Tour de France Karine Bozzacchi Ecolosport
En partenariat avec le magazine Les Sportives, média de fond de référence du sport féminin. Retrouvez cette interview dans le n°17 des Sportives.

Décrié pour son impact négatif sur l’environnement, le Tour de France et son organisateur Amaury Sport Organisation mettent de nombreuses actions en place pour y remédier. Entretien avec Karine Bozzacchi, responsable RSE de cet évènement.

Le Tour de France est, chaque année, décrié pour son impact écologique. Quels sont les principales difficultés majeures que vous avez identifiés dans ce domaine ?

Karine Bozzacchi : Il y a deux principales sources de problèmes. D’abord, les émissions de CO2 : nous sommes un événement itinérant et utilisons beaucoup de véhicules, qu’ils soient légers ou lourds. La seconde source concerne la gestion des déchets. Ils peuvent provenir de l’organisation, mais nous arrivons à bien les maîtriser. Nous travaillons avec l’association Les Connexions pour former et aider les différentes familles du Tour à être plus performantes sur le sujet, et pour faire le lien avec les collectivités sur la collecte des déchets et leur traitement.

Ces détritus proviennent aussi du grand public. Nous aidons les collectivités et les départements à mettre en place certains dispositifs, notamment quand nous passons dans des lieux très isolés, comme le Mont Aigoual. Nous sommes locataires du terrain de jeu et nous nous devons de le laisser propre. Je relierais à ce sujet celui de la préservation de la biodiversité. Nous identifions, avec le concours du cabinet Biotop, les zones sensibles dans lesquelles nous allons passer, qu’elles soient des zones Natura 2000, des parcs naturels régionaux ou des parcs nationaux. Nous voulons savoir comment nous allons impacter le passage du Tour sur ces zones-là.

Karine Bozzacchi Ecolosport

Karine Bozzacchi est Responsable RSE du Tour de France

Comprenez-vous que voir des cyclistes professionnels jeter leurs gourdes par terre, ou d’autres résidus plastiques, est choquant, à l’heure de la crise climatique ?

Tout à fait. Nous avons positionné un certain nombre de zones de collectes tout au long du parcours, nettoyées par l’organisation, pour que les coureurs puissent s’en servir. Nous essayons de travailler avec eux sur ces sujets parce que nous voyons encore des jets de bidon hors des zones. Nous briefons les directeurs sportifs de chaque équipe à ce propos. Les coureurs ont aussi à disposition des motos « fraîcheur » qui circulent dans le peloton, donnent et peuvent récupérer ces bidons. Enfin, toutes les voitures en course ont pour ordre d’accepter les éventuels déchets qui leur seraient remis par les sportifs. Il en reste quelques-uns qui jettent n’importe où… Ceux qui le font sont sanctionnés financièrement par l’Union cycliste internationale (UCI), qui réfléchit à durcir ses sanctions.

La caravane, le convoi de véhicules publicitaires qui devance l’arrivée des sportifs, prête aussi à la polémique. Est-il possible de la faire évoluer pour la rendre éco-responsable ?

Nous souhaitons réduire notre empreinte écologique sur les deux sujets liés à la caravane : les véhicules et les goodies. Sur le premier sujet, notre partenaire automobile Skoda nous accompagne et nous a fourni, sur la dernière édition, 100 % de véhicules de course hybrides. Nous avons aussi fait des tests sur trois étapes du dernier Tour avec des véhicules 100 % électriques. Ils nous ont donné entière satisfaction ! Des tests sur des camions roulant au gaz naturel ont aussi été réalisés, sur une étape. Voilà pour 2020. L’objectif est maintenant d’emmener l’ensemble des familles du Tour vers des mobilités alternatives sur l’édition 2021. Il faut se servir de l’expérience des uns pour emmener les autres dans cette démarche durable.

Sur le second sujet, nous travaillons avec nos partenaires sur l’éco-responsabilité des goodies distribués par la caravane ainsi que sur leur utilité. Nous avons interdit, depuis le dernier Tour de France, l’usage d’emballages en plastique à usage unique, sauf pour l’alimentaire ou la lessive. Certains de nos partenaires sont allés plus loin que ce que nous leur demandions. Par exemple, E.Leclerc a réussi à supprimer le plastique pour emballer ses produits alimentaires et l’a remplacé par du papier recyclable. Nous avons aussi eu des porteclés en bois cette année.

Tour de France Karine Bozzacchi Ecolosport

Photo : Unsplash

Pour assurer la sécurité du public et qu’ils ne reçoivent pas d’objets au niveau du visage par exemple, les membres de la caravane jettent les goodies par terre. Ce n’est pas idéal comme modèle…

Vous avez tout à fait raison. Pour certaines personnes, ce geste devient assez insupportable. Les caravanes le font pour des raisons de sécurité. Si vous vous mettez derrière la foule, vous observerez qu’il ne reste plus rien suite au passage de la caravane. Nous travaillons avec nos partenaires sur la possibilité d’une évolution sur la partie goodies. Nous commençons à imaginer une autre façon d’exprimer ce goodies, peut-être en le dématérialisant. C’est un exercice difficile car le public attend énormément de la caravane : elle représente 50% de la venue du public, elle fait partie de la fête.

Le Tour de France au féminin fera son apparition en 2022. Est-ce que les ambitions écologiques sont les mêmes ? Est-ce plus simple de les mettre en oeuvre en démarrant d’une feuille blanche finalement ?

Le Tour de France féminin est dans nos cartons depuis quelque temps. Amaury Sport Organisation organise de nombreuses courses féminines, avec la Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège. Cette année, ce sont les femmes, d’ailleurs, qui ont ouvert le Tour de France à Nice. Les ambitions éco-responsables seront les mêmes, a minima, que sur le Tour de France masculin. Nous n’y sommes pas encore, mais le fait de partir d’une feuille blanche nous permettra peut-être d’être meilleurs. En 2022, nous serons bien plus avancés sur la question de la mobilité durable, par exemple. Nous aurons le temps, d’ici 2022, de nous plonger pleinement sur la stratégie éco-responsable du Tour de France féminin.


Michaël Ferrisi
Fondateur d'Ecolosport, je souhaite encourager la transition écologique dans le monde du sport. Professionnel du digital dans le rugby, je connais l'environnement des organisations sportives, de ses acteurs et suis persuadé des opportunités que représente cette transition pour la planète et le sport.

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