Champions Cup Carton rouge Rugby Afrique du Sud Ecologie Ecolosport
Si Ecolosport se veut être un média positif et tourné vers les bonnes pratiques, il est aussi nécessaire de rappeler que certaines mauvaises pratiques perdurent et se développent, à rebours des enjeux environnementaux d’aujourd’hui et de demain. Voici notre nouvelle rubrique, que nous voulons très ponctuelle : Carton rouge.

La saison prochaine, trois provinces sud-africaines vont rejoindre la Champions Cup de rugby, organisée par l’EPCR. Si d’un point de vue sportif, cette décision est controversée, d’un point de vue écologique, c’est un non-sens absolu.

Alors que la France fait face à une vague de chaleur exceptionnelle pour un mois de mai, que les rapports du GIEC sont tous plus alarmants les uns que les autres et qu’une sixième limite planétaire (sur neuf dénombrée) a été dépassée, l’EPCR, structure en charge des coupes d’Europe de rugby, devrait prochainement annoncer un nouveau format de ces compétitions et de sa Champions Cup, plein de non-sens d’un point de vue écologique (et sportif).

Une empreinte carbone en hausse

Au début du mois de mai, une source proche du dossier a fait savoir à la presse que l’institution aurait trouvé un accord avec la SARU (South Africa Rugby Union) pour intégrer 3 provinces sud-africaines en Champions Cup à compter de la saison prochaine : les Sharks, les Stormers et les Bulls.

Une décision qui a le don de faire grincer des dents dans le monde de l’ovalie tant elle dénature l’envergure européenne de la compétition. D’autant plus que ces 3 nouveaux participants remplaceront des clubs du Vieux-Continent, un Écossais, un Gallois et un Italien.

Surtout, l’empreinte carbone – déjà relativement importante pour ce type de tournoi – va être considérablement alourdie. À titre d’exemple, un groupe de 50 personnes effectuant un aller-retour Paris-Durban émet 166,1 tonnes de CO2 soit 3,3 tonnes par personne… En moyenne, un Européen émet 8,4 tonnes de Co2/an (selon Greentripper) et un Français 10 tonnes.

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© INPHO/Laszlo Geczo

La pratique sportive menacée par le dérèglement climatique

Tout laisse à penser que les dirigeants de l’EPCR, à l’instar de nombreuses autres entités sportives, n’ont toujours pas intégré les enjeux environnementaux dans leurs prises de décision. Nous pouvons citer, entre autres, les derniers Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver, l’Euro 2020 de football, la prochaine Coupe du Monde de football au Qatar…

Pour rappel, le WWF a sorti en juin 2021 un rapport montrant l’impact du dérèglement climatique sur la pratique sportive. Selon cette étude, « les sportifs pourraient perdre entre 24 jours et 2 mois de pratique dans un scénario à +2°C et +4°C. » Malheureusement, la trajectoire est plutôt proche du deuxième scénario, ce qui aura forcément des répercussions sur le sport : saisons écourtées, problématiques sur la gestion des terrains ou risques sanitaires plus importants pour les pratiquants.

Quelle image envoyée aux jeunes générations ?

Le sport professionnel devrait, grâce à son pouvoir fédérateur, se montrer exemplaire tout en assurant son rôle éducatif. Certaines organisations sportives ont intégré cette dimension dans leur développement – et c’est d’ailleurs ce que nous efforçons de relayer sur Ecolosport. D’autres semblent aller, parfois, à contre-courant, usant de belles valeurs et de plans RSE principalement pour son image et sa communication.

Interrogeons-nous aussi sur l’exemple et l’image envoyés aux jeunes générations, à qui on explique que l’on peut voyager à travers le monde, sans répercussion, pour un seul et simple match de rugby. La majorité des scientifiques est pourtant unanime : pour espérer maintenir une hausse moyenne des températures à 2°C – ce qui aura déjà de graves conséquences sur notre façon de vivre – nous devrions produire au maximum 2 tonnes de Co2 par an et par personne. Il est bon de rappeler à ces décideurs que sans une planète viable, le sport n’aura plus lieu d’être.

Photo à la une : © Icon Sport

Spécialisé dans le secteur de l'événementiel, passionné de sport et engagé dans la protection de l'environnement au quotidien, je suis convaincu que le mouvement sportif, de part sa capacité à rassembler et à influencer, se doit d'être un acteur majeur de la transition écologique.

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