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Dérèglement climatique et sédentarité : l’économie mondiale du sport pourrait perdre jusqu’à 1600 milliards $ par an

Dérèglement climatique et sédentarité : l’économie mondiale du sport pourrait perdre jusqu’à 1600 milliards $ par an
© Nico Knaack / Unsplash
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Dans un contexte de changement climatique important et une augmentation de la sédentarité, le Forum Économique Mondial alerte, via un rapport publié en janvier 2026, sur des potentielles pertes économiques annuelles avoisinant les 1600 milliards $ pour le secteur sportif d’ici 2050.

Qu’on se le dise d’emblée : le sport pèse de plus en plus dans l’économie mondiale. Alors que ses revenus ont été estimés à 2 300 milliards $ en 2025, ils devraient atteindre 3 700 milliards $ en 2030 et 8 800 milliards $ d’ici le milieu du siècle, d’après les dernières projections du Forum Économique Mondial,
dans son rapport « Sport for people and planet » édité en janvier 2026. Le tourisme sportif, les investissements ainsi que le sponsoring, la pratique féminine et l’émergence du sport dans certaines parties du monde, en particulier l’Amérique Latine, l’Afrique et le Moyen-Orient, sont les fers de lance de cette dynamique.

Un fort développement qui reste pourtant fragile et se trouve même à un point de bascule. Avec une augmentation inquiétante de la sédentarité et l’accélération du dérèglement climatique et de ses conséquences, l’économie mondiale du sport pourrait finalement perdre annuellement jusqu’à 517 milliards $ dans les 5 prochaines années et 1600 milliards $ d’ici 2050 !

Des menaces bien réelles sur l’économie mondiale du sport

Actuellement, ce sont près d’un tiers des adultes et jusqu’à 80 % des jeunes qui ne respectent pas les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé en terme d’activité physique quotidienne, un véritable problème de santé publique participant à la recrudescence de maladies cardiovasculaires, de cas d’obésité et de diabète de type 2. Et alors que l’OMS a fait d’une priorité la lutte contre la sédentarité, les tendances sur les prochaines années sont plutôt à une augmentation de la population inactive. Un phénomène qui impactera forcément l’économie mondiale du sport avec moins de pratiquant(e)s, qui sont également des consommateur(rice)s (tourisme, produits dérivés, supportérisme…). Au niveau des États, il y aurait donc tout intérêt à flécher une part plus importante des dépenses liées à la santé dans la promotion de l’activité physique.

La 2ème menace pour le secteur sportif est liée au dérèglement climatique. Dans une précédente étude, le Forum Économique Mondial révélait que « plus de 90 % des droits médias et 76 % des revenus de sponsoring dans le sport professionnel sont liés aux activités de plein air ». Vagues de chaleur, tempêtes, inondations, feux de forêt, autant de phénomènes climatiques extrêmes qui s’amplifient et viennent de plus en plus perturber l’organisation de compétitions, entraînant des reports voir des annulations de rencontres. Les conséquences sont donc nombreuses : baisse des revenus liés à la billetterie, perte de visibilités pour les sponsors, augmentation des coûts d’assurance… Les différentes pollutions (air, eau, alimentation…) et la dégradation accélérée des écosystèmes ont également un impact sur la santé des athlètes ainsi que sur leurs performances. Le spectacle sportif en pâtit donc également.

Bien que le sport professionnel soit beaucoup moins concerné, cette situation a de grosses répercussions sur la pratique amateure et les populations vulnérables, venant creuser un peu plus les inégalités et l’accès aux activités physiques pour les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap ou encore les populations vivant dans la précarité. Mais bien qu’à la fois victime, le secteur participe aussi à la crise environnementale.

Le sport acteur du dérèglement climatique

Entre émissions de gaz à effet de serre, extractivisme et production importante de déchets, le sport participe à son échelle au dérèglement climatique et à son aggravation, se mettant par la même occasion en danger. Le secteur émettrait chaque année entre 400 et 450 millions de tonnes d’équivalent CO2, des émissions principalement liées aux transports, aux infrastructures énergivores, aux constructions de nouvelles enceintes et aux chaînes d’approvisionnement.

La pression importante sur les ressources est aussi à prendre en considération. Par exemple, la fabrication d’articles de sport nécessite des quantités exorbitantes d’eau. Il est question de 100 à 150 litres d’eau par kilogramme de tissu. S’ajoutent à cela les différentes pollutions générées par l’industrie sportive telles que le plastique, que l’on trouve dans la plupart des textiles techniques (polyester) ou dans la composition des terrains synthétiques, bien que moins gourmands en eau et nécessitant moins d’intrants que les pelouses naturelles. Nous pouvons aussi citer les produits chimiques et autres polluants de la même famille utilisés dans bon nombre de processus de fabrication.

Le sport émet également des quantités astronomiques de déchets (organisation d’événements, chaîne de production…) et s’inscrit dans un mouvement de surconsommation. Néfastes pour l’environnement, ces différents pôles ont aussi des conséquences sur notre santé.

Par son fonctionnement actuel, le sport se présente comme une menace à son propre développement. Ainsi, les régions du monde où la pratique est en plein essor, sont aussi les plus vulnérables face au dérèglement climatique. De même, le développement du tourisme sportif pourrait connaître un fort ralentissement avec des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes. L’économie mondiale dépendant directement à 50 % de la biodiversité, les investissements devraient logiquement baisser au fur et à mesure que nous nous enfoncerons dans la crise environnementale, ce qui aura des répercussions sur la croissance du sport féminin, avec une probable baisse des budgets qui lui sont alloués. Pour se préserver, le secteur sportif doit donc amorcer une mutation urgente et user de son pouvoir d’influence sur ces enjeux.

Repenser le sport et son économie mondiale

Bien que la transformation de nos sociétés sur les enjeux sociaux et environnementaux soit systémique, le sport, par sa popularité et son universalité, peut et doit être un acteur majeur de ces transitions. Ainsi, le Forum Économique Mondial a identifié trois axes d’action prioritaires.

Le secteur doit notamment se montrer innovant dans l’utilisation des ressources et des matériaux. L’économie circulaire, la réutilisation, l’écoconception ainsi que la sobriété étant les maître-mots. De très gros efforts sur la préservation de l’eau sont nécessaires. Dans cette logique, les événements sportifs, peu importe leur dimension, peuvent être des laboratoires à ciel ouvert de ces innovations. Ils permettraient aussi de tester de nouveaux formats organisationnels et managériales tout en étant les promoteurs de comportements éco-responsables auprès des spectateur(rice)s, bénévoles et participant(e)s.

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Alors que 70 % de la population mondiale devrait vivre dans des aires urbaines d’ici 2050, le sport doit également être au cœur du développement des villes pour permettre au plus grand nombre une accessibilité à la pratique. Cela passe, par exemple, par un accroissement des réseaux favorisant les modes de déplacements actifs (marche, vélo…) ou la présence d’infrastructures à proximité des lieux de vie et/ou de travail… En somme, il est vital d’intégrer le sport et l’activité physique dans la planification urbaine. Dépolluer les potentielles zones de baignade, végétaliser les espaces publics, penser les parcs ou encore les bords des cours d’eau comme des lieux incitant à des modes de vie active ne peuvent être que bénéfiques.

Sous conditions d’innovation, d’écoconception, de biomimétisme et que leurs emplacements ne portent pas atteintes à des espaces naturels, la construction de complexes sportifs adaptés aux futures conditions climatiques et privilégiant l’intérêt social est aussi un point intéressant à travailler. Et, bien entendu, il en va de soit que faire la part belle aux mobilités partagées, décarbonées, douces et actives sera un levier d’actions puissant.

Enfin, avec un intérêt croissant des investisseurs pour le sport, le secteur doit se tourner vers des politiques de financement à impact. Il est question ici de ne plus penser le sponsoring comme une simple opportunité de visibilité mais plutôt de s’orienter vers des politiques de partenariats éthiques, où les retours sur investissements se mesurent en retombées sociales et environnementales positives, tout en bannissant le « sportwashing » et en priorisant la transparence. Cela demande donc une collaboration étroite entre les parties prenantes. De plus, les modèles de financement « mixtes » apporteront une certaine robustesse face aux différents choc économiques à venir. En ce sens, s’inspirer de l’économie sociale et solidaire paraît sensé (utilité sociale, réinvestissement des bénéfices…).

À travers cette étude, le Forum Économique Mondial montre à quel point le secteur sportif peut et doit être un acteur majeur face aux enjeux sanitaires, sociaux et environnementaux actuels et à venir. Il en va également de sa stabilité. Et bien que ces défis doivent être relevés de façon systémique et collective, son pouvoir d’influence aura un rôle-clé dans l’évolution et l’adaptation de nos sociétés.

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