : Il est vrai qu’en 10 ans de carrière à haut niveau j’ai eu la chance de beaucoup voyager à l’étranger, grâce aux stages d’entraînement et les diverses compétitions internationales. Cela m’a donc permis de constater certaines choses.

Certaines évolutions de températures peuvent interroger. Je pense notamment à des variations climatiques un peu plus brutales et de plus en plus fréquentes, avec parfois des températures très (trop) chaudes, ne correspondant pas forcément avec les moyennes de saison dans certains pays ! J’ai d’ailleurs une anecdote là-dessus : j’étais en stage de préparation à Melbourne et il faisait littéralement 50 degrés avant une séance. J’allais donc faire demi-tour et attendre de meilleures conditions, mais un scénario surréaliste s’est déroulé, en l’espace de 2 minutes : un coup de vent, et un nuage plus tard, il faisait 30 degrés de moins ! J’ai presque eu froid, du coup ! Melbourne est réputée pour être la ville aux 4 saisons en 1 journée, mais c’est quand même impressionnant.

Je me souviens notamment des championnats du monde de Doha en 2019 où la température extérieure était tout simplement insoutenable en dehors du stade. Pour combler ça, l’organisation qatari avaient installé un dispositif énorme de climatisation dans le stade permettant ainsi d’optimiser la température sur la piste… Une prouesse technologique certes, mais on peut tout de même sincèrement se questionner sur l’impact énergétique et environnemental de tels procédés…

Mais ce qui m’a réellement le plus impacté sur ma pratique et poussé à agir, c’est la pollution permanente que je croise depuis toutes ces années sur les différents terrains d’entraînement que je pratique (route, chemin, forêt, pinède etc.) Et ce constat ne va malheureusement pas dans le bon sens…

Les médias généralistes parlent encore peu du réchauffement climatique. Te sens-tu investi, en tant qu’athlète avec une certaine renommée, d’une mission de montrer l’exemple et de parler d’un sujet si important que celui-ci ?

Pierre-Ambroise Bosse : Complètement. Comme je l’ai dit tout à l’heure, j’ai réellement envie d’agir et de m’engager pleinement dans mon rôle d’éco-citoyen. Vous savez, vous fermez les yeux jusqu’au jour où… trop, c’est trop ! Vous avez envie d’agir, agir en tant que citoyen et coureur responsable. Vous voulez vous servir de votre notoriété dans le monde de la course pour sensibiliser et tenter de réagir ! Je ne veux surtout pas croire qu’en 2022, nous devons tous nous laisser atteindre par cette forme de fatalisme qui nous amènerait à croire que rien ne peut changer. Je crois beaucoup aux actions locales qui se multiplient et qui font sens, et pour moi les eco’jogs en font pleinement partie !

Aujourd’hui, les spécialistes sont unanimes pour dire que le traitement des crises, qu’elles soient d’ordre social, économique, sanitaire ou autres, fonctionnent souvent sur le même schéma avec des solutions à réaction face à l’urgence. On a encore pu le voir ces derniers temps avec la crise du Covid. Sauf qu’avec l’écologie, on est incontestablement sur quelque chose qui est plus grand que nous. L’urgence ne marchera pas et le retour en arrière sera inévitable. Il faut passer par une prise de conscience collective et agir dès aujourd’hui.

On peut prendre cet exemple concret et factuel et regarder aujourd’hui le « Jour du dépassement », qui représente l’ensemble des ressources usées par l’humanité et que la Terre peut régénérer sur une année. On l’a atteint en 2021 le 29 juillet alors qu’il y a encore 50 ans (en 1970) il se situait autour du 29 décembre !

Pierre-Ambroise Bosse et son team devant les déchets récoltés durant l’Eco’Jog
Les JO 2024 se veulent résolument durables. Est-ce important pour toi de t’engager dans des Jeux qui soient le moins impactant possible pour la planète ?

Pierre-Ambroise Bosse : Oui, très important même. On est clairement à un moment charnière où un changement profond de mentalités s’impose. Nous devons revoir notre façon de consommer et d’agir si nous voulons nous offrir la chance de relever la tête et permettre à notre planète de respirer un peu mieux ! Les JO, c’est l’événement planétaire phare que tout le monde observe. Si on montre l’exemple à Paris, alors les autres pays suivront ! De nombreuses personnes changeront également leur façon de voir les choses sur le développement durable, boostant ainsi leur sensibilité éco-citoyenne.

Enfin, si l’on parle purement de sport, quelles sont les prochaines échéances pour toi ?

Pierre-Ambroise Bosse : Mon objectif c’est Paris 2024 ! Tout ce que je construis aujourd’hui avec mon team, c’est pour les JO. Je veux être champion olympique dans mon pays, écrire la plus belle page de mon histoire et faire vivre de belles émotions au public français. Evidemment, pour cela, il y a de nombreuses étapes intermédiaires, à commencer par cet été avec les championnats du monde à Eugène (USA) suivi des championnats d’Europe de Munich ! Un gros programme en perspective (rires) !

Passionné par la course à pied et le trail, intéressé par le sport en général, la cause environnementale est une de mes préoccupations majeures. M'engager comme rédacteur au sein de Ecolosport, c'est donc concilier un des mes principaux centre d'intérêt et mon engagement pour notre planète et notre avenir.

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