Jeux Olympiques hiver menacés Ecologie Ecolosport

Alors que le dérèglement climatique s’intensifie, la montagne souffre de plus en plus, voyant ses glaciers fondre et la neige se raréfier. Dans ce contexte, les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver sont-ils menacés, à long terme ?

Imaginez un peu que le CIO organise des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver dans une mégapole mondiale sans lien direct et évident avec les sports hivernaux… Une mégapole éloignée de moins de 200 kilomètres de montagnes totalement vierges de neige naturelle et sur lesquelles vont pourtant se jouer des médailles olympiques. Ces montagnes seraient alors recouvertes d’un léger manteau de neige artificielle, uniquement aux endroits où les épreuves se joueront, grâce à plus de 100 générateurs et 300 canons à neige. Imaginez aussi que pour cette neige de culture, l’organisation utilise de l’eau rare et détournée de réservoirs dédiés aux locaux et aux agriculteurs. Idyllique, n’est-ce pas ? Bienvenue à Pékin 2022 !

Les montagnes chinoises ne regorgent pas de neige. Pire, elles utilisent 100% de neige artificielle… © AP Photo/Mark Schiefelbein

Tout cela n’avait rien d’une fiction, vous l’aurez sûrement et malheureusement deviné. Mais la crainte est réelle sur l’avenir de ces Jeux hivernaux. Une récente étude, produite par The Sport Ecology Group de l’Université de Loughborough et Protect Our Winters, montre que « le risque est clair : le réchauffement provoqué par les activités humaines menace l’avenir à long terme des sports d’hiver. » Et donc des Jeux Olympiques et Paralympiques.

Le rapport est aussi accablant sur le nombre de sites dans le monde capable d’accueillir ces Olympiades. « Sur les 21 sites utilisés pour les Jeux d’hiver depuis Chamonix 1924, les scientifiques pensent qu’en 2050, seulement 10
auront la « compatibilité climatique » et les niveaux de chutes de neige naturelles nécessaire à l’accueil de cet événement. » Chamonix, par exemple, est désormais considéré comme à grand risque.

Des Olympiades vouées à disparaitre ?

Les glaciers fondent, la neige se raréfie et la biodiversité y est en grande difficulté. La montagne titube à mesure que le climat se réchauffe. Et l’organisation de ces méga-événements contribue évidemment à ce dérèglement. La question est presque tabou mais mérite évidemment d’être posée : les Jeux Olympiques et Paralympiques sont-ils voués à disparaitre ? Leur empreinte écologique est immense et certain(e)s s’offusquent qu’ils trouvent encore une place dans un monde toujours plus chaud. Benjamin Lévêque, responsable Climat et Biodiversité de Paris 2024, avait donné son avis sur la question à Ecolosport : «  Il est important de ne pas nous priver de ce moment festif et pacifique, qui transporte beaucoup de valeurs comme la paix, l’inclusion, la santé, le bien-être ou le lien social… »

Néanmoins, par la force des choses, ils sont menacés. Les températures toujours plus élevées menacent la pratique sportive – comme l’expliquait très bien un rapport du WWF – et par extension l’organisation des Jeux, qu’ils soient estivaux ou hivernaux. Doit-on aller vers plus de sobriété ? De toute évidence, oui. Alors que nous voyons le nombre de grands événements sportifs grandir pour toujours plus d’argent – le président de la FIFA veut toujours une Coupe du Monde tous les deux ans -, la raison appelle à plus de sobriété et de raison, pour la planète et les athlètes.

Pékin 2022 Beijing Jeux Olympiques Ecologie Ecolosport

« Il faudrait des Jeux plus petits » explique Martin Müller, de l’université de Lausanne, au Journal de Montréal. « Ce qui fait l’empreinte territorial et carbone, ce sont les spectateurs, les médias, tout l’entourage en fait. À mon sens, il faut remettre le sport et les athlètes au centre de ces Jeux ». Il poursuit : « On pourrait imaginer trouver trois ou quatre villes dans le monde qui ont l’infrastructure pour faire un roulement. (…) Est-ce que cela va mener à des Jeux plus modestes, ou alors vont-ils devenir de moins en moins populaires avec un manque de villes-hôtes pour à terme disparaître ? »

C’est le risque encouru et le CIO dit être attentif aux évolutions futures et être en capacité de s’adapter. Il serait également approprié que l’organisation olympique cesse d’attribuer de telles compétitions à des pays qui n’ont que faire des droits de l’homme. Verra t-on toujours des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver dans 30 ou 50 ans ? Rien n’est moins sûr…

Michaël Ferrisi
Fondateur d'Ecolosport, je souhaite encourager la transition écologique dans le monde du sport. Près de 10 années dans le monde du sport amateur et professionnel me permettent de bien connaitre l'environnement des organisations sportives, ses parties prenantes. Je suis persuadé des opportunités que représente cette transition pour la planète et le sport.

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