SailGP Voile Thibault Laudren Ecologie Ecolosport

SailGP est considéré comme l’un des championnats internationaux qui s’engage le plus dans les démarches de développement durable. Nous nous sommes entretenus avec Thibault Laudren, Operations Manager au sein de l’équipe Française de SailGP, qui nous présente les actions concrètes mises en place pour laisser un héritage soutenable.

Comment est né SailGP et quel était l’objectif principal lors de sa création ?
SailGP Voile Thibault Laudren Ecologie Ecolosport

Thibault Laudren – © SailGP

Thibault Laudren : SailGP est né à la suite de la 35ème édition de la Coupe de l’America qui avait lieu aux Bermudes en 2017. Déjà à cette époque, il y avait ce projet de réussir à créer une ligue professionnelle internationale de voile qui donne une vraie dimension commerciale à ce sport. Cela aurait permis de mettre en place des initiatives qui conviennent à des stratégies d’entreprise pour pouvoir faire de l’hospitalité et des activations médias (e.g. Partenariats). Ceci, au même titre d’autres ligues professionnelles telles que la NBA, la Formule 1, la Formule E ou la MotoGP, qui ont un vrai modèle économique qui leur permet d’attirer des partenaires et d’avoir une certaine pérennité saison après saison. C’est quelque chose qui manquait à la voile et c’est de cette idée qu’est née SailGP en 2018.

A travers sa raison d’être “Racing for a better Future : Championing a World Powered by Nature”, comment SailGP réussi à relier l’aspect sportif avec l’aspect écologique de développement durable?

Thibault Laudren : Le report de la saison 2 en 2021 a été un mal pour un bien puisque ça nous a permis de faire le point à mi-parcours sur ce qu’on a fait de bien sur les deux premières années et sur ce qu’on devait optimiser pour que ce championnat soit encore plus populaire et ait plus d’impact. La réflexion principale s’est faite sur notre raison d’être : qu’avons-nous envie de réaliser au-delà du sport et que devons-nous accomplir grâce au sport ? Cette période de “pause” en 2020 a été bénéfique pour nous puisqu’elle nous a fait réaliser que nous avions une vraie opportunité de pouvoir utiliser SailGP pour amener des actions concrètes sur le terrain et pour accélérer la transition écologique de notre sport. C’est de cela qu’est née notre raison d’être “Race for the Future”.

Cette transition vers des projets plus éco-responsables s’est faite assez naturellement puisque la voile est un sport qui s’appuie énormément sur les éléments naturels : eau, vent, soleil et énergie humaine. Avec le fait d’être hyper connectés au quotidien avec ces ressources naturelles, SailGP est conscient d’avoir une vraie carte à jouer, et tous les passionnés faisant partie de ce groupe sont convaincus de pouvoir utiliser ce sport pour avoir un impact environnemental et social très fort.

SailGP Voile Thibault Laudren Ecologie Ecolosport

© SailGP

Comment SailGP collabore avec les différentes parties prenantes (villes, sponsors, partenaires, équipes, autre championnats) pour mettre en place une stratégie durable ?

Thibault Laudren : SailGP collabore avec ces acteurs à travers le programme Race for the Future, qui est un programme lancé en Octobre 2020 et qui incarne la raison d’être de SailGP. C’est très bien d’avoir une raison d’être philosophique et conceptuelle, mais maintenant il faut amener des solutions sur le terrain. Il faut que ces idées-là se traduisent bien d’une présentation à des vraies actions que les personnes au sein de notre championnat peuvent réaliser. Ce programme se base sur deux piliers fondamentaux.

L’aspect environnemental d’abord. SailGP est un championnat qui est déjà “Climate Positive” depuis sa naissance mais nous voulons aller plus loin dans la réorganisation pour maitriser notre impact et encourager les acteurs qui nous accompagnent à faire de même. Pour cela, l’objectif est de réduire les émissions carbones d’ici 2025 de 55%, et de faire en sorte que l’intégralité de nos opérations soit propulsée grâce à des énergies renouvelables. Pour atteindre ces objectifs, nous agissons à différents niveaux : sur ce que nous faisons sur l’eau avec la transition vers des bateaux utilisant des moyens de propulsion plus écoresponsables, sur ce que nous faisons à terre avec la gestion et l’optimisation des zones techniques et des infrastructures qui sont installées sur le site de l’évènement, et sur ce que nous faisons avec les villes en soutenant des projets locaux pour avoir un impact qui perdure même après la fin de l’évènement.

L’aspect social ensuite, avec cette question : comment est-ce que l’on s’organise dans la gestion du personnel, dans le recrutement de nouvelles personnes, dans la façon dont on s’ouvre à des profils différents qui sortent de notre sport ? Ces axes sont très importants pour le développement de notre culture d’entreprise, qui a déjà un profil très international et multiculturel avec des personnes provenant du monde entier. L’idée est d’avoir une vraie collaboration pour réussir à s’appuyer sur cette différence culturelle et en faire une vraie force. Pour cela, nous nous focalisons sur 2 points : rendre le sport plus accessible aux jeunes à travers notre programme “Inspire” et leur donner une chance de découvrir le monde de la voile à travers la rencontre des athlètes professionnels, et souligner l’importance des femmes au sein du milieu de la voile.

Quels sont les défis qui se présentent à vous dans la mise en place de ces stratégies durables ?

Thibault Laudren : Avant tout, comme pour tout, on en revient à l’humain. Ça veut dire que tout ce que l’on veut mettre en place sur ces notions de développement durable, c’est à la fois pour pouvoir prendre soin de notre environnement, de notre planète et de nous-mêmes. Nous nous donnons une chance d’avoir un futur pour les générations à suivre qui soit le plus positif possible. C’est donc un énorme défi.

SailGP Voile Thibault Laudren Ecologie Ecolosport

© SailGP

Ensuite, nous faisons face au fait que certaines technologies ne sont pas disponibles. Si on prend l’exemple des bateaux à moteur que l’on a, on ne peut pas se dire qu’on va juste passer sur des moteurs électriques ou des moteurs à hydrogène. Rien n’existe à ce jour qui corresponde à nos besoins, c’est une technologie qu’il faut développer. C’est-à-dire qu’il faut investir financièrement, mais aussi en temps et en ressources afin d’aider des sociétés partenaires à développer ces technologies.

Enfin, nous rencontrons une difficulté autour de la notion de mentalité et d’état d’esprit. Ca veut dire qu’il faut réussir à emmener tout le monde dans cette aventure. Si sur l’eau, l’objectif est d’être le premier à passer la ligne d’arrivée, quand on est dans ce genre d’initiative autour du développement durable, l’objectif est de faire en sorte que le dernier arrive le plus tôt possible. La vision n’est pas de savoir qui gagne mais plutôt de s’assurer qu’on avance tous ensemble de manière à ne laisser personne derrière. L’aspect mentalité est important puisqu’il faut réussir à convaincre des personnes qui sont parfois dans notre sport depuis 10, 15, 20 ans et qui ont mis en place des façons de faire. Nous devons leur montrer que ce qu’ils font aujourd’hui, ils le font bien, mais que nous pouvons peut-être le faire différemment, avec la même exigence, la même performance et au même temps en incluant ces dimensions environnementales et sociales dans la performance sportive globale.

Quels ont été les axes de progression effectués par rapport à la saison 1 de SailGP ?

Thibault Laudren : C’est vrai que l’aspect social et environnemental était déjà présent lors de la saison 1, mais on n’avait peut-être pas pris la mesure de l’opportunité que l’on avait. Finalement, cette année de transition (2020) nous a fait réaliser qu’on a une chance énorme au vu du contexte. Maintenant, SailGP s’est vraiment restructuré autour de cette raison d’être. C’est-à-dire que chaque nouveau projet qu’on mène en interne, chaque nouvelle évolution que l’on va apporter à notre championnat prend en compte tous ces paramètres en lien avec la gestion de notre impact.

Nous avons créé l’automne dernier en 2020 l’équipe “Purpose and Impact” qui aujourd’hui est impliquée dans tous les projets, de près ou de loin, que ce soit dans les discussions commerciales, dans la sélection des villes partenaires, dans la gestion des initiatives locales ou dans le programme Inspire. Cette équipe centrale nous aide à communiquer et transmettre notre raison d’être le plus possible au travers de notre championnat.

Pour conclure, qu’est-ce qui attend SailGP à l’avenir ?

Thibault Laudren : Aujourd’hui nous avons envie d’accélérer le changement asein du monde du sport, et SailGP doit être capable de mener ce changement, de se réinventer et de se restructurer pour pouvoir incarner cette transition-là.

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