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Ecolosport Inspire – Rachel Corboz : “La question est de savoir comment le football va s’adapter au changement climatique”

Ecolosport Inspire - Rachel Corboz : "La question est de savoir comment le football va s'adapter au changement climatique"
© AS Saint-Etienne
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Dans le cadre de notre format “Inspire” et de son quatrième numéro “La quête”, la footballeuse américaine Rachel Corboz, joueuse de l’AS Saint-Etienne, a répondu à nos questions. Entretien.

Comment percevez-vous l’évolution du football féminin depuis le début de votre carrière ?

Depuis que je suis devenue une footballeuse professionnelle en 2018, j’ai constaté une évolution considérable. Beaucoup de choses qui paraissent normales aujourd’hui ne l’étaient pas il y a encore quelques années : la qualité des terrains, la diffusion des matchs du championnat, des installations adéquates, un meilleur accompagnement des joueuses, etc. Les progrès sont là, mais pour moi ils restent assez inégaux. Au sein d’un même championnat, certains clubs sont très en avance sur d’autres en matière d’investissements et de structures. On observe également de grandes différences entre les pays et leurs championnats. Le football féminin a énormément progressé, mais cette croissance reste encore fragile et inégalement repartie.

Le football féminin doit-il chercher à se rapprocher du modèle masculin pour continuer à grandir, ou inventer sa propre trajectoire ? Y a t-il des erreurs à ne pas reproduire ?

Je pense qu’il existe des aspects du football masculin dont le football féminin peut et doit s’inspirer : les installations de qualité, des investissements pérennes, une véritable organisation, des projets structurés et une vision à long terme. En revanche, cela ne signifie pas qu’il faut reproduire le modèle masculin à l’identique. Le football féminin a l’opportunité de construire sa propre trajectoire et de défendre ses propres valeurs : ne pas avoir une pensée court termiste, voir l’argent comme le but ultime, éviter les excès financiers… Je pense que l’objectif n’est pas de copier ce modèle précis, mais de s’en inspirer pour construire quelque chose de plus durable et adapté à ses réalités.

Quand on parle de développement du football féminin, de quoi parle-t-on réellement selon vous : visibilité, moyens, nombre de pratiquantes, ou autre chose ?

Je pense que le développement du football féminin est avant tout une notion multidimensionnelle. Ce n’est pas que limité à la visibilité, au nombre de téléspectateurs ou au nombre de spectateurs dans les stades, même si ces éléments sont évidemment très importants. Le développement, c’est aussi augmenter le nombre de licenciées, rendre la pratique accessible à toutes les filles qui souhaitent jouer, améliorer les conditions de travail des joueuses et offrir des infrastructures de qualité. Il s’agit de mettre les filles et les femmes dans les meilleures conditions possibles pour qu’elles puissent s’épanouir et réussir. Pour moi, ça signifie aussi de créer des conditions durables permettant aux femmes et aux filles de pratiquer le football sur le long terme, c’est une question de durabilité.

En parallèle de votre carrière, vous travaillez aussi une thèse sur les enjeux environnementaux dans le football. À quel moment ces questions ont-elles commencé à entrer dans votre réflexion de joueuse ?

J’ai toujours été sensible aux questions environnementales. J’ai grandi dans une famille qui se souciait de ces enjeux et qui m’a transmis certaines valeurs liées au respect de l’environnement. Mon intérêt s’est ensuite développé à l’université, où j’ai suivi mes premiers cours sur le sujet. En tant que joueuse professionnelle, j’ai progressivement pris conscience des liens entre le football et les enjeux environnementaux. J’observe directement les effets du changement climatique sur notre pratique sportive, mais aussi l’impact que le football peut avoir sur l’environnement. Cela soulève des questions liées aux déplacements, aux équipements, à l’organisation des compétitions et à nos habitudes de consommation. Cette prise de conscience s’est renforcée au fil des années et m’a conduit à faire une thèse sur le sujet sous la direction de Michel Desbordes à l’Université Paris Saclay. La thèse me permet d’approfondir ma compréhension de ces enjeux et d’adopter une vision plus globale du rôle que le sport peut jouer dans la transition écologique.

Quels sont aujourd’hui, selon vous, les principaux enjeux environnementaux liés au football ?

Le premier enjeu est sans doute celui des transports, qui représentent la principale source d’émissions de gaz à effet de serre dans le football. Qu’il s’agisse des déplacements des équipes, des staffs ou surtout des supporters, que ça soit pour des matchs de championnat ou pour les grands évènements sportifs. L’adaptation au changement climatique est aussi un sujet important dans tout cela. La question n’est plus de savoir si le changement climatique existe, mais comment le football va s’y adapter. Les épisodes de chaleur extrême, les sécheresses, les inondations ou encore les évènements météo violents deviennent plus fréquents et plus intenses. Ils ont déjà des conséquences sur l’organisation des compétitions, l’entretien des terrains ou encore la santé des joueurs et des joueuses. Pour moi, les défis du football sont de réduire son impact environnemental tout en s’adaptant aux nouvelles réalités climatiques.

> Lire aussi : Coupe du Monde 2026 – La santé des joueurs et des fans menacée par les conditions climatiques

Si vous pouviez imaginer un club de football idéal aujourd’hui, à quoi ressemblerait-il ?

Mon club idéal serait un club ambitieux, avec une vision à long terme, aussi bien sur le plan sportif qu’environnemental. Un club à la recherche de la performance et de l’excellence, mais qui ne perd pas de vue ses responsabilités sociales et écologiques. Ce serait également un club qui accorde à sa section féminine la même considération, les mêmes opportunités et la même ambition qu’à sa section masculine. Un club qui accompagne ses joueuses et ses joueurs dans leur développement. Sur le plan environnemental, la durabilité serait pleinement intégrée aux processus de décision, à la stratégie du club : mobilité durable, sobriété énergétique, gestion des déchets, achats responsables, la sensibilisation des différents acteurs du club, etc.

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