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Thomas Wagner (Bon Pote) : “J’aime le sport, mais pas dans ces conditions”

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A un mois de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, Ecolosport a longuement discuté avec Thomas Wagner (36 ans), militant pour l’environnement et fondateur du plus en plus célèbre site Bon Pote. Ce fondu de sport évoque le prochain Mondial de football et son boycott, les Jeux de Paris 2024, et les liens entre sport et écologie. Entretien.

Thomas, avant de rentrer dans le vif du sujet et d’évoquer la prochaine Coupe du Monde, quel est votre lien avec le sport ?

Thomas Wagner (Bon Pote) : Le sport est une énorme partie de ma vie, depuis que je suis enfant. J’ai fait 15 ans de tennis, presque autant de football, j’ai aussi pratiqué le jujitsu, le volley, le handball et la natation. C’est un besoin vital et j’espère en faire jusqu’à ma mort. Avant de me blesser, j’ai essayé d’être tennisman professionnel, et connais l’exigence très forte du haut-niveau et les sacrifices que cela demande. Dans mon premier article sur la Coupe du monde de football, je parle d’une forte dissonance cognitive pour le fan de football que je suis. Je suis aussi supporter du PSG et quand ils se sont fait racheter en 2011 par les Qataris, je râlais, évidemment, mais la perspective d’avoir des stars planétaires à Paris était folle. J’ai d’ailleurs perdu un pari concernant l’arrivée de Zlatan Ibrahimovic et Thiago Silva, j’ai payé un diner à des amis car je n’y croyais pas un mois plus tôt. Tout cela est du soft power. Nous avons de fortes relations économiques avec le Qatar et cela renforce leur poids. Ce n’est pas soutenable. Aujourd’hui, j’essaye de dire “les gars, j’aime le sport mais pas dans ces conditions.” J’essaye de faire passer mes petits plaisirs au second plan, derrière le climat et les questions sociales.

Justement, c’est la question suivante. Allez-vous boycotter la Coupe du Monde de football ?

Thomas Wagner (Bon Pote) : Je suis effectivement prêt à renoncer, en tant que spectateur, à mon plaisir de regarder une Coupe du monde et mettre, évidemment, la survie des gens et des ouvriers en avant. Certains de mes amis me demandaient encore récemment : “Thomas, tu vas vraiment ne pas regarder les matchs ?” Bien sûr ! La seule possibilité serait de le faire en streaming, car a priori, ce n’est pas comptabilisé dans l’audience officielle et ça ne rapporte rien aux diffuseurs ou à la FIFA. Si c’est bien le cas, pourquoi pas… Mais vous ne me trouverez pas dans un bar avec mes amis, comme je peux le faire habituellement.

Pour quelles raisons allez-vous boycotter cet événement ?

Thomas Wagner (Bon Pote) : Le premier point concerne l’environnement. Cette Coupe du Monde ne devrait pas avoir lieu et surtout pas dans ces conditions. Quand la communication officielle du Qatar explique que cet événement sera neutre en carbone, c’est un mensonge éhonté, et ils ne transpirent pas quand ils disent ça ! (rires) Deuxième point : les questions sociales et les conditions dans lesquelles les travailleurs ont construit les stades et autres infrastructures. Ils ont travaillé sous plus de 40 degrés, à des cadences infernales… Certains ouvriers se sont même convertis à l’islam pour avoir des pauses, aux moments des prières. C’était le seul moyen d’en avoir… Ce n’est pas normal. Ensuite, il y a le nombre de morts et le silence qui gravite autour. En Afrique du Sud (2010), il y a eu 2 morts, au Brésil (2014) il y en a eu 8, et en Russie (2018) 21. Pour le Qatar, on parle de 6 500 ouvriers décédés mais le chiffre est discuté, certaines ONG parlent de plus de 15 000 morts. Le problème vient du fait que les certificats de décès évoquent des causes naturelles de mort… Ça n’a rien de naturel ! D’autres ne sont pas reconnus officiellement par l’État et meurent sans qu’on ne soit au courant.

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Il y a aussi l’exemplarité. On ne devrait pas m’attaquer là-dessus, mais j’essaye toujours de montrer l’exemple car cela aide à faire passer les messages. Je ne peux pas dire qu’il faut réduire le trafic aérien si l’on me voit à bord d’un avion toutes les semaines. C’est pareil pour la viande ou pour d’autres sujets, dont le boycott de la Coupe du monde. Je prie pour qu’il y ait un joueur qui craque et qui soulève son maillot pour montrer un message… Je discute avec certains joueurs de football qui sont scandalisés par cette situation.

