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Yvan Bourgnon : “Les sportifs peuvent être de vrais relais”

A l’occasion d’un webinaire organisé par la CCI France International ce mardi, le navigateur Yvan Bourgnon a fait un point d’étape sur son projet du bateau Manta et parle des changements de mentalité provoqués par le confinement.

Chez Ecolosport, nous suivons avec attention les sportifs engagés dans la protection de notre planète, et qui de mieux qu’Yvan Bourgnon pour incarner ce mouvement ? Nous lui avions consacré un article au début de l’été, le navigateur franco-suisse se démène depuis plusieurs années pour mettre à l’eau son 1er “Manta”, un bateau dévoreur de plastique. Invité par la CCI France International, le skippeur se confie sur les avancées de son projet et a pris le temps de répondre à nos questions. Extraits choisis.

Rappelez-nous, qu’est-ce que The SeaCleaners exactement ?

J’ai eu la chance de faire le tour du monde en bateau en 1980 à travers des paysages marins magnifiques. Malheureusement, j’ai aussi pu constater la dégradation de cette nature en l’espace de 30 ans. Le plastique a envahi les océans, je ne pouvais pas rester les bras croisés. J’ai décidé de fonder l’association The SeaCleaners qui a pour but de lutter contre la pollution plastique. La meilleure solution étant de faire en sorte que ces plastiques n’arrivent jamais dans la nature. En France, on arrive de mieux en mieux à gérer nos plastiques, mais en Asie ou en Afrique, c’est loin d’être le cas, et ça sera encore pire d’ici 20 ou 30 ans. Il faut agir au niveau mondial. 20 fleuves dans le monde envoie 60% de cette pollution, on peut aller sur ces endroits localisés et ratisser la zone pour collecter les déchets et faire une action concrète.

The SeaCleaners agit sur trois niveaux :

  1. La sensibilisation sur terre et sur mer
  2. La recherche scientifique pour mieux comprendre la pollution des océans
  3.  L’action pour collecter les 9 millions de tonnes déversés dans les océans chaque année avec le Manta

Où en est le Manta ? Combien faut-il de Mantas pour atteindre vos objectifs ?

Le Manta, c’est un bateau géant qui fera 56m de long et 46m qui pourra collecter plusieurs milliers de tonnes de plastique par an. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut des petits Mantas plus adaptés aux embouchures des fleuves. Ces bateaux seront présentés en novembre à l’occasion d’une grande campagne de communication.

Prototype du Manta, mise à l’eau prévue en 2024

La crise sanitaire a-t-elle eu des effets sur la pollution plastique ?

Il y a eu de fausses bonnes nouvelles pendant la confinement avec les oiseaux qui se remettaient à chanter, le retour de la vie sauvage, la baisse du trafic aérien ou la pollution en Chine qui a baissé de 25%. Il faut être très méfiant avec tout cela parce que ça reste du court terme.

Aujourd’hui, on se rend compte que la demande de plastique à usage unique a explosé avec par exemple une production de 30% supérieure en France. Il ne faut pas oublier non plus qu’on produit 130 milliards de masques à usage unique par mois dans le monde. On veut se protéger, c’est logique mais ces déchets sont mal gérés. Dans le premier semestre 2022, deux fois plus de déchets plastiques ont inondé l’Asie. Le lobby du plastique surfe sur la vague du COVID et refonctionne très très bien.

C’est une crise économique en opposition avec l’écologie : on a envie de mettre des moyens pour la survie des entreprises plus que sur le monde de demain.

On repense à soi, on se coupe du monde, on privilégie sa santé, mais on a oublié de raisonner à l’échelle planétaire. Il faut qu’on engage d’autres pays !

Dans les rapports annuels des entreprises, la place de la RSE est de plus en plus forte. Comment ressentez-vous ça ?

On est au contact des entreprises et mécènes tous les jours. Avant, une politique RSE consistait à retirer les gobelets plastiques de la cafeteria, aujourd’hui une entreprise doit être imaginée par rapport à son rapport à l’environnement. En 2015, on observait beaucoup de greenwashing, aujourd’hui, une entreprise qui ne pratique pas de RSE, elle n’est pas dans le coup !

Aujourd’hui, c’est inconcevable de ne pas avoir de vrai projet RSE. Dans le cas contraire, ça commence à être compliqué d’aborder des clients et même d’embaucher. Le salarié ne signe plus que par rapport à son salaire ou au bien-être, il regarde aussi de plus en plus les engagements de l’entreprise. Cela concernait d’abord les jeunes, mais on observe que les seniors en reconversion ont aussi envie de donner du sens à leur fin de carrière.

Les RH nous disent qu’on observe 13% de gain de performance quand l’entreprise pratique une politique RSE efficace.

Comment choisir la première destination pour le Manta ?

On va identifier les eaux les plus contaminées. La 1ère année en 2025, on ira sans doute en Méditerranée. Dès la 2ème année 2026, il est prévu d’aller en Asie du Sud-Est, là où 65% de la pollution mondiale de plastique se concentre.

Avez-vous des partenaires sportifs ? Y a-t-il un rôle du sport dans la transition écologique ?

Oui, complètement ! On essaye d’impliquer un maximum le sport là-dedans. Cela se fait beaucoup auprès des jeunes à l’école notamment. Nous avons un partenariat avec la Fédération Française de Football. Dès cet automne, on va mener des actions concrètes avec des joueurs de l’Équipe de France. On veut montrer que les joueurs sont capables de s’engager à travers de vraies actions malgré une image de “trop d’argent et voitures de sport”.

De plus en plus on va travailler avec l’univers du sport pour des actions de sensibilisation. Le sportif est souvent déjà sensible à ces questions. Ceux qui courent collectent les déchets, ils sont au contact de la nature tous les jours. Ils peuvent être de vrais relais !

The Sea Cleaners représente aujourd’hui 3 salariés, 40 mécènes et près de 1000 bénévoles formés pour sortir le manta en 2024. Un grand bravo à eux !

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Théo Fleurance
Contributeur pour Écolosport, je suis un grand passionné de sport et de ses valeurs. Fort de plusieurs expériences chez différents acteurs du monde du sport, je suis persuadé que la transition écologique est une formidable opportunité pour offrir un meilleur avenir au sport et à notre planète.

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