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Les VTT en bois de Cycle Yoann Massot (CYM) : « Un jour on n’aura plus de carbone »

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Fabriquer un cadre de VTT français, sportif, écoresponsable et surtout en bois, c’est le défi que s’est lancé Yoann Massot il y a un peu plus d’un an et demi. Ecolosport a pu échanger avec lui.

Dans le monde du VTT, pour ceux qui en ont le budget, les cadres en carbone sont devenus la norme, pour les autres il y a les cadres en aluminium. Du moins jusqu’à présent, car dans l’atelier Cycle Yoann Massot (CYM), un jeune ingénieur de 25 ans a décidé de concevoir et fabriquer un cadre de VTT en bois !

Yoann, d’où t’es venue l’idée d’un cadre de VTT en bois ?

Yoann Massot : À la base, c’est parti d’un délire entre potes en école d’ingénieur, on s’est dit que ce serait drôle de fabriquer un vélo en bois. Comme je suis ingénieur bois et que je n’arrivais pas vraiment à trouver ma voie, l’idée à commencer à prendre et je m’y suis mis à fond. Je me suis autoformé aux machines d’usinage et aux techniques d’ébénisterie grâce à un fablab et des tutos en ligne.

Quel bois as-tu choisi pour ton cadre ?

Yoann Massot : Je me suis tourné vers le mélèze car c’est une essence avec un très bon rapport de rigidité, comme le chêne ou le frêne. Je l’ai aussi choisi car c’est un bois local (des Hautes-Alpes) et qu’on en trouve des échantillons plus variés en termes de qualité, ce qui est utile pour fabriquer différentes parties du cadre.

On voit déjà beaucoup de vélos en bambou, quelle est la différence avec le mélèze ?

Yoann Massot : Pour les deux bois, le ressenti est assez proche et les vélos sont plus confortables que le carbone. Mais le bambou a des fibres déjà orientées, ce qui limite son utilisation à des pièces qui vont dans le sens des fibres. Aussi, la difficulté à lier les tubes de bambou entre eux incite à l’utilisation de beaucoup de résine peu écologique. De mon côté, j’utilise de la colle polyuréthane qui vient faire fusionner les différents tubes, et je n’intègre que quelques inserts en métal qui permettront un montage correct et durable du vélo.

Quel est l’impact carbone de ton cadre et comment le réduis-tu ?

Yoann Massot : J’ai estimé que mon cadre en mélèze a un impact carbone 1 000 fois inférieur à celui d’un cadre en carbone. Juste pour la matière première, fabriquer 1 kg de mélèze produit 45g de CO2, contre 45kg pour 1 kg de carbone. Je réduis cette empreinte carbone en récupérant du bois dans une scierie labelisée à Embrun, à environ 70km de mon atelier, alors que la majorité du carbone est transporté par bateau depuis la Chine ou Taiwan. Evidemment, en travaillant le bois j’ai pas mal de chutes que je réutilise en paillage, litière de poulailler, pour le chauffage ou en compost à la déchèterie.

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Par contre, il est difficile de se sourcer en pièces de vélo européennes. Je suis donc obligé d’importer d’Asie pour une partie de ces pièces. Je n’intègre par contre aucune pièce en carbone sur mes vélos complets.

Penses-tu produire d’autres pièces en bois ?

Yoann Massot : Sur le futur modèle de gravel, il y aura peut-être la fourche. J’ai essayé de faire un guidon mais je dois reprendre le développement et effectuer quelques améliorations. Avec mon frère, nous essayons de concevoir des poignées en liège imprimées en 3D.

Parlons un peu sport, en termes de performances, est-ce que le cadre a des limites ? Pour quelle pratique est-il pensé ?

Yoann Massot : C’est un vélo typé all mountain, ou enduro léger, mais pas trop cross-country en compétition. Comme le mélèze est plus souple que le carbone il a un moins bon rendement en montée mais compense par son confort et reste très joueur et réactif en descente. Le cadre est un peu plus lourd qu’un modèle carbone mais je vise un objectif de 2,5kg.

As-tu déjà des clients ?

Yoann Massot : Je viens d’ouvrir les précommandes pour mon VTT en bois et je vais commencer les essais clients. En tout cas, toutes les personnes qui l’ont essayé ont été agréablement surprises et l’ont trouvé performant et très confortable.

Selon toi, que faudrait-il pour démocratiser les pièces en bois ?

Yoann Massot : Il faudrait changer les mentalités du monde du VTT et arrêter la course au poids, ce n’est pas le poids du vélo mais celui du cycliste qui fait la différence, et surtout un montage cohérent du train roulant. Aussi, il faut penser à l’étape d’après. Un jour, on n’aura plus de carbone, et il faut dès maintenant composer avec une solution plus verte dont le bois peut faire partie pour continuer à pratiquer notre passion.

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Florent Montoya

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