Slow travel voile Ecologie Ecolosport

Le « slow travel » (littéralement « voyager lentement ») n’est ni plus ni moins qu’un retour à une période, pas si lointaine, qui offrait moins d’options de déplacements. Ou en tout cas, des déplacements moins rapides. Dans les années 70, il y avait le « magic bus » (pas celui de Christopher McCandless, alias Alexandre Supertramp, un autre « slow » voyageur) qui ralliait Katmandou depuis Amsterdam. Une sorte de voyage initiatique de plusieurs semaines à travers l’Europe et l’Asie. Un voyage et un bus, immortalisés par Paulo Coelho dans son roman autobiographie « Hippie », le bien nommé.

Aujourd’hui, certains baroudeurs à la fibre écolo – antinomie ? Peut-être, mais c’est un autre débat – choisissent de rembobiner le fil du temps et de prendre, justement, leur temps. C’est ce j’ai fait il y a quelques semaines. Fin avril dernier, j’ai embarqué sur un voilier de seize mètres, avec trois autres marins. Le capitaine, propriétaire du bateau, et deux équipiers comme moi. Quasi novice, j’ai trouvé mon embarquement sur le site de la Bourse aux équipiers. L’objectif : rallier Nice depuis Saint-Martin (île franco-néerlandaise), aux Antilles. Alors oui, je vous confirme que pour rejoindre le navire, j’ai pris… l’avion. Aucune leçon d’écologie ici, un simple retour d’expérience. Et un récit d’aventure hors du temps et des sentiers battus. 

La voile étant, sur le papier, une discipline écologique, mais aussi une activité sportive, j’ai donc proposé à Ecolosport de raconter mon expérience personnelle. Elle n’engage que moi.

Slow travel voile Ecologie Ecolosport
Ciel bleu, toutes voiles dehors, tout est parfait.
Le mal de mer, l’invité surprise

Si de mon côté, j’ai volé au dessus de l’Atlantique jusqu’à Saint-Martin, le capitaine du bateau avait lui réalisé la transat aller quelques mois auparavant et avait passé l’hiver aux Caraïbes. En termes de « slow travel », il était bien plus dans le vrai que moi. Même si les considérations écologiques n’étaient pas vraiment son principal moteur. Il a notamment déversé au milieu de l’océan l’intégralité de son cendrier rempli de mégots (nombreux, vu sa consommation). Vous êtes choqués ? Nous l’étions aussi à bord. Sur ce bateau donc, il y a beaucoup à redire sur le volet écologique de l’aventure. Malgré la volonté farouche des trois équipiers de bord (hors capitaine donc). Mais pour ceux qui auraient des velléités d’un vrai voyage lent, et écologique, c’est possible. C’est long, mais c’est beau.

Nous avons quitté la marina de Saint-Martin précipitamment le 29 avril. Le départ était prévu autour du 1er mai, mais la voile nécessite de s’adapter aux conditions météo. Ni une ni deux, après un (gros) plein de courses, nous avons pris le large. Première leçon : ne vous pensez jamais à l’abri du mal de mer, même si vous ne l’avez jamais eu auparavant. Et c’est vraiment pas marrant. Surtout quand ça dure… six jours !

De notre début de traversées, je ne peux donc que raconter mes sensations physiques. Envie constante de dormir, impossibilité de descendre dans l’habitacle du bateau, nausées soulagées seulement par le petit vomi qui va bien à l’arrière du bateau…et pourtant, les conditions n’étaient pas si horribles que ça ! C’est vrai qu’on naviguait « au près » (face au vent) ce qui faisait taper le bateau sur la houle et le faisait « gîter » (pencher en termes marins). Dans cette incapacité presque totale à bouger, ces premiers instants en mer ont ressemblé à un long chemin de croix. Impossible de lire, méditer ou manger normalement. Heureusement, mes deux équipiers ont été d’une gentillesse et d’une aide précieuses dans ces moments pénibles.

On fait quoi sur un bateau ?

Et puis soudainement, tout s’est amélioré. J’ai enfin éprouvé du plaisir à être en mer. Les distractions sur un bateau presque coupé du monde (nous disposions à bord d’un iridium go, une sorte de boitier satellite permettant d’envoyer et recevoir quelques mails mais surtout d’obtenir les prévisions météo) sont relativement basiques : lire, dormir, méditer, cuisiner. J’avais pour ambition aussi de faire un peu de sport mais la gîte du bateau m’aurait directement envoyé à la flotte. Une bien bonne excuse !

De toutes les activités possibles, il y en une qui supplante les autres : la contemplation, l’observation. C’est de loin le plus beau des passe-temps. A bord, selon ses quarts (période de garde pour chacun des équipiers), on a la chance de vivre l’océan et de le regarder différemment chaque jour. Le lever du soleil est un moment solennel bien sûr même si j’avoue avoir eu un penchant pour son coucher. Nuageux ou pas, l’astre solaire nous a réservé des spectacles magnifiques, à chaque fois uniques. Les quarts de nuit peuvent aussi offrir des moments magiques grâce à un ciel clair et des millions d’étoiles.