Un autre événement va bientôt arriver, en France cette fois : les Jeux Olympiques et Paralympiques. Un gros travail semble se faire pour rendre ces Jeux les plus propres possible. Quel est votre regard sur ce sujet ?

Thomas Wagner (Bon Pote) : J’ai lu plusieurs de vos articles à ce sujet. Tous les efforts sont appréciables, mais la question est toujours la même : peut-on continuer à organiser des Jeux, et dans quelles conditions ? Ce qu’il s’est passé aux Jardins d’Aubervilliers est une honte absolue, on devrait en discuter davantage. Encore une fois : j’aime les Jeux et je les regarde depuis toujours. Mais quelles sont les conséquences ? Ce qu’il faut bien regarder, ce sont les sponsors qui financent ces grands événements, et les conditions dans lesquelles ils se tiennent. Doit-on revenir à quelque chose de plus pur et de purement sportif ou laisse t-on filer ces événements vers le capitalisme, qui en font quelque chose de non-soutenable ? Les Jeux Olympiques, en France ou ailleurs, ne sont pas soutenables. 90% des émissions viennent des transports, dont 75 des avions. Les organisateurs ne peuvent pas contrôler comment les spectateurs se déplacement mais ont le devoir de faciliter les transports bas carbone. Planter des arbres pour compenser n’est physiquement pas valable, ça s’apparente à du greenwashing.

Doit-on alors continuer à organiser des Jeux Olympiques ?

Thomas Wagner (Bon Pote) : Le problème est le même pour d’autres gros événements comme Roland Garros. Il faut remettre en cause l’argent amassé dans le sport de haut-niveau aujourd’hui. A titre personnel, je ne souhaite pas que ces événements sportifs s’arrêtent. Mais nous devons changer la façon dont les sportifs sont rémunérés. Si vous gagnez des millions grâce à l’argent de TotalEnergies, par exemple, ce n’est plus possible. Si vous organisez des événements grâce à l’argent de TotalEnergies, ce n’est pas possible non plus. Continuons d’organiser des événements sportifs dans la mesure où ils sont soutenables !

Que doit faire le sport pour se montrer à la hauteur des enjeux ?

Thomas Wagner (Bon Pote) : Se recentrer sur les valeurs promues par le sport amateur. Pourquoi quelqu’un qui tape dans un ballon devient multi-millionnaire ? Nous devons nous questionner collectivement. Pourquoi sont-ils autant payés ? Par qui ? Comment ? Devons-nous continuer sur cette voie ? Pour moi, la réponse est clairement non.

Autre grand événement qui arrive prochainement, en France : la Coupe du Monde de rugby 2023. Greenpeace s’est récemment mobilisé autour du soutien de TotalEnergies… Si certains trouvent ce partenariat choquant, d’autres souhaitent utiliser l’argent du pétrolier pour développer une stratégie de développement durable…

Thomas Wagner (Bon Pote) : C’est la stratégie des pétroliers depuis 30 ans. Après avoir dit qu’il n’y avait pas de problème de réchauffement climatique, tous les pétroliers ont, dans les années 2000, expliqué qu’il y avait un problème et qu’ils étaient la solution. Ils se présentent comme les sauveurs. Total a fait 18 milliards d’euros de bénéfices sur un semestre, et va dépenser quelques millions d’euros, à droite et à gauche, pour dire qu’ils font de la transition et que c’est grâce à eux. Ils achètent politiquement ces événements sportifs pour se rendre acceptables. Si les 67 millions de Français savaient ce qu’est et ce que fait vraiment Total, tout cela ne se passerait pas aussi facilement.

Le financement du sport professionnel est en tout cas un réel enjeu.

Thomas Wagner (Bon Pote) : On en revient à la notion – que j’adore – du “refus de parvenir”, c’est-à-dire que tu peux réussir, tu peux avoir de l’ambition, sans écraser les autres. Certains sportifs ont cette casquette, je pense à Xavier Thévenard ou Kilian Jornet. Cela doit se généraliser. C’est d’autant plus facile de l’ouvrir (sic) quand tu as déjà quelques millions d’euros de côté.

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