Pierre Rabadan Ecolosport

Ecolosport s’est longuement entretenu avec Pierre Rabadan, adjoint aux sports de la Ville de Paris, et chargé des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Entretien riche et inspirant avec un ancien sportif de haut-niveau engagé dans la transition écologique.

Pierre Rabadan, à la suite de votre carrière de rugbyman, depuis 2015, vous vous êtes engagé aux côté de la maire de Paris, Anne Hidalgo. Quel est votre rôle au quotidien exactement ?

Pierre Rabadan : Mon rôle a évolué depuis 2015. J’ai commencé à travailler auprès d’Anne Hidalgo en tant que conseiller en charge du sport et des grands événements sportifs. Mon rôle était alors de suivre ces sujets au sein du cabinet de la Maire. Aujourd’hui, si les sujets restent les mêmes, je n’ai pas tout à fait le même rôle, le niveau de responsabilité a évolué. J’ai d’abord été élu dans le 14ème arrondissement, puis élu conseiller de Paris, et depuis juillet 2020, je suis adjoint à la Maire de Paris en charge du sport et des Jeux olympiques et paralympiques (JOP).

Je m’occupe donc de la gestion du sport à Paris, et il y a de nombreux sujets à traiter puisque nous avons plus de 500 équipements à gérer et une direction qui regroupe un peu plus de 2.500 personnes sur les 20 arrondissements. Je m’occupe aussi de coordonner la politique sportive, d’accueillir des événements et de gérer l’organisation du sport dans notre ville, qui est aussi un département. Je dois ainsi faire le lien avec tous les clubs et associations sportives de la ville, avec les mairies d’arrondissement. Mon rôle est aussi de gérer toute la politique de construction, d’entretien, de rénovation et de développement des surfaces sportives. Paris est la capitale et a donc un rôle central dans la politique sportive française.

Pierre Rabadan Ecolosport

Pierre Rabadan – © Guillaume/Ville de Paris

Et enfin, il y a les Jeux ! Depuis mon arrivée, en octobre 2015, j’ai très modestement accompagné la Maire dans la conquête de l’organisation des Jeux. Nous avons obtenu l’organisation des JOP en 2017 et depuis, nous travaillons à leur organisation en ayant en tête que ces Jeux ne sont pas que ceux de Paris, mais bien ceux de la France entière, voire de l’Europe – même si la période actuelle ne favorise pas les échanges.

Avant de revenir sur les Jeux, parlons de la Ville de Paris, qui est engagée sur les sujets d’écologie et de protection de l’environnement. Au-delà des JOP, que met en place la ville de Paris pour concilier pratique sportive et écologie ?

Pierre Rabadan : La protection de l’environnement est un pan essentiel de notre vision politique. Nous voulons transformer Paris, une ville dense, en un lieu de vie plus apaisée, en adéquation avec les Accords de Paris. Nous voulons nous adapter aux changements climatiques que nous pouvons constater au quotidien, qu’il s’agisse de la pollution atmosphérique ou de catastrophes naturelles comme les crues de la Seine. Une fois que nous avons fait ce constat, quel est le rôle du sport dans cette politique ? Pour la Maire et moi, il est essentiel. Notre environnement et l’activité physique conditionnent notre état de santé. Nous essayons de faire en sorte que la Ville de Paris, avec les contraintes qui sont les nôtres, évolue dans un environnement qui favorise le sport et l’activité physique. Il faut faire plus d’activités physiques, à tous les âges, pour lutter contre une sédentarité galopante.

Cela passe par énormément de sujets, je ne pourrai pas tous les lister. Nous voulons par exemple laisser une place plus importante à la pratique sportive dans l’espace public, adapter les parcours sportifs, mieux végétaliser nos équipements, transformer les rues pour y créer des lieux adaptés au sport, faire en sorte que les bois soient les poumons de la capitale dans lesquels il est facile de faire du sport. Nous souhaitons aussi accompagner davantage les clubs et les associations sportives parisiennes dans leur transition écologique, en leur donnant des outils, en guidant nos accompagnements économiques vers cette mutation, en transformant nos équipements sportifs et en les adaptant mieux aux contraintes environnementales, et en supprimant le plastique à usage unique, par exemple, lors des quelques 400 événements sportifs qui ont lieu à Paris en temps normal.

© Sophie Robichon/Ville de Paris

La période est difficile, le sport pour tous est à l’arrêt. Il y a urgence sur le plan sanitaire mais aussi social. Le rôle quotidien du sport dans l’amélioration de la santé physique et mentale, largement sous-estimée en temps normal, est actuellement criant tant l’impossibilité de sa pratique est lourde de conséquences. Nous sommes à un moment charnière. Le sport doit prendre une place beaucoup plus grande dans notre société, à tous les niveaux, avec plus de moyens et une volonté politique plus marquée à l’échelle locale mais surtout nationale.

Il faudra réussir la reprise dès l’activité dès que les conditions sanitaires le permettront, aider les clubs, associations, structures d’accueil pour la pratique.

Comment la Mairie de Paris peut pousser les clubs et événements de la ville – le PSG, le Stade Français ou Roland Garros pour ne citer qu’eux – à s’engager dans une transition écologique et dans une logique de sensibilisation aussi ?

Pierre Rabadan : Politiquement, ils connaissent notre sensibilité et savent que le soutien de la Ville de Paris est partiellement conditionné à une transformation responsable de leur structure et à un accompagnement vers des comportements plus écoresponsables. Pour ces clubs et événements, il s’agit d’opérateurs privés. Nous sommes donc dans une démarche d’accompagnement volontariste. Nous n’avons pas la capacité de les obliger à tenir une certaine feuille de route mais nous souhaitons être le plus influent possible.

Chacune des structures – PSG, Stade Français, Roland Garros, etc… – que vous avez cité ont pris conscience des enjeux environnementaux et s’inscrivent déjà concrètement dans une mutation progressive vers un développement durable de l’ensemble de leurs activités. Médiatiquement, cela se voit davantage avec les clubs professionnels, mais nous ne le faisons pas qu’avec eux, nous accompagnons l’ensemble de nos partenaires. Je crois que d’une manière générale, tous ont compris l’importance de se tourner vers un comportement responsable. Certaines associations sportives ont énormément de licenciés et elles peuvent être des locomotives sur ces sujets-là. Les Jeux s’inscrivent dans cette transformation.

Roland Garros Ecolosport

Roland Garros – © Christophe Guibbaud / FFT

Venons-en aux Jeux, justement ! Vous êtes en charge des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 pour la mairie de Paris. Ces JOP sont une occasion formidable de montrer que le monde du sport peut agir sur les questions environnementales, qu’il peut même être un moteur…

Pierre Rabadan : Avec l’ampleur d’un événement comme les Jeux Olympiques et Paralympiques, nous nous devons d’aborder tous les secteurs d’organisation avec responsabilité et diversité. Quand nous construisons des équipements, nous choisissons des matériaux responsables, en mesurant leur impact environnemental pour les Jeux évidemment mais surtout pour l’utilisation quotidienne post-JOP. Toutes les actions et réflexions portées dans le cadre de l’organisation des Jeux sont faites sous l’angle de l’éco-responsabilité et du développement durable.

Parmi les très nombreux objectifs de durabilité de Paris 2024, il y a l’alimentation durable, le développement de l’économie sociale et solidaire, l’impact carbone, la sortie du plastique à usage unique, entre autres… L’idée est d’être en capacité, au moment des Jeux en 2024, de créer une nouvelle norme de Jeux Olympiques et Paralympiques, et qui sera donc une nouvelle norme d’organisation des grands événements ! Le comité d’organisation a développé une stratégie de durabilité que nous suivons étroitement, car la Ville a une volonté  et une ambition d’héritage très forte, symbolisée par une mesure emblématique : la réappropriation de la Seine et la capacité de s’y baigner. Je pense aussi aux voies olympiques et à leur héritage. Elles doivent permettre d’accroître encore le développement des mobilités non-polluantes et de la pratique du vélo.

Vous parlez d’héritage, quels sont justement les objectifs de votre mandature ? A quoi doit ressembler le sport à Paris en 2026 ?

Pierre Rabadan : En 2026, je souhaite que Paris soit une ville où il sera plus facile de faire du sport. Cela passe par une meilleure qualité de nos équipements sportifs, par exemple. Il faut que Paris, dans sa restructuration et sa recomposition, soit mieux adapté à la pratique sportive. Les Parisiens veulent faire du sport, il y a une forte demande à laquelle nous devons répondre, par notamment le développement et l’amélioration de nos infrastructures.

Par ailleurs, au-delà de l’impact sur la santé, le sport a un rôle social, inclusif et éducatif éminemment important, que nous voulons développer lors de cette mandature. Nous abordons aussi et évidemment le sport par ce spectre-là. Le sport permet d’enseigner ou de réaffirmer des valeurs républicaines fortes, et permet aussi de rattraper des jeunes et des moins jeunes aux trajectoires de vie compliquées en leur réapprenant à vivre en collectivité et en société.

Enfin, nous souhaitons que Paris soit une ville innovante sur l’adaptation de la pratique sportive. Cela passe par le développement de pratiques nouvelles et adaptées au milieu urbain. Nous devons évoluer, tout en gardant une approche très environnementale du sport. Tout cela est lié. Je m’en suis déjà ému mais je le répète : j’aimerais que le monde du sport soit plus impliqué et soit le plus ardent défenseur de la cause écologique !

Piscines Elisabeth Ecolosport

Les Piscines Elisabeth – © Joséphine Brueder/Ville de Paris

Que pense justement l’ex-sportif de haut niveau que vous êtes de l’engagement des sportifs sur ces sujets environnementaux ? Est-il suffisamment important ?

Pierre Rabadan : De plus en plus de sportifs s’expriment sur le sujet. Certains s’en emparent et j’essaie d’en discuter avec eux lorsque je les rencontre. Je pense notamment à Martin Fourcade, Nikola Karabatic, Julien Pierre, Justine Dupont ou Tessa Worley… Vous savez, je me fais ce reproche à moi-même : lorsque j’étais rugbyman, j’étais sensible à ces sujets mais je ne les portais pas médiatiquement. Il faut une implication plus forte des acteurs du sport, et davantage encore des acteurs médiatiques. Les sportifs qui pratiquent dans un environnement les associant à la nature ont déjà un engagement assez volontaire, mais cela doit aller au-delà désormais.

Le monde du sport doit faire face aux défis qui se présentent à nous tous. Certains sportifs ne sont pas engagés, d’autres sont même défiants. Parfois, c’est la pratique en elle-même qui pose question ou qui subit les conséquences du réchauffement climatique, ce qui implique des adaptations et évolutions fortes sur leur pratique quotidienne ou en compétition. Je pense au tennis, en sachant que certains tenniswomen et tennismen essayent d’agir à leur niveau, en réduisant et en compensant leurs déplacements.

Comment faire pour que les sportifs s’engagent plus ? C’est une question qu’il faut leur poser, et c’est aussi votre rôle ! Je n’ai pas la recette miracle, chacun doit prendre son bâton de pèlerin : moi avec mes responsabilités politiques et sportives, vous avec vos responsabilités journalistiques. C’est notre rôle de faire prendre conscience à la population de l’impératif écologique actuel, au même titre que les sportives et sportifs peuvent être des relais essentiels.

Photo à la Une : Joséphine Brueder/Ville de Paris

Réagissez !

Bravo !
3
J'adore !
1
Wow !
1
Mouais...
0
Michaël Ferrisi
Fondateur d'Ecolosport, je souhaite encourager la transition écologique dans le monde du sport. Professionnel du digital dans le rugby, je connais l'environnement des organisations sportives, de ses acteurs et suis persuadé des opportunités que représente cette transition pour la planète et le sport.

Dans la même rubriqueEntretiens

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *