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Arnaud Assoumani : « Montrons le bon exemple ! »

Nous avons parlé sport et écologie avec le quintuple médaillé paralympique de saut, Arnaud Assoumani, également membre du team EDF et engagé auprès du World Clean Up Day. Entretien inspirant d’un athlète engagé.

Arnaud Assoumani, vous faites partie du team EDF. Quel en est l’objectif ?

J’étais dans les premiers athlètes à faire partie du team EDF, l’objectif a toujours été de bien s’entourer pour préparer les Jeux Paralympiques. Là, nous visons Tokyo cet été et Paris en 2024 en faisant la promotion des enjeux sociaux et environnementaux à travers notre activité. J’y suis engagé dans l’action « 1 champion dans mon école » : avec d’autres athlètes du team, nous allons à la rencontre des écoliers pour les sensibiliser à l’aspect intégration et acceptation du sport, moi qui ai souffert de harcèlement scolaire.

EDF cherche aussi à créer une émulation dans le team pour trouver des solutions sur l’environnement, de nouvelles énergies. On se rencontre généralement plusieurs fois par an avec les autres athlètes, même si c’est plus compliqué à cause de la COVID en ce moment. J’ai appris à découvrir Perrine Lafont (ski acrobatique), Benjamin Daviet (biathlon), Max Montaggioni (snowboarder) et Julia Chanourdie (escalade) qui pratiquent des sports nature. Ils sont tous témoins de la dégradation de notre environnement et notre volonté c’est de trouver des solutions, d’agir à notre échelle et d’en parler autour de nous.

Vous pratiquez l’athlétisme depuis vos 11 ans, vous en avez 35 aujourd’hui, quand avez-vous développé une conscience verte ?

J’ai grandi à la campagne, mes grands-parents sont issus de la ferme, mon oncle est paludier… Ma famille est très nature, j’ai donc appris le respect des autres mais aussi de notre environnement, j’ai appris à ne pas gâcher la nourriture. Ce sont des valeurs que j’ai depuis tout petit. En grandissant, tu te rends compte des problèmes de la surconsommation. Et puis nous, occidentaux, nous sommes très attachés à notre confort. On se pose des questions sur tout cela.

Je suis un des parrains du World Clean Up Day, je suis donc allé sur des clean up fin septembre. Ce qui m’a marqué, c’est d’entendre les mêmes messages que quand j’étais jeune ! Il y a encore du boulot.

Arnaud Assoumani à l’affiche d’un clean up organisé en septembre dernier à Paris

Quels sont les gestes “écolo” que vous pratiquez au quotidien ?

La première chose, c’est le tri. Je fais ça depuis 20 ans. Après, j’ai une gourde pour mes entrainements. Je suis aussi sensible au sur-emballage : il m’arrive de ne pas acheter des produits quand il y a trop de plastique.

En tant que sportif de haut niveau, je fais forcément attention à mon hygiène de vie et cela m’aide à consommer un maximum de produits frais et de saison, je ne consomme quasiment pas de produits industriels.

Au niveau de mes déplacements, j’ai longtemps eu un véhicule électrique. Ça ne compense pas tous les voyages que je fais en avion mais je fais attention. Via mes petits gestes, j’essaye de sensibiliser mon entourage. Ça doit devenir des habitudes pour tous !

Nous sommes des exemples alors montrons le bon exemple ! 

Quel est le rôle du sportif dans la transition écologique selon vous ?

On le dit souvent mais le sport, c’est une école de vie. C’est loin d’être une expression galvaudée. On développe du lien avec les autres et on y transfère inconsciemment certaines habitudes. C’est là qu’on peut corriger des mauvaises habitudes sur les déchets par exemple. C’est très engageant.

A travers le programme Respirons Sport pendant le World Clean Up Day, ils ont ramassé une tonne de déchets en canoë à Epinal ! Nous, à Paris, on a collecté 18 kg de mégots ! A travers une activité sportive et avec un côté ludique, on parvient à réunir tout le monde pour collecter des déchets. C’est génial parce qu’on dédramatise un sujet sérieux en montrant l’exemple.

Et puis, oui, nous sommes des personnalités publiques, on a un devoir de responsabilité par rapport à ces jeunes qui nous suivent. Nous sommes des exemples alors montrons le bon exemple !

Arnaud Assoumani en plein saut !

Vous avez été médaillé à Athènes (2004), Pékin (2008), Londres (2012) et Rio (2016) comment les JO ont évolué ? La compétition deviendra-t-elle réellement éco-responsable comme annoncé pour Paris 2024 ?

A Pékin, l’objectif était clairement de montrer que la Chine était un pays puissant, un pays développé. Je me souviens qu’on ne voyait pas le ciel, ç’a changé depuis. Londres était un format plus petit, plus humain. Mais il y a plein d’efforts à faire !

J’espère que les JO de Paris seront vraiment neutres en carbone comme annoncé. C’est une telle vitrine que si ça fonctionne, ça peut montrer à l’ensemble du sport français – et par ricochet à la société – qu’un modèle de société éco-responsable est possible.

Mais je suis lucide parce que je l’ai vu aussi : ç’a un côté politique. Quand les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques sont deux entités différentes, ça renvoie non seulement une image désolante pour les handisportifs comme moi, mais ça nécessite l’impression en double de chaque banderole par exemple. C’est une aberration écologique !

Ce qui est paradoxal, c’est qu’avec la Coupe du Monde de football qui se passera au Qatar, on est dans l’opposé… J’espère que les instances comme la FIFA ou le CIO parviendront à imposer un standard environnemental pour attribuer les prochaines compétitions.

Arnaud a été surpris comme beaucoup d’athlètes à l’époque de la qualité de l’air à Pékin. Photo du Nid d’Oiseau, stade principal de la compétition d’une capacité de 91 000 spectateurs prise en 2008

Comment imaginez-vous l’athlétisme de demain ?

C’est assez difficile de se projeter mais j’ai des idées faciles à mettre en place quand même. La majorité de nos compétitions se passent en Europe, on pourrait largement privilégier le train. On doit pouvoir forcer les fournisseurs de boissons sur les compétitions à supprimer les bouteilles plastiques et canettes. A l’INSEP, on a des fontaines à eau depuis longtemps, mais j’échangeais avec Lenaïg Corson dernièrement qui m’expliquait qu’à Marcoussis, ils n’en n’avaient pas !

Au niveau du textile aussi, on pourrait ralentir un peu, ça ne sert à rien de porter la dernière collection à chaque fois. Là pour le coup, on est totalement dans la surconsommation. J’ai d’ailleurs un projet qui va normalement bientôt aboutir sur du textile sportif plus responsable.

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Théo Fleurance
Contributeur pour Écolosport, je suis un grand passionné de sport et de ses valeurs. Fort de plusieurs expériences chez différents acteurs du monde du sport, je suis persuadé que la transition écologique est une formidable opportunité pour offrir un meilleur avenir au sport et à notre planète.

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