Avant-propos
Bastille Football Club
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Samuel peine encore à réaliser. À 44 ans, il vient d’être élu Président du Bastille Football Club, le club dont il suit les matchs depuis l’âge de six ans, qui l’a formé et dont il a porté les couleurs durant neuf ans. À l’époque de son enfance déjà, le BFC faisait partie des grandes places du football français. Ce club populaire parisien jouait les premiers rôles en championnat, disputait la Coupe d’Europe des clubs champions et cultivait une forme de romantisme, nourrie par son histoire ouvrière, