TRIBUNE. Mael Besson ouvre cette nouvelle année 2022 sur Ecolosport. Que pourrait-être une « bonne année sportive éco-responsable pour 2022 » ?

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« Le mois des vœux et des bonnes résolutions est ouvert. Dans notre grande famille du sport nous allons nous souhaiter avec joie, et ce malgré les incertitudes pandémiques et électorales, de beaux projets, de belles victoires, de belles rencontres sportives, et évidemment plus de pratique individuelle. Mais, au regard des enjeux environnementaux, que pouvons-nous nous souhaiter collectivement pour que 2022 soit une « bonne année éco-responsable » dans le monde du sport ? Profitons de ce moment de vœux et de bonnes résolutions pour imaginer les avancées éco-responsables possibles et nécessaires pour cette année et pour l’avenir. 

Souhaitons-nous de pouvoir pratiquer du sport encore longtemps !

La préservation de l’environnement n’est pas une lubie des amoureux de la nature mais la condition sine qua non pour que notre planète reste habitable et en paix. Rappelons-le, la moitié des zoonoses émergentes comme la Covid-19 ont pour origine le changement d’affectation des terres, la déforestation et la modification des habitats naturels générés en grande partie par nos systèmes agricoles ; 70% de notre production agricole mondiale dépend des insectes pollinisateurs dont la population s’effondre ; 50% de notre oxygène provient de la biomasse marine que nous surexploitons. Le dernier rapport du GIEC nous rappelle l’urgence et l’ampleur des dégâts si nous ne limitons pas le réchauffement climatique. 

Le sport n’est évidemment pas épargné et la crise sanitaire actuelle n’en est qu’un exemple. En effet, dans un scénario de dérèglement climatique à +4°, les Français pourraient perdre jusqu’à 2 mois d’activité sportive par an à cause de températures trop élevées (plus de 32°). Il faudra également, dans cette hypothèse à +4°, envisager entre 20 à 62 jours de vagues de chaleur supplémentaires potentiellement accompagnés de sécheresse, rendant la gestion des 40 000 stades engazonnés, indispensables pour les millions de jeunes sportifs, très compliquée voire impossible. Toujours dans ce même scénario, la hausse du niveau de la mer imposera de relocaliser presque un quart des clubs situés sur les littoraux français d’ici la fin du siècle, et la baisse du taux d’enneigement va menacer près de 250 stations de sports d’hiver. Par ailleurs, les pics de chaleur amplifient les pics de pollution. Or, « un sportif inhale douze fois plus de polluants qu’un citadin lambda ».  

S’il y a UNE priorité pour l’ensemble de nos sociétés et donc du sport, c’est bien de lutter contre le dérèglement climatique et la perte de biodiversité, sans quoi, même les fondamentaux qui permettent le vivre-ensemble ne seront plus possibles. Alors souhaitons-nous un sport plus engagé dans la préservation de l’environnement pour que nous puissions pratiquer encore longtemps. 

Souhaitons-nous la création d’un observatoire du sport et de l’environnement

Bien que la prise de conscience soit de plus en plus forte et que les actions de réduction de l’empreinte environnementale du sport se multiplient, nous sommes encore loin d’être à la hauteur des enjeux environnementaux. Nous devons passer d’une logique de « gestes éco-responsables » qui consiste à mettre en place des actions permettant de réduire l’impact environnemental de notre activité mais sans réellement se poser la question de savoir si cette réduction est suffisante au regard des limites planétaires, à une logique d’alignement avec l’accord de Paris, qui consiste à se poser la question : « à quoi mon activité peut ressembler si l’on respecte les limites planétaires et si l’on intègre les conséquences futures du dérèglement climatique ? »

Afin de pouvoir répondre à ces questions, innovons, et créons pour le sport, des outils d’observation et de pilotage permettant d’offrir une visibilité du contexte futur auquel le sport devra s’adapter.

Souhaitons-nous des sportifs lanceurs d’alertes 

Le spectacle sportif et les personnalités sportives qui en sont les acteurs centraux façonnent nos idéaux de mode de vie et donc nos comportements. C’est d’ailleurs ce qui justifie une grande partie des investissements financiers de sponsoring. Grâce à leur notoriété, les sportifs peuvent tout autant influencer des comportements écologiques que promouvoir des comportements néfastes pour l’environnement. Mais ils peuvent également aller plus loin en prenant position, en devenant des lanceurs d’alertes afin d’éveiller la conscience du plus grand nombre ou encore en interpellant les décideurs politiques et économiques sur l’urgence d’agir. Espérons ainsi d’avantage de prises de paroles collectives de personnalités afin d’augmenter la pression positive sur les décisions de transformation de notre société.

Souhaitons-nous plus de vert dans la Loi sport

Le projet de loi sport visant à démocratiser le sport en France doit être examiné au Sénat en janvier prochain. La préservation de l’environnement et l’adaptation aux changements climatiques peuvent contribuer à l’objectif de ce texte de loi. Par exemple réorganiser les championnats sportifs amateurs au regard des déplacements et des positions géographiques, comme le propose le logiciel Optimouv, permet de réduire de 5% à 25% la distance que les pratiquants doivent parcourir pour y participer. Moins de kilomètres pour participer aux championnats amateurs, c’est moins de budget essence, moins de temps passé sur les routes, moins de CO2 et donc une meilleure accessibilité au plus grand nombre.

Rendre accessible en vélo les infrastructures sportives, ou promouvoir le « pratiquer local et de saison » sont également des moyens de concilier accessibilité à la pratique sportive et réduction des émissions des gaz à effet de serre. D’autres points pourraient être intégrés à cette loi comme la performance énergétique et l’adaptation des équipements sportifs aux conséquences du dérèglement climatique, l’éco-conditionnalité des subventions ou encore l’obligation d’évaluer les activités des grandes fédérations et d’en rendre compte au travers d’un rapport RSE/RSO.  

Souhaitons-nous des stades accessibles en vélo et des événements plus végétariens

Pour tenir nos engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effets de serre et de lutte contre la perte de biodiversité, il est impératif de modifier nos habitudes notamment de transport et de restauration. Imaginons une meilleure accessibilité de nos équipements et nos événements sportifs en mobilités actives comme le vélo et envisageons moins de viande dans les menus afin d’une part, de réduire significativement les impacts environnementaux du sport et d’autre part, de contribuer aux transformations culturelles de notre société. 

Souhaitons-nous des objectifs chiffrés et ambitieux 

Les engagements environnementaux sont valables uniquement s’ils sont chiffrés, évalués et surtout alignés avec une trajectoire de réduction des impacts environnementaux permettant de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2° et de stopper la perte de biodiversité. 

Construisons des stratégies de durabilité ambitieuses qui ne se contentent plus d’actions symboliques mais qui fixent des objectifs chiffrés permettant de respecter les limites environnementales de la planète. En cela, la Charte des 15 engagements des organisateurs et des gestionnaires d’équipements sportifs du Ministère des Sports, en collaboration avec le WWF France est un référentiel plus que pertinent et structurant. Que de nombreux signataires y adhèrent. 

Souhaitons-nous de soutenir davantage les actions de protection et de restauration des milieux naturels

Engageons le sport dans le soutien financier de programmes de conservation et/ou de restauration des milieux naturels afin de contribuer à la préservation et à la restauration de l’environnement. Consacrer systématiquement une partie de son budget pour cette cause notamment au travers du 1% pour la planète peut-être une bonne résolution.  

En ce mois de janvier 2022, je souhaite une belle et heureuse année éco-responsable à toute la famille du sport. » 

Mael Besson

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