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Projet Azur : l’aventure au service de la Méditerranée

L’été dernier, Anaëlle Marot a parcouru 1.000 km sur la côte méditerranéenne française à vélo et en kayak pour récupérer 3,6 tonnes de déchets, dans le cadre du Projet Azur. L’éco-aventurière espère ainsi éveiller les consciences sur la plastification de la mer Méditérrannée, la mer la plus polluée du monde.

Le Projet Azur a démarré en 2019 quand Anaëlle Marot, fraichement diplômée en tourisme et économie sociale et solidaire à Avignon, collecte 500 kg de déchets en un mois à bord de son kayak, entre Marseille et Hyères.

Depuis, le Projet Azur a fait du chemin, devenant un projet participatif. Durant l’été qui vient de s’écouler, 56 associations, 18 institutions et parcs naturels ont rejoint l’éco-aventurière pour l’aider à collecter des déchets sauvages. Le bilan du Projet Azur 2020 est impressionnant : 735 personnes ont participé aux collectes organisées par Anaëlle pour un total de 3,6 tonnes de déchets collectés dont 25 000 mégots !

Au cours d’un échange rafraichissant, Anaëlle nous a raconté sa vision de l’aventure : libre et responsable.

Raconte-nous, comment s’est passé le Projet Azur 2020 ?

Aux mois de septembre et d’octobre 2019, j’ai effectué mes premiers repérages entre Marseille et Toulon en kayak, à pied et en snorkelling. Je me suis familiarisée avec l’environnement méditerranéen et le paysage associatif qui œuvrait pour la protection de la mer. Ces bases m’ont beaucoup servies pour dessiner le Projet Azur 2020. J’ai tracé un parcours qui compléterait celui de 2019 pour balayer tout le littoral méditerranéen. Je me suis préparée à voyager en autonomie totale avec des modes de déplacements doux (kayak, vélo, rando) entre le 31 mai et la mi-septembre.

Pour tout vous dire, je ne m’attendais pas à un tel engouement. Nous sortions d’une période de confinement, je n’avais pas trop préparé les collectes à l’avance mais les gens ont répondu présent ! Du lundi au jeudi, je pédalais. Les vendredis et samedis, j’allais à la rencontre des associations locales et des collectivités pour préparer les collectes des dimanches.

On a travaillé tous ensemble avec chacun un rôle et des motivations différentes. Les mairies mobilisent des agents tous les matins sur les plages fréquentées, les associations travaillent toute l’année sur les plages plus difficiles d’accès, et moi j’ai joué mon rôle de lanceuse d’alerte.

Quel a été le déclic ?

En mars 2019, je travaillais pour le service civique. J’ai alors rencontré Eddie de l’association 1 déchet par jour (auquel nous avons consacré un article hier, ndlr) et très peu de temps après j’ai vu le film Le Grand Saphir. J’ai eu un déclic de fou ! J’ai décidé de m’inspirer de tout cela et d’y ajouter ma personnalité. Le Projet Azur est alors né !

Y aura-t-il un Projet Azur 2021 ?

Mon rêve, c’est de réaliser une nouvelle version du Projet Azur chaque été. Je voulais remonter à la source du problème, je vais donc remonter la Loire pour le Projet Azur version 2021 ! Je vais appliquer la même méthodologie : une première partie repérage à vélo pour aller à la rencontre des acteurs locaux pendant un mois et dans un second temps une descente en kayak dans l’autre sens avec des collectes tous les dimanches.

La petite nouveauté, c’est que je compte faire des prélèvements d’eau de la Loire et les faire analyser par des universitaires. On est en train de finaliser les derniers détails.

Je garde le vélo et le kayak pour me déplacer d’une part parce que c’est 0 carbone, mais aussi pour mieux profiter de l’environnement que je vais traverser. J’ai envie ralentir et prendre le temps de profiter de la nature.

As-tu été soutenue par des acteurs du monde du sport pour le Projet Azur ?

Oui, je suis soutenue par Lafuma et Sport Planète de la MAIF. Ces deux partenaires me fournissent en matériel et me font profiter de leur réseau, c’est génial !

Qu’est-ce que le sport apporte à ton aventure ?

Tout d’abord, je pense que je représente une certaine forme de liberté. Je suis libre d’aller où je veux, de découvrir des endroits méconnus, de dire ce que je veux. Je ne subis la pression de personne, ça prouve que je suis désintéressée et je pense que ça renforce mon message.

Via mes performances en kayak, à vélo ou à pied, je véhicule des valeurs de dépassement de soi, d’audace, de courage. Je crois aussi beaucoup en la valeur de respect. Le sport nous apprend à respecter l’adversaire, son coéquipier mais aussi son terrain de jeu.

Je relève des défis sportifs et environnementaux, je pense que ça parlera aux compétiteurs sportifs !

Comment le sport peut jouer un rôle dans la transition écologique selon toi ?

Si on veut aller dans une transition écologique, il faut qu’on pense tout ce que l’on fait par le prisme de l’écologie. Attention, je ne dis pas qu’il faut que nous soyons tous parfaits, irréprochables. Je pense juste qu’on a tous besoin de faire de notre mieux.

Le sport est un vecteur d’éducation hyper important, servons-nous en pour faire passer ces messages !

Quelles ont été les réactions du public cet été ?

Ç’a toujours été des encouragements ou des remerciements au minimum. Certains vont vous aider, mettre la main à la pâte. D’autres vont s’insurger, parfois même s’énerver, soit de constater les déchets, soit parce qu’on ramasse des déchets qui ne sont pas les nôtres !

Je me considère plus comme une lanceuse d’alerte qu’une militante politique alors chacun sa réaction, mais je m’efforce de rester dans l’objectivité, de montrer des faits. Et les faits, c’est que 58% des anchois et des sardines de Méditerranée sont contaminés au plastique aujourd’hui, selon une étude hispano-française réalisée en juillet 2020.

Justement, penses-tu que les gens ont vraiment conscience de l’impact d’un déchet ?

Clairement, non. Il existe une grosse méconnaissance du problème du plastique et plus globalement des déchets. Alors oui, ceux qui vivent sur la côte, ils sont attachés à ces paysages, ils sont plus sensibles à l’environnement. Mais on doit encore sensibiliser, apporter de l’information, expliquer comment les déchets de Paris se retrouvent dans l’océan, pourquoi ceux de Lyon vont dans la Méditerranée. La plus grosse collecte de l’été, on l’a réalisée à l’embouchure du petit Rhône, ce n’est pas un hasard.

Par exemple, peu de gens savent que les incivilités ne représentent qu’une petite partie du problème. Ce sont surtout les pollutions industrielles acheminées par les cours d’eau qui pèsent lourd ! Nous sommes tous concernés ! Citoyens, industries, politiques. Chacun rejette la faute sur l’autre, mais tout le monde peut agir et chacun doit le faire.

Voici à quoi ressemble le plastique désagrégé

Comment tu imagines la Méditerranée dans 10 ans ?

Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas arrêter la plastification des océans maintenant. Le plastique va rentrer dans notre chaine alimentaire et en 2050 il y aura plus de plastiques que de poissons dans les océans.

Ma vision, c’est d’être dans le positif. On peut agir et arrêter ce robinet qui coule. C’est un état d’esprit, je ne veux pas me laisser faire et être OK avec ma conscience.

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Théo Fleurance
Contributeur pour Écolosport, je suis un grand passionné de sport et de ses valeurs. Fort de plusieurs expériences chez différents acteurs du monde du sport, je suis persuadé que la transition écologique est une formidable opportunité pour offrir un meilleur avenir au sport et à notre planète.

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