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Tour de France (2/2) – Karine Bozzacchi : “Nous allons dans le bon sens”

Tour de France Vélo Karine Bozzacchi RSE Ecologie Ecolosport
© A.S.O./Charly Lopez
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Le Tour de France 2023 démarre ce samedi 1er juillet. À quelques jours du début de cette nouvelle édition, qui s’élance de Bilbao (Espagne), Ecolosport vous propose un double sujet sur l’engagement environnemental du Tour de France. Deuxième épisode sur l’éco-responsabilité de la course, avec Karine Bozzacchi, responsable RSE.

> Lire aussi : Tour de France (1/2) – La mobilité à vélo comme enjeu prioritaire

Depuis deux ans et votre dernière interview à Ecolosport, où vous nous aviez parlé déchets, véhicules hybrides et protection des zones naturelles, qu’est-ce que le Tour de France a mis en place pour réduire encore davantage son propre impact environnemental ?

Karine Bozzacchi : Les objectifs et les priorités restent globalement les mêmes. Nous sommes un événement itinérant donc nos véhicules doivent être de plus en plus propres. Il faut aussi que le public et toutes les familles du Tour émettent moins de déchets. Par rapport à 2021, nous avons intégré une grosse vingtaine de véhicules électriques, c’est une avancée majeure. Ils sont difficiles à gérer puisque le parc de bornes mobiles ne répond pas forcément aux besoins d’une épreuve comme le Tour. Nous essayons de trouver des parades et nous y arrivons mais cela reste compliqué.

Sur les camions de l’organisation, depuis l’année dernière, nous avons introduit des biocarburants pour un tiers d’entre eux. Cela nous avait permis d’économiser 160 tonnes de CO2. L’objectif était d’en utiliser à 100% pour 2024, nous faisons mieux puisque ce sera le cas dès cette année, et donc d’économiser 320 tonnes de CO2 supplémentaires. Cela permet aussi à notre partenaire XPO Logistics, au-delà du Tour, de développer une offre spécifique pour du transport propre pour l’ensemble de ses partenaires. Nous sommes fiers de voir que le Tour sert aussi de laboratoire, que nous ne sommes pas qu’une course de trois semaines.

Le covoiturage et la mobilité douce pour les spectateurs sont aussi des sujets importants…

Le Tour est itinérant, c’est nous qui allons chez les spectateurs, contrairement à d’autres événements. Cela permet aussi de se placer un peu partout sur le parcours. Nous avions essayé le covoiturage il y a très longtemps, mais ce n’était pas dans les habitudes. L’an dernier, nous avons relancé une campagne sur le covoiturage, avec StadiumGO, qui a la connaissance sur les stades. Nous travaillons aussi beaucoup avec les régions sur des offres spécifiques TER. Par exemple cette année, en Région Auvergne-Rhône-Alpes où il y aura 10 étapes, les spectateurs auront 40% de réduction pour des groupes de 2 à 5 personnes, et la gratuité pour les enfants de moins de 12 ans. Nous avons une autre offre intéressante en Région Occitanie. Et dans le Grand-Est, nous travaillons actuellement sur les bus de la région et sur la mise en place de navettes.

Enfin, notre dernière proposition concerne les parkings à vélo, que nous avons lancé l’année dernière avec notre partenaire AG2R La Mondiale. Nous en proposons sur chaque étape, au plus proche du départ ou de l’arrivée. Le grand public peut ainsi pré-réserver sa place, en amont du Tour. Il y a une surveillance prévue sur ces parkings, dans lesquels on peut aussi se faire graver le vélo. Nous essayons d’encourager la mobilité verte, et nous faisons participer les coureurs. Ils ont pris la parole, à travers un petit clip, pour convaincre le grand public de venir de cette manière.

Tous ces engagements pris sont les mêmes concernant le Tour de France Femmes ?

Karine Bozzacchi : Absolument, en s’adaptant bien sûr puisque le Tour de France dure 3 semaines, contre 1 semaine pour le Tour de France Femmes. Il n’y a pas forcément les mêmes contraintes. Nous avons aussi des véhicules électriques, nous avons la même campagne de mobilité verte. La stratégie est la même.

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Karine Bozzacchi, responsable RSE du Tour de France, à gauche. – © A.S.O./Charly Lopez
Beaucoup d’observateurs, associations et militants dénoncent le fait que le Tour est un événement trop polluant, avec trop de voitures, de déchets ou l’utilisation d’hélicoptères par exemple. Vous comprenez ces critiques et les actions militantes qui viennent perturber le parcours ?

Karine Bozzacchi : Bien sûr que nous comprenons. Tous les grands événements sont chahutés parce qu’ils sont visibles. Médiatiquement, c’est l’occasion de se faire entendre. Après, on peut nous arrêter autant que l’on veut, je ne sais pas si ceux qui prennent les décisions les modifieront du jour au lendemain. Néanmoins il faut être, dans notre organisation, plus responsables et c’est ce que nous cherchons à faire, nous agissons depuis très longtemps. Personnellement, je n’ai pas été nommée à ce poste il y a deux ans, j’y suis depuis 2009. Le sujet est ancien chez nous, nous avons intégré le changement. Il faut aussi que les mentalités évoluent car chacun a ses habitudes. Nous vivons dans un écosystème, avec le grand public et nos différentes familles – partenaires, équipes, médias, etc. Tout le monde doit changer. Nous avons d’ailleurs récemment lancé des ateliers avec toutes les équipes. Certaines partent de très loin, d’autres ont des programmes et des actions en route.

Est-ce que le Tour aura à nouveau recours à l’utilisation d’eau pour rafraichir les routes sur lesquelles évoluent les coureurs, le cas échéant ?

Karine Bozzacchi : Oui, cela pourra être renouvelé pour des raisons de sécurité. Nous sommes parfois sur des routes qui ne sont pas récentes et sur lesquelles le bitume fond. On ne peut pas lancer un peloton sur une route qui ne présente pas assez de sécurité pour les coureurs. Nous en avons justement récemment parlé avec notre prestataire. Dans tous les cas, ce sera fait de la manière la plus raisonnable possible, le but n’est pas d’inonder la route. L’an dernier, nous avons utilisé 500 litres d’eau sur les 3 semaines d’épreuve. Avec ce volume d’eau, nous n’avons pas arrosé les 3 500 kilomètres de parcours. On comprend tout à fait qu’en période de sécheresse, où l’on demande à chacun de faire des efforts, l’image soit difficile. C’est la première fois que cela sortait, on a entendu tout et n’importe quoi, des 10 000 litres d’eau… Au plus, cela ne peut excéder 2 000 litres, la capacité maximale du camion-citerne, qui est alimenté par les bornes incendie. On aimerait que cela ne soit pas de l’eau potable, nous travaillons là-dessus et cherchons à nous améliorer.

Par contre, cette polémique nous a permis de sensibiliser l’ensemble de nos familles à l’utilisation de l’eau. À côté de ces 500 litres, il y a des véhicules qui sont nettoyés. Nous avons partagé le sujet en leur disant qu’un peu de poussière sur les voitures n’est pas si grave.

Toute la stratégie que vous menez depuis ces dernières années doit vous amener à un bilan carbone dont les résultats sont positifs, en comparaison d’il y a 10 ans…

Karine Bozzacchi : Nous sommes plutôt satisfaits du bilan carbone. Entre celui de 2013 et celui de 2021, nous avons diminué de 37% nos émissions directes. Nous allons dans le bon sens et c’est plutôt satisfaisant. Notre objectif est de s’aligner sur les Accords de Paris, c’est-à-dire une diminution de 50% d’ici 2030.

Y a t-il un bilan qui est fait au sujet de la biodiversité et des zones Natura 2000 traversées par le Tour ?

Karine Bozzacchi : Tous les ans, un bilan est fait à l’automne avec le Ministère de la transition écologique, puisque nous avons des obligations avec les zones Natura 2000. Nous ne pouvons pas comparer les éditions puisque les parcours sont différents. Cette année, il y a 86 zones traversées, contre 82 en 2022 ou plus de 100 sur certaines années. Le service Natura 2000 du Ministère a un retour de ses agents, qui font remonter les informations suite à notre passage et cela nous permet d’ajuster notre organisation sur certains sites. Avec les hélicoptères de la télévision, qui ont besoin d’être au plus près de la course, c’est parfois antinomique avec la présence d’oiseaux protégés, surtout en altitude. Alors, l’objectif est de simplifier la vie du pilote, qui est doté d’une application GPS qui intègre des zones à éviter dans les instruments de bord.

Par exemple, cette année, à quelques kilomètres de l’arrivée à Cauterets, il y a un couple de gypaète barbu – des oiseaux très protégés – qui nichent avec un petit. Il a fallu échanger avec les locaux et la LPO pour trouver des solutions respectant la vie paisible de ces oiseaux : l’hélicoptère fera un détour et la sonorisation de la caravane sera interrompu. La biodiversité est un sujet sérieux et important, depuis longtemps. C’est l’une de nos priorités.

Photo à la Une : © A.S.O./Charly Lopez

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