En partenariat avec le magazine Les Sportives, média de fond de référence du sport féminin. Retrouvez ce sujet dans le n°23 des Sportives.

Le Vendée Globe est la plus grande course à la voile du monde. A mi-chemin entre sa dernière édition et la prochaine, en 2024, nous avons voulu savoir comment ses skippers intégraient la dimension environnementale à leur projet et dans quelle mesure elle leur permet, ou non, de jouer la victoire.

Vous pensiez que la voile de course était un sport propre ? Intrinsèquement, c’est le cas. Les bateaux voguent à toute allure grâce au vent, aux manœuvres ingénieuses des skippers, aux énergies renouvelables et surtout sans l’aide de carburant. Pourtant, la conception de ces embarcations, a fortiori pour des courses comme le Vendée Globe, est très polluante. L’utilisation de carbone principalement, mais aussi de titane ou d’aluminium, émet un paradoxe : les matériaux et les bateaux sont durables dans le temps, mais sont aussi très émetteurs en CO2. Le transport des voiliers et des skippers, l’énergie consommée et les déchets générés par la conception sont autant de postes de pollution. Lors de l’édition 2020, le navigateur Sébastien Destremau avait d’ailleurs calculé l’empreinte carbone de son projet. Le bilan s’était élevé à 89 tonnes de CO2 émis.

La recherche de la performance et des records a un impact non-négligeable sur la planète. Ces dernières années, les skippers jouant la gagne ne se préoccupaient que peu de l’éco-conception de leur bateau et d’alternatives au tout carbone. À l’inverse, celles et ceux engagé(e)s dans un projet éco-responsable ne jouaient pas forcément les premiers rôles sportifs. Un lien de cause à effet ? La performance serait-elle antinomique à une approche écologique ? Peut-on gagner le Vendée Globe en ayant une démarche totalement éco-responsable ? 

“Oui, mais dans combien de temps, je ne le sais pas” acquiesce Alexia Barrier, navigatrice engagée sur le Vendée Globe en 2020 et pour la planète depuis de nombreuses années. Elle a créé sa propre association 4myplanet en 2010, dont l’objectif est de sensibiliser à la protection des océans et de la nature. Elle poursuit : “La première démarche éco-responsable est d’utiliser des bateaux existants pour naviguer. Yannick Bestaven a pu gagner le dernier Vendée Globe avec un bateau qui n’était pas neuf. J’ai du mal à comprendre cette tendance à vouloir, à chaque édition, un bateau neuf.” Sur cette même édition, la Niçoise a d’ailleurs utilisé la plus vieille embarcation de la flotte, avec 6 tours du monde à son actif. “Je n’avais par contre aucune prétention de victoire, je courais avec une deux-chevaux en affrontant des Formule 1…”

“J’ai aussi récolté des données pour l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer, et des programmes européens de recherche” ajoute la navigatrice. D’autres skippers se sont montrés engagés lors de l’édition 2020 du Vendée Globe. Pendant la course, Fabrice Amedeo a, lui aussi, pris des mesures et étudié la présence de la pollution plastique dans les zones les plus reculées des océans. Sébastien Destremau avait, quant à lui, conçu une “casquette” de protection en carton. Aucun d’entre eux n’étaient à l’avant de la course, et c’est révélateur d’une incompatibilité, aujourd’hui, entre la recherche de la victoire et la durabilité d’un projet.

Vendée Globe Alexia Barrier Ecologie Ecolosport
© Lou-Kevin Roquais

De nouvelles règles pour la classe IMOCA

Les bateaux participants au Vendée Globe appartiennent à la classe IMOCA, des monocoques de 60 pieds (environ 18 mètres). C’est cette association de skippers qui régit les règles de construction des voiliers, anciens ou neufs, qui participent à différentes courses telles que la Route du Rhum, The Ocean Race ou le Vendée Globe. “Nous avons mis en place un certain nombre de règles dédiées à la transition écologique” avance Imogen Dinham-Price, responsable Développement Durable de l’IMOCA. “La première d’entre elles est l’analyse obligatoire du cycle de vie des pièces utilisées. Autrement dit, combien coûte, en équivalent CO2, la construction d’un bateau ou d’une pièce ? Tout sera répertorié avec des datas très précises.” 

Une deuxième règle importante a été mise en place. Elle “incite les équipes à travailler avec des matériaux bio-sourcés, pour les fibres – en lin par exemple mais pas que -, les résines et les mousses.” Dans les faits, chaque équipe peut inclure jusqu’à 100kg d’équipements réalisés avec ces matériaux écologiques, une charge qui sera enlevée du poids officiel de l’embarcation. “Sans rentrer dans les détails et les calculs techniques, c’est un gain de performance important. Plus votre bateau est léger, plus vous allez pouvoir gagner en puissance ou en surface de voiles.” Le lien entre performance et éco-responsabilité est donc fait.

Dès 2023, chaque équipe devra aussi posséder une voile dite “verte” sur leur bateau. Des voiliers tous alimentés quasi-uniquement par de l’énergie renouvelable. “Ils consomment néanmoins beaucoup d’énergie parce qu’il y a de nombreux outils de navigation, mais c’est supporté par des panneaux solaires ou d’autres systèmes de production de plus en plus performants.” Certains skippers, comme Yannick Bestaven, sont par exemple équipés d’hydro-générateurs, des dynamos plongées dans l’eau qui créent beaucoup d’énergie, ou d’éoliennes.

Une évolution qui va dans le bon sens

Revenons à notre sujet initial : y aura t-il autant de performance avec des voiliers éco-conçus ? “Nous sommes en pleine transition, donc je ne peux pas vous répondre, je ne sais pas” affirme Imogen Dinham-Price. “Les évolutions menées n’ont en tout cas pas vocation à rendre les bateaux moins performants.” Cette “performance durable”, dixit la classe IMOCA, est aussi amenée à être transposée sur les navires de série, à l’image des hydro-générateurs, des panneaux solaires ou de logiciels qui commencent à être installés sur certaines embarcations privées. Servir de laboratoire sur l’éco-conception nautique, “c’est aussi notre rôle.”

Pour Alexia Barrier, la durabilité des bateaux doit être au cœur des préoccupations. “Que veut-on ? Durer ou simplement briller, à l’image d’une étoile filante ?” Et si, justement, être performant demain n’est plus synonyme de records du monde mais de conception de bateaux les plus respectueux de l’environnement et les plus durables possibles ? 

© Photo à la Une : Antoine Auriol/Team Malizia

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