Dans le cadre de notre format “Inspire” et de son cinquième numéro “Loin sans partir loin”, Azaïs Perronin s’interroge, avec Jean Pinard, consultant en progrès touristiques, sur le tourisme sportif de demain, dans un monde plus chaud. Un tourisme intimement lié à des territoires plus accessibles.
En cette chaude journée de juillet du milieu du XXIème siècle, des randonneurs arrivent au bout du sentier. C’est ici, à 1200m d’altitude, qu’ils passeront la nuit. Leur sac compote le matériel nécessaire, pas plus. Les tentes et les réchauds les attendent déjà. Entretenus par le parc naturel, ils sont installés pour quelques jours avant de retrouver les étagères de la maison du bivouac. “La démocratisation des activités de pleine nature est un sujet de société qui s’accompagne, qui suppose des aménagements”, estime Jean Pinard.
Les randonneurs sont montés chercher un peu de fraîcheur quand les nuits tropicales devenaient insoutenables en ville. Lorsque le thermomètre dépasse les 40°C dans les vallées, le rituel saisonnier se met en place. Les navettes déposent les visiteurs au pied des sentiers dès le petit matin. Venir chercher quelques degrés de moins est devenu un besoin, auquel les territoires se sont préparés. “Il ne s’agit pas d’empêcher les gens de venir, au contraire, grâce à l’aménagement, l’acculturation, l’accès à la nature est organisé”.
Parmi les campeurs du soir, certains étaient venus ces derniers jours pour assister à une compétition de canoë-kayak. Ils se sont saisis de cet événement réputé pour sillonner la région. “Il faudra accepter de voyager moins souvent, mais de vivre davantage les territoires que l’on découvre”, note Jean Pinard. Les spectateurs comme les participants ne traversent plus la France ou l’Europe pour quelques heures avant de repartir aussitôt. Les séjours sont plus longs, les déplacements moins nombreux. Le train est redevenu l’épine dorsale des grands rassemblements sportifs, associé à des mobilités locales plus sobres.
D’ailleurs, les organisateurs ne se contentent plus de proposer seulement une compétition. Ils sont les passeurs du patrimoine local.“La manifestation sportive doit être une porte d’entrée vers un territoire, pas une parenthèse hors-sol sans lien avec la culture locale”. Les habitants avaient voix au chapitre et se sont exprimés favorablement pour la tenue de l’événement. Les producteurs, les artisans prennent part à la fête dont l’esprit n’a pas été dévoyé.
Au fond, c’est peut-être notre rapport au temps libre qui a le plus changé. Le rejet toujours plus prégnant des écrans pousse toutes générations confondues vers l’extérieur, vers la nature. Les territoires se sont adaptés : plutôt que de réserver leurs sentiers, leurs cours d’eau, leurs falaises aux pratiquants les plus expérimentés, ils ont préféré apprendre à accueillir de nouveaux publics. “L’usage du temps libre est concurrencé aujourd’hui de manière très féroce chez les jeunes par le divertissement digital. C’est une question de société : que faire de ce temps libre ?”, interroge Jean Pinard.
Dormir sous une tente, observer un ciel étoilé, partager un repas ou marcher sans objectif de performance sont redevenus des expériences ordinaires. “A l’avenir, il faudra accepter que la pleine nature ne soit pas réservée à une petite élite culturelle et sportive. Son accès sera organisé autour d’un pivot : le partage.”





