Laetitia Roux Be the change Ecologie Sport outdoor Ecolosport

Elle a grimpé plus de sommets qu’elle n’a gagné de médailles. Et pourtant, son palmarès en ski-alpinisme (le ski de randonnée en compétition) est plutôt fourni : 123 médailles d’or. Oui, oui, 123 ! Celle que l’on surnommait la « Reine des neiges » a mis un terme à sa carrière pour se lancer dans un autre projet. Libérée, délivrée de la compétition, Laetitia Roux a lancé « Be the change » pour militer en faveur de la préservation du vivant tout en continuant à se lancer des défis sportifs « outdoors » (cyclisme, randonnée, parapente…) Et le deuxième épisode de sa web-série pédagogique sort le 18 juillet.

Quel est le but de votre dernier projet « Be the change » ?

Laetitia Roux : L’idée est de vivre la relation avec le vivant différemment en s’ouvrant, et en ouvrant les yeux. A travers le sport outdoor, j’aimerais sensibiliser et éduquer à la préservation de la nature par une approche plus connectée. En tant que compétitrice, j’ai pu passer à côté de pas mal de choses. J’ai peut-être trop pris la nature en mode consommation : j’y vais, je fais mon sport sans prendre conscience de la richesse de ce qui nous entoure. Aujourd’hui j’ai envie d’aborder le vivant sous un autre angle. Et le titre du projet, « Be the change », c’est aussi pour dire qu’il va falloir se challenger et peut-être renoncer à certaines habitudes. Et moi la première.

Pendant ma carrière sportive, je n’ai pas pris le temps de regarder. J’ai parcouru beaucoup d’endroits, même autour de chez moi, sans finalement les connaître véritablement. Pendant le confinement, si j’ai pu me dépenser physiquement avec un vélo d’intérieur j’ai plus que tout senti le besoin d’être dehors, en pleine nature. J’ai donc voulu partager ça avec le plus grand nombre, pour amener ma pierre à l’édifice de cette transition qu’on doit amorcer. Le but du projet n’est pas de dire ce qu’il ne va pas, les scientifiques sont là pour ça. Mon rôle, c’est d’inviter à la micro-aventure pour voyager moins tout en découvrant ce qui nous entoure. Il faut prendre soin du vivant comme d’un membre de la famille.

Laetitia Roux Be the change Ecologie Sport outdoor Ecolosport

© Manu Molle

Pendant votre carrière, la nature était votre allié et adversaire principal, et pourtant vous avez encore des choses à apprendre ?

Laetitia Roux : Disons qu’en pratiquant dans cet environnement, j’ai une connaissance un peu plus accrue que quelqu’un qui ne vit pas à la montagne. Mais je me suis rendu compte qu’en compétition, j’étais tellement concentrée sur ma course que je n’avais pas idée de l’endroit où je passais. Je suivais bêtement le parcours sans savoir si je traversais une réserve, s’il y avait de la vie autour de moi. Même à l’entraînement, c’est dur d’être connecté à ce qui nous entoure. Tu dois déjà être connecté à toi-même, pour la performance. Ressentir les choses quand tu es en mode « chrono » ce n’est pas possible. Il y a beaucoup d’endroits dans lesquels je suis passée sans avoir conscience de l’impact de ma pratique.

En quoi la pratique du sport outdoor peut-elle être nocive pour l’environnement ?

Laetitia Roux : Moi la première, ça m’a fait bizarre quand en montagne on m’a interdit l’accès à certaines zones. J’ai l’impression de ne rien faire de mal, je suis à pied ou à vélo, je fais attention à ne rien écraser…et aujourd’hui, je comprends que ça n’est plus possible car on est trop nombreux. Même si tout le monde fait attention, de part la sur-fréquentation, l’impact est néfaste. Notre mode de vie consumériste doit être remis en cause aussi. Aujourd’hui, tout nous est offert. On va en montagne ou en bord de mer, on prend ce qu’il y a à prendre et on repart. Alors qu’on n’est ni plus ni moins qu’une petite partie d’un tout. Il faut arrêter de se dire qu’on est au-dessus.

Qu’avez-vous appris grâce à « Be the change » ?

Laetitia Roux : Par exemple, à côté de chez moi, je savais qu’il y avait des aigles qui tournaient, et j’ai toujours trouvé ça magique. Mais je n’avais pas vraiment d’infos à leur sujet. Et j’ai découvert que le parapente les dérange pendant leur période de couvaison, au printemps. Il est donc préférable de ne pas pratiquer à cette période.

Et puis j’ai aussi appris pas mal de choses sur les conditions de vie des animaux l’hiver. Pour eux, tout est difficile à cette période. L’alimentation est beaucoup plus difficile à trouver et pour la plupart d’entre eux, ils se mettent en mode veille. Et comme on est de plus en plus nombreux à faire de la rando, ça peut déranger certaines espèces. Par exemple, le tétras lyre (une espèce d’oiseaux emblématique des Alpes, NDLR) vit sous la neige et quand quelqu’un approche, il ressent les vibrations, le bruit etc. Il doit donc sortir de la neige pour s’envoler. C’est extrêmement énergivore pour eux. Et ils  ne peuvent pas répéter l’opération trop souvent, au risque de mourir. Et c’est un peu pareil pour tous les autres animaux, comme les chamois ou les bouquetins. Mais ce qu’il y a de positif, c’est que grâce à certaines choses mises en place par l’homme comme des zones préservées dans des parcs, certaines espèces arrivent à se redéployer par endroits.

Laetitia Roux Be the change Ecologie Sport outdoor Ecolosport

© Manu Molle

Comment concilier la préservation de la nature et les pratiques outdoors, par ailleurs bonne pour la santé de tous ?

Laetitia Roux : « Be the change », c’est justement pour donner la parole aux experts car moi la première je cherche des infos et je ne connais pas tout. Donc je ne peux pas vraiment dire ce qu’il faut faire ou pas. Mais il y a des pistes à étudier. Notamment au sujet de la fréquentation des sites. Est-ce qu’on doit agrandir les zones praticables pour éviter l’engorgement ou au contraire réduire et laisser plus d’endroits préservés ? C’est tellement complexe que je ne m’engagerais pas à dire ce qu’il faut faire.

Mais, au minimum, il y a des petits gestes à adopter. La base de la base, c’est de ramasser ses déchets, ses mégots. Avant d’interdire certains endroits, il faut reprendre depuis le début. Personnellement, je ne suis pas forcément pour les interdictions car ça déresponsabilise les gens sans leur apporter la connaissance. La première des solutions c’est donc de reconnecter les gens sur ce qui les entoure et pour que tout le monde se sente concerné. 

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Guilhem Herbert
Journaliste passé par L'Equipe 21 et Canal + notamment, j'essaye à mon tout petit niveau de rendre mon quotidien moins impactant pour la planète. Par ailleurs, j'aime beaucoup les Landes.

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