Ecolosport s’est entretenu avec Xavier Parenteau, co-dirigeant du cabinet IPAMA et expert de la norme ISO 20121, attribuée il y a quelques mois à la Coupe du Monde de football au Qatar.

La Coupe du monde de football au Qatar est l’une des plus décriées de ces dernières décennies. Et pourtant, l’été dernier, une nouvelle a bousculé l’opinion et les professionnels de l’événementiel : la compétition obtenait la certification ISO 20121. Cette dernière a entraîné un grand nombre de réactions. Nous avons donc essayé d’en savoir plus sur cette norme internationale devenue incontournable dans tous les secteurs de l’événementiel, en interrogeant Xavier Parenteau, co-dirigeant du cabinet IPAMA et expert du sujet.

Ecolosport : Qu’est-ce que la norme ISO 20121 ?

Xavier Parenteau : « La norme ISO 20121 est un outil au service des organisations pour adresser les sujets de RSE dans le cadre de leurs activités. Cette dernière leur permet de structurer leur système de management, de prise de décisions et de réflexion dans les règles dictées par la Responsabilité Sociétale des Entreprises. Elle vient donc notamment questionner la gouvernance de l’organisation, les relations avec ses parties prenantes, le respect des règles commerciales, sociales ou encore éthiques et l’impact de ses décisions d’un point de vue environnemental. Elle pousse l’organisation à intégrer une dynamique d’amélioration continue dans son management, de veille et de contrôle de ses opérations ainsi que de toute sa chaîne de valeur. Enfin, cette norme est internationale et s’adresse à tous les types d’acteurs possibles intervenant de près ou de loin dans le secteur de l’événementiel, sans distinction, dès lors que l’on est une organisation publique, privée, associative, petit ou grosse. »

Est-ce que le fait que la Coupe du Monde de la FIFA Qatar 2022 ait été certifiée ISO 20121 entache la crédibilité de la norme ?

Xavier Parenteau : « Tout d’abord, ce n’est pas la compétition qui est certifiée mais le comité d’organisation de l’événement. Ce qui choque ici, ce sont les critères d’attribution de cette compétition à un pays qui n’est pas en phase avec les principes prônés par les textes internationaux (ODD, Global Compact, COP, etc.) C’est un choix totalement incongru pris par un groupe d’électeurs au sein d’une fédération internationale sportive. En 2010, nous avions déjà suffisamment d’éléments sportifs, environnementaux et politiques pour ne pas retenir la candidature du Qatar. Nous sommes donc ici plus sur un problème d’assumer une décision prise en 2010 qu’un problème de norme. »

C’est comme pour le permis de conduire : l’avoir ne signifie pas être bon conducteur, mais avoir le minimum requis pour bien conduire.

Xavier Parenteau – IPAMA

« En effet, une fois que ce choix est fait, rien n’interdit les acteurs de son organisation de choisir de mener le projet selon les exigences de la norme. Il existe dans ce cas précis une injonction paradoxale dans le message envoyé mais le sujet ne vient pas de l’outil. Le sujet vient de l’existence même de l’événement dans les conditions dans lesquelles il a lieu. Avec le même rabot, un ébéniste peut faire un très beau meuble alors qu’un autre peut tout casser. Il faut espérer que toute cette hérésie autour de ce grand événement en particulier fasse réfléchir celles et ceux qui prennent les décisions et qui attribuent l’organisation aux pays ou villes hôtes. »

Si on prend un peu de recul, avec toute l’émotion que suscite cette Coupe du monde, du moins en Europe, quels sont les intérêts pour une organisation notamment sportive de se lancer dans une démarche de certification ?

Xavier Parenteau : « Si nous prenons l’exemple d’une enceinte sportive que nous accompagnons depuis plusieurs années, l’Orange Vélodrome, la norme lui a permis de structurer l’intégralité de son organisation autour d’un axe commun de management responsable des activités d’un exploitant de stade. Ce qui a permis au Directeur Général de l’époque de poser sa vision et d’avoir une ligne stratégique interne et externe offrant une perspective nouvelle et complémentaire à l’accueil des matchs de l’Olympique de Marseille. Le stade s’est ouvert vers de nouvelles activités avec l’accueil de concerts, d’événements privés, dont les clients sont de plus en plus demandeurs d’éco-responsabilité et de preuves d’engagement…

Les outils de cette norme poussent à une réflexion ouverte intégrant les parties prenantes internes et externes de l’organisation. Elle permet d’être dans une dynamique permanente de veille de son marché et de son écosystème pour être au plus juste dans la façon de conduire ses affaires. Elle offre les outils pour déployer cette stratégie de développement dans tous les métiers de l’organisation, dans une perspective d’amélioration continue. Elle impose aussi une veille juridique minutieuse pour anticiper les évolutions du secteur. Bref, c’est un outil très complet de structuration du management d’une entreprise.

Enfin, pour mémoire, cette norme est issue d’un consensus mondial trouvé entre les professionnels de l’événementiel au sens large (sport, culture, événements professionnels, lieux…) de plus d’une centaine de pays. »

Photo de Xavier Parenteau et Jean-Claude Herry, les co-dirigeants d’Ipama (Crédit Antoine Repessé)

A propos d’IPAMA

IPAMA (ex-Herry Conseil) accompagne et forme les acteurs de la culture, du sport, de l’événementiel et du tourisme à la transition écologique et solidaire. Ils développent des solutions sur mesure pour assister ces acteurs dans la conception et le déploiement de stratégies RSE, aide à monter en compétence et prépare la labellisation ou la certification choisie (ISO 20121, B Corp, etc.) L’équipe est composée de consultants passionnés et expérimentés, issus des métiers de l’événement.

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