Slow travel voile Ecologie Ecolosport

L’eau quant à elle, est toujours d’un bleu profond, impénétrable. Impénétrable ou presque puisque nous y sommes rentrés justement, au beau milieu de notre traversée. A la faveur d’une météo favorable et du peu de vent, nous nous sommes baignés. Rapidement. Et je mentirais en disant que j’étais totalement serein. Car il a beau être immense, l’océan regorge de vie. Une vie qu’on a pu observer à maintes et maintes reprises. Les rencontres avec la faune restent comme les plus beaux moments de notre transat.

« Surtout ne pas regarder au fond, surtout ne pas regard… eh merde »

Régulièrement, des dauphins sont venus s’amuser à l’étrave (l’avant) de notre embarcation. Arrivés de nulle part, en masse, ils nous ont offert des spectacles sans pareils. Nous avons aussi eu la visite d’un immense rorqual qui, alors que nous finissions tranquillement notre repas, a choisi de sortir de l’eau à quelques mètres seulement de nous. Plusieurs souffles (impressionnants) et puis s’en va mais l’image de ce mammifère gigantesque restera longtemps gravée dans ma mémoire. 

Slow travel voile Ecologie Ecolosport
Un grand dauphin s’amusant avec notre embarcation
Enfin, les açores

Après presque dix-neufs jours de mer, plus de 2300 milles nautiques, sept vomis et une bonne grosse tempête sur la fin nous avons finalement accosté aux Açores, archipel portugais perdu dans l’Atlantique. D’où est originaire, pour les connaisseurs, Pedro Miguel Pauleta, l’ancien joueur de feu les Girondins de Bordeaux. Bref, voyager différemment, c’est aussi visiter des coins pas vraiment prisés par les touristes, sinon les marins en l’occurence. Et pourtant, ça valait le coup d’oeil. Randonnées, plongées ou surf sont possibles sur ces îles volcaniques. Et, petit détail important : on y mange divinement bien, et local. Forcément, l’isolement géographique a poussé la population à s’adapter.

Quelques jours de répit plus tard et la visite de deux îles de l’archipel (Horta et São Miguel), nous repartions en mer. Direction Gibraltar. Une deuxième partie de traversée beaucoup plus calme que la première. Un peu trop même puisqu’on a dû utiliser le moteur (ça avait été un peu le cas aussi lors de la première section) pour progresser dans la pétole. Revigoré par la pause aux Açores, j’ai pu complètement profiter du voyage et prendre mes propres  (petites) décisions à bord : rouler ou dérouler une voile, border ou choquer…Sentiment vraiment grisant que d’être à la barre d’un bateau et de le sentir changer de comportement sous son impulsion et de jouer avec les éléments. 

L’occasion aussi de revenir à l’essentiel : le thon c’est bon, mais quand il faut le préparer de A à Z, c’est une autre paire de manches
Gibraltar, bientôt, bien tard

Il nous faudra finalement un peu moins de huit jours pour atteindre Gibraltar. Mais dès la veille de notre accostage, nous avons pénétré dans cette zone incroyable qu’est le détroit. L’Afrique à tribord, l’Europe à bâbord, les deux continents se font face. On y imagine les vies très différentes de part et d’autres. Mais les rêveries se heurtent rapidement la réalité : la zone est sur-fréquentée par des milliers de porte-conteneurs et autres tankers. On est à un carrefour du monde, il faut être très vigilant. Et au milieu de ce chantier, un voilier de seize mètres, plutôt grand pour un plaisancier, ne pèse pas lourd face aux géants des mers de parfois 400 mètres. Les globicéphales et autres dauphins présents dans la zone ne se trompaient pas de bateau à accueillir et nous honoraient de leurs galipettes alors que nous finissions cette partie du parcours.

Et encore, là c’était calme

Arrivés à Gibraltar, je décidai finalement de laisser terminer au reste de l’équipage l’acheminement du bateau jusqu’à Nice, trop marqué par mes journées de galère en début de voyage et de peur que ça ne me reprenne en Méditerranée. De Gibraltar donc, il m’a fallu rejoindre mes chères Landes et là, j’étais bien décidé à bannir l’avion de mes options. Maigre compensation me direz-vous, à juste titre. J’ai finalement réussi, en prenant le train, contre pas mal d’argent, de temps et de galères, mais grâce auxquelles j’ai rencontré des gens fascinants. Car le « slow travel » c’est aussi (et surtout ?) ça selon moi : une ode aux rencontres et au partage. Sur le bateau, tout n’a pas été rose, loin de là mais je termine cette transat avec deux amis, Pierre et Paul, et des souvenirs impérissables.

Journaliste passé par L'Equipe 21 et Canal + notamment, j'essaye à mon tout petit niveau de rendre mon quotidien moins impactant pour la planète. Par ailleurs, j'aime beaucoup les Landes.

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