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Carton rouge – En Suisse, un glacier éventré pour la Coupe du Monde de ski

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© Twitter - Protect Our Winters Switzerland
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Plusieurs élus et associations suisses se mobilisent pour stopper les travaux destructeurs sur le glacier de Zermatt en vue des descentes de la Coupe du monde de ski. C’est notre nouveau Carton rouge.

Les organisateurs suisses de la Coupe du Monde de ski ont peut-être trouvé la parade pour éviter que les glaciers fondent : les détruire. Alors que les descentes de la Coupe du monde de Zermatt (Suisse) et Cervinia (Italie) sont prévues dans moins d’un mois (du 11 au 19 novembre 2023), les organisateurs ont eu la brillante idée d’amener machines et pelleteuses pour éventrer le glacier du Théodule en vue de ces épreuves de ski, comme si l’organisation d’une compétition sportive était une justification fondée pour un acte qui provoque légitimement de vives réactions, en Suisse et ailleurs.

Au delà des indignations de Protect Our Winters Switzerland et de la glaciologue Heidi Silvestre, deux députées suisse ont demandé l’arrêt des travaux. C’est aussi le cas du WWF, de Pro Natura et de Mountain Wilderness Schweiz, qui ont saisi la Commission cantonale des constructions (CCC) du canton du Valais pour suspendre le chantier. « Chaque minute compte pour sauver le terrain encore préservé du glacier », écrivaient ce mardi les trois associations dans un communiqué, en rappelant aussi au passage que les prévisions annoncent, d’ici 2080, la fonte de la moitié de ce glacier. Une pétition a été lancée ce jeudi 19 octobre par Protect Our Winters.

D’après une enquête menée par la version suisse du quotidien 20 Minutes, les engins creuseraient le glacier en partie en dehors des zones autorisées. L’organisation se défend et dit détenir toutes les autorisations nécessaires à ces travaux. Mais le débat est ailleurs : devons-nous accepter la destruction, légale ou non, de glaciers déjà fragilisés par le changement climatique pour une Coupe du Monde de ski ? Devons-nous accepter la vidange de ces réservoirs d’eau douce si importants alors que la sécheresse rythme notre quotidien ? Pour rappel, nous comptons sur Terre seulement 3% d’eau douce, dont 1% est accessible. Cette eau est stockée à 70% sous forme de glace ou de neige. En prenant en compte ces chiffres et la situation hydrique actuelle, dépouiller un glacier pour une « simple » épreuve de ski est une aberration totale.

Quand la montagne tue la montagne

Il sera intéressant d’observer les réactions des skieuses et skieurs qui doivent prendre part à cette Coupe du Monde. Début 2023, dans une lettre dont Ecolosport avait fait l’écho, ils étaient 170 à réclamer à la Fédération Internationale de Ski (FIS) des actions plus importantes en faveur du climat. L’un d’entre eux a d’ailleurs réagi dans le quotidien suisse 20 Minutes. « Notre sport fait partie des plus touchés par le réchauffement climatique et, au lieu de changer notre système, de s’adapter, on fait tout le contraire » s’emporte le Français Alexis Pinturault. « Cette compétition, surtout à ce moment-là de l’année, n’a pas de sens. L’épreuve n’est pas dans l’air du temps. Ça choque tout le monde. »

La date de ces épreuves soulèvent en effet de nombreuses questions. La RTS rapporte que la FIS souhaitait organiser la compétition en fin de saison, en mars ou avril 2024, pour profiter de conditions probablement plus hivernales et donc adaptées. Les organisateurs ont refusé cette éventualité. Selon la chaîne suisse, des raisons politiques et économiques ont justifié ce rejet : à travers cette Coupe du Monde, l’organisation souhaiterait promouvoir le – déjà – très célèbre domaine de Zermatt et son offre sportive, hôtelière et gastronomique.

En filigrane, la question de la pérennité des GESI

Cet acte amène enfin à se poser la question suivante : quid de la pérennisation des Grands Événements Sportifs Internationaux (GESI) face à leur impact considérable sur l’environnement ? Elle se pose d’autant plus ici que le ski et la plupart des activités sur neige voient leur avenir s’assombrir et être quasiment condamnés d’ici la fin du siècle.

Comme le soulignait récemment une étude scientifique, parue dans la revue Nature Climate Change, “avec un réchauffement de +2°C, ce sont 53% des domaines skiables européens qui seront en déficit accru de neige naturelle (34% dans les Alpes et 89% dans les Pyrénées).” Un chiffre qui atteint 98% en cas de hausse à +4°C. Il est donc temps, à la FIS et aux organisateurs, de repenser le circuit mondial. Cela passe non seulement par une diminution des compétitions, mais aussi par une programmation en lien avec l’enneigement naturel.

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