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Sept ans après avoir vu le jour, où en est la Formule E, le championnat de monoplaces électriques ? A-t-il relevé le pari du développement durable ? Des bonnes pratiques semblent en tout cas se mettre en place, telles que l’optimisation du calendrier des déplacements et l’utilisation de biofuels.

En 2014, Jean Todt, président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), et Alejandro Agag, homme d’affaires espagnol en provenance de la Formule 1, créent le premier championnat de monoplaces électriques : la Formule E (FE). L’idée ? Promouvoir les mobilités électriques et le développement durable et faire de la FE un laboratoire technologique pour le développement du véhicule électrique.

Sept ans plus tard, la discipline s’est installée dans le paysage du sport automobile, attire d’excellents pilotes et les plus grands constructeurs automobiles. Surtout, elle a su se rendre utile. « À la base, la Formule E a été créée pour essayer de répondre à trois problématiques. Nous sommes là pour apporter des solutions, c’est notre philosophie », nous a expliqué Julia Pallé, directrice du développement durable de la FE, en marge du E-Prix de Monaco, en mai dernier. « Nous savions que nous avions besoin de développer la technologie autour de la batterie, de la chaîne de transmission ou d’éléments que l’on ne voit pas au quotidien mais dont les constructeurs ont besoin pour rendre nos véhicules plus efficients. Il y avait aussi un problème autour de leur perception : le design n’était pas très sexy, les voitures avaient une faible autonomie, elles n’étaient pas très désirables. Nous avons donc utilisé la portée médiatique du sport et de la FE pour mettre en avant le fait que ces voitures étaient excitantes et fiables. Enfin, le dernier problème concernait les infrastructures nécessaires à cette révolution. »

Julia Pallé Formule E Ecologie Ecolosport

Julia Pallé est la Directrice du Développement Durable de la Formule E – © Formula E

Les progrès effectués depuis la Saison 1 de Formule E sont notables, et Julia Pallé, en poste depuis les débuts de ce championnat en 2014, en est une témoin privilégiée. « Les plus gros progrès ont eu lieu entre les deux premières générations de voitures, soit en quatre saisons environ. » La cinquième marque donc une évolution importante. La puissance et l’autonomie des monoplaces ont été considérablement améliorées, permettant aux pilotes de ne plus changer d’auto en pleine course. « Nous avons pu envoyer un signal très fort aux consommateurs en leur disant : le problème d’anxiété autour de la durée de la batterie est réglé », argumente la Française, qui souligne que la prochaine génération de monoplaces répondra au frein majeur des potentiel(e)s acheteur(se)s de véhicules électriques : la charge des batteries.

Le développement durable, fer de lance de la Formule E

Au-delà des innovations technologique et écologique qui caractérisent la discipline, les écuries sont encouragées à être dans une démarche authentique de développement durable. « Cette année, nous avons demandé aux équipes de se lancer dans une démarche de certification environnementale de leur gestion d’écurie, via la FIA. J’ai demandé que son plus haut niveau devienne obligatoire pour pouvoir courir en Formule E. Les équipes ont jusqu’à la fin de la saison 8 (NDLR, fin 2022) pour le faire. Et comme tous bons compétiteurs, ils s’y sont tous lancés avec pour objectif d’être certifiés d’ici la fin de cette saison. C’est super ! »

Une écurie se distingue des autres et a placé l’écologie comme raison d’être : Envision Virgin Racing. L’équipe britannique est sans aucun doute la plus éco-responsable du paddock. Pour cela, elle a lancé le programme Race Against Climate Change, qui doit sensibiliser le grand public aux enjeux écologiques par l’organisation d’événements et la mise en avant de bonnes pratiques aperçues aux quatre coins du globe. Envision Virgin Racing est aussi la seule écurie à avoir considérablement réduit ses émissions de CO2, et à compenser celles qui sont incompressibles et inhérentes à la pratique.

Race Against Climate Change Formula E Ecolosport

© Ecolosport

Ce point précis fait justement l’objet d’une attention toute particulière par les organisateur(trice)s. « 70 à 75 % de nos émissions proviennent des transports. Depuis les débuts de la Formule E, nous travaillons beaucoup pour optimiser notre calendrier : nous essayons chaque saison d’aller d’abord en Asie, par exemple, puis en Europe, etc. Cela permet aux transports de trouver des alternatives à l’avion et nous savons que cela réduit énormément notre impact. Nous sommes au croisement de plusieurs industries, dont celle de l’aviation, qui commence à utiliser de manière assez expérimentale des biofuels. Nous essayons de les accompagner et de les pousser à tester nos technologies, au moins sur notre propre logistique. » 

Nous retrouvons justement ces biofuels dans les monoplaces. De quoi s’agit-il ? La Formule E utilise le déchet de la production et de l’utilisation d’huiles à usage domestique pour alimenter ses batteries. Ce carburant à base d’huile végétale hydrogénée (HVO) de seconde génération limite l’impact environnemental et social : « Nous ne détruisons pas de forêts ou de parcelles pour cela, et nous ne mettons donc pas non plus en danger les populations », argumente Julia Pallé.

Girls on track : rendre accessible le sport automobile aux jeunes filles

Si l’environnement fait partie du cœur du championnat, les projets sociaux n’en sont pas exclus. La FE, avec le concours de la FIA, développe le programme Girls on track pour inviter les jeunes femmes âgées de 8 à 18 ans à découvrir gratuitement différents aspects de l’industrie du sport automobile, à travers des activités et des ateliers favorisant la mixité. Girls on track doit permettre « à des jeunes filles d’accéder à l’univers du sport automobile et de comprendre quels sont les métiers qu’elles peuvent y exercer, détaille Julia Pallé. En Formule E, nous avons beaucoup de chance d’avoir un univers très féminisé, sur tous les types de professions et à tous les niveaux hiérarchiques. Cependant, ce n’est pas toujours une évidence pour les petites filles de se dire qu’elles peuvent faire tel ou tel métier dans les sports automobiles. L’idée est de leur ouvrir la voie et leur dire qu’elles ont tout à fait leur place ! »

Julia Pallé est aussi conseillère de l’Extreme E, une nouvelle discipline électrique qui a vu le jour en 2018 et se déroule dans certains des endroits les plus reculés de la planète, pour mettre en évidence les défis climatiques auxquels sont confrontés les écosystèmes. L’avenir semble bien promis aux courses plus respectueuses de l’environnement.

© Photo à la Une : Andrew Ferraro/LAT Images

Michaël Ferrisi
Fondateur d'Ecolosport, je souhaite encourager la transition écologique dans le monde du sport. Professionnel du digital dans le rugby, je connais l'environnement des organisations sportives, de ses acteurs et suis persuadé des opportunités que représente cette transition pour la planète et le sport.

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