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Robinson Le Meur, le tennisman “prêt à sacrifier un peu de performance sportive au profit de la performance écologique”

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Dans le cadre de notre format “Inspire” et de son cinquième numéro “L’autre mi-temps”, le jeune tennisman de haut-niveau français et étudiant bordelais, Robinson Le Meur, a répondu à nos questions. Entretien.

Ecolosport : Robinson, peux-tu te présenter et revenir sur ton parcours ?

Robinson Le Meur : Je m’appelle Robinson Le Meur, j’ai 23 ans, je suis originaire de Normandie et je suis classé -4/6. J’ai suivi une scolarité classique jusqu’à 16 ans : j’avais fait le choix de ne pas me déscolariser. J’ai ensuite passé ma première et ma terminale au Centre régional jeunesse et sports de Rouen, en section tennis, avec des horaires aménagés. J’y ai suivi une sorte de préparation à Sciences Po, avec un éveil à l’actualité, qui m’a donné envie d’intégrer l’école. J’ai choisi Sciences Po Bordeaux parce que là-bas, et seulement là-bas, on me proposait un aménagement d’études et de la souplesse sur les présences, grâce au Centre national universitaire de tennis, hébergé par la Ligue Nouvelle-Aquitaine.

La deuxième année devait se faire à l’étranger. Je suis parti aux États-Unis jouer le championnat universitaire, la NCAA, très médiatisé, en Division 1, à l’University of Illinois Chicago. J’aurais pu y finir mon cursus, mais je voulais terminer mes études en France. Et je ne me retrouvais pas dans la mentalité : les voyages à gogo, les jets privés pour certaines équipes… Je n’avais pas envie de participer à ce système. C’est d’ailleurs à mon retour que mon engagement s’est affirmé. Je viens d’entrer en master d’économie sociale et solidaire à Sciences Po Bordeaux.

Comment as-tu vécu cet été caniculaire, et qu’a-t-il changé à ta saison ?

Je l’ai vécu de plein fouet. Ma compétition la plus importante de l’année avait lieu fin juin, juste après 5 jours de restriction de la pratique sportive. J’étais au fin fond de la Normandie, livré à moi-même, pas du tout encadré comme d’autres ont pu l’être, avec des dérogations dans certains clubs. Sportivement, ça m’a fait très mal. Des compétitions ont aussi été annulées à Paris : il a fallu repenser tout le planning, notamment début juillet.

Je suis ensuite allé, en train, au championnat d’Europe universitaire à Naples. Là-bas, l’humidité était particulièrement violente. On représentait l’université à deux, donc on enchaînait deux matchs par jour, un simple et un double. Physiquement, c’était très dur, et le reste de mon été en a pâti.

Début août, en Bretagne, les clubs devaient obtenir une dérogation pour arroser les terres battues, et ils avaient beaucoup moins le droit de le faire. Cela crée des conditions de jeu très différentes : le terrain est moins bon, avec plein de petits désagréments sur le moment. Et cela dépasse l’été : il y a quelques jours, j’ai joué un tournoi en Normandie, toujours sous restriction, sans droit d’arroser. À cette période de l’année (fin septembre, ndlr), c’est assez impressionnant.

L’impact est donc aussi financier ?

Oui. Au tennis, les revenus dépendent exclusivement de la performance, et le métier a quelque chose de précaire. Une compétition annulée, deux semaines de tournois à repenser en plein été, cela peut me faire perdre 2 000 euros. Ce que je déplore, c’est le peu de prise de conscience chez mes collègues, qui ne comprennent pas que c’est directement lié à ça. Et c’était peut-être l’été le plus tranquille du reste de notre carrière.

Qu’est-ce qui t’a fait basculer dans cet engagement environnemental ?

Un mélange de plusieurs choses. Il y a mon année aux États-Unis : j’y ai vu que le sport de haut niveau est un véritable cocon privilégié, où les sportifs portent très peu d’intérêt à la vie collective et au reste. Les profils y sont survalorisés, à l’université comme dans les droits qu’on s’accorde : prendre l’avion à gogo pour des compétitions universitaires d’un ou deux jours. C’est à ce moment-là que j’ai porté un regard sur ma propre pratique.

Il y a aussi un environnement familial très engagé : mon frère et sa copine m’ont ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Et puis j’ai découvert les Climatosportifs sur les réseaux sociaux. J’ai réalisé que c’était sans doute le groupe qui faisait le mieux la jonction entre mes deux mondes. Au tennis, je déplore parfois la déconnexion avec certaines réalités sociales et environnementales. À Sciences Po, je suis très heureux et très nourri intellectuellement, mais ce n’est pas un monde sportif. Là, les deux se rejoignent, et je me sens très bien dans cette association.

Comment cet engagement se traduit-il, dans ton quotidien et dans ta pratique sportive ?

Deux principes me guident. D’abord, je suis prêt à sacrifier un peu de ma performance sportive au profit de ma performance écologique et d’un message plus grand. Ce sont des phénomènes qui nous dépassent. Grappiller quelques places au classement mondial ne va pas changer ma vie, et surtout je ne veux pas qu’elle change au prix d’un impact négatif sur les autres. Ensuite, je pense qu’afficher une forme d’extrémisme, qui n’en est pas un pour moi mais qui peut le paraître aux yeux des autres, peut créer un électrochoc chez certains athlètes et ouvrir la discussion.

Cela donne des choix assez forts. Prendre le train sans hésiter pour une compétition d’envergure internationale. Refuser certaines compétitions et me limiter à ce qui est accessible en train, alors qu’il serait plus simple, pour la performance, d’aller jouer en Afrique ou dans des pays très enclavés, où les joueurs vont moins et où il est plus facile de gagner des matchs et des points qu’en France, où le niveau est extrêmement relevé. M’associer à des sponsors qui me paraissent les plus éthiques possible. Végétaliser mon assiette aussi car je suis végétarien.

J’ai aussi créé La Nouvelle Balle, après une discussion avec mon frère, qui trouvait comme moi que c’était pertinent. J’y publie des interviews d’auteurs qui travaillent sur ces questions et de nutritionnistes spécialistes de la végétalisation de l’assiette. Avec les Climatosportifs, je m’engage aussi ponctuellement, par exemple sur la rédaction de la version sport du Plan national sur l’adaptation au changement climatique. L’enjeu, c’est que les athlètes se sentent légitimes à parler de sujets aussi graves, et sensibiliser le monde du sport à grande échelle. Enfin, je suis responsable Nouvelle-Aquitaine Sud de l’association. Je coordonne un groupe de douze personnes, davantage je l’espère dans les semaines à venir, et on essaie d’être le plus actifs possible dans la région.

Et qu’est-ce que tu n’arrives pas à mettre en place ?

Il y a des difficultés. D’abord la fatigue que cela procure : je le fais parfois vraiment au détriment de ma performance sportive, et j’en suis conscient. Ce n’est pas facile. Ensuite, sur la plupart des compétitions, il n’y a pas de solution végétarienne. Ou alors ce sont des pâtes au pesto, et là il y a un problème de nutrition : pour une compétition, ça ne passe pas, il n’y a pas les protéines. Je dois m’organiser de mon côté.

Et puis il y a un mur face à moi : la déconnexion avec certaines réalités. Je me retrouve devant beaucoup de monde qui n’en a vraiment pas grand-chose à faire, ou qui n’y est pas sensibilisé. Même difficulté avec les sponsors : dans le tennis, il est difficile d’en trouver des suffisamment vertueux, en accord avec mes valeurs. Mais j’essaie, et je pense d’ailleurs avoir trouvé ce qui me correspond.

Robinson Le Meur a été le sparring-partner de Novak Djokovic lors des Jeux olympiques de Paris 2024.

Que pourrait faire le tennis, amateur comme professionnel, pour réduire son impact ?

Je vois deux versants. Le premier, c’est l’atout marketing. Ce n’est pas celui que je préfère, mais il ne me dérange pas s’il sert la dynamique. Les grands organisateurs ont intérêt à se ruer sur le sujet, parce qu’ils n’ont pas le choix : dans les prochaines années, il n’y aura pas de performance sportive sans performance écologique. Il y a beaucoup de greenwashing et de sportwashing, que je dénonce. Mais quitte à en faire un atout marketing, certains vont vraiment au bout.

Je pense au WTA 500 de Strasbourg, qui s’appuie sur un organisme comme l’ADEME pour faire baisser, conseil après conseil, l’empreinte carbone de la compétition. J’ai eu son directeur au téléphone, il a fait baisser cette empreinte drastiquement : clubhouse construit en bois, des billets moins chers pour ceux qui viennent en train, parking à vélos, forte incitation des joueuses à venir en train et à éviter l’avion. Il s’était notamment distingué en empêchant Maria Sharapova de prendre son jet privé pour se rendre à Roland-Garros. Quand ils jouent le jeu à fond, ça marche.

La FFT, elle, met des choses en place, comme la Fresque écologique du tennis, mais c’est un peu léger. Ce ne sera jamais, du moins pour l’instant, une priorité face à la performance et aux injonctions du sport-spectacle, qui n’a que faire de la performance écologique.

C’est le second versant, celui qui me fait un peu peur. Je l’avais écrit dans un mémoire sur la gouvernance du sport français : le sport-spectacle pris dans sa globalité, avec les journalistes sportifs et la surmédiatisation, emploie un vocabulaire assez inquiétant et, à mon avis, adore le réchauffement climatique. Car il crée des matchs encore plus dantesques, avec des difficultés et des retournements de situation, parce que les joueurs sont explosés de fatigue. Montrer qu’à Shanghai l’humidité est telle que 7 joueurs abandonnent, c’est fou, et cela fait d’autant plus d’audience.

J’espère que des organisations comme les Climatosportifs sauront faire preuve d’une réelle honnêteté intellectuelle, aller au bout de leurs idées et mettre en avant des athlètes très engagés. Mon propre engagement n’est absolument pas rémunéré : je le fais parce que je crois fortement à la capacité du sport à être un acteur important de la transition écologique. Beaucoup de profils, chez les Climatosportifs, font preuve de cette honnêteté, et non de l’opportunisme qu’on peut voir dans une démarche marketing. C’est très beau à voir. Il faut que ces acteurs puissent faire entendre leur voix, grandir, gagner des adhérents.

Si tu ne pouvais changer qu’une chose chez ceux qui organisent le sport ?

L’un des grands principes de l’Économie sociale et solidaire, c’est le fonctionnement démocratique. Or le tennis, par exemple, c’est une fédération d’associations : le sport appartient à l’ESS, et doit y appartenir. Ce qui me déplaît, c’est le management brutal dans certaines fédérations. D’un management moins brutal, avec une répartition très démocratique dans la pratique et pas seulement sur le papier, pourraient découler de belles idées, sur la féminisation des pratiques, sur un sport plus responsable, plus exemplaire, plus d’utilité sociale, qu’il soit pour toutes et tous. On veut montrer que le sport est exemplaire, il faut qu’il le soit.

Un point que tu voudrais ajouter ?

Ce que je mets en place cette année. Je joue le Circuit national des grands tournois, et je propose aux clubs qui le souhaitent d’animer, avec un autre climatosportif, la conférence ou la fresque des Climatosportifs. L’idée est de sensibiliser aussi bien les responsables du tournoi que les joueurs et joueuses engagés et les jeunes du club. Pour moi, ce travail de sensibilisation est primordial et précède tout grand changement systémique dans le sport. Je vais essayer de le faire sur les plus gros tournois possibles, et aussi, je l’espère, sur des tournois auxquels je ne participe pas, comme les tournois ATP en France.

Et ce regard ne vient pas de nulle part. J’ai été sparring-partner à Roland-Garros et aux Jeux olympiques de Paris 2024, j’ai disputé les Jeux mondiaux universitaires en Allemagne il y a 2 ans, ainsi que le championnat NCAA. J’ai pu observer de près le fonctionnement des grosses compétitions.

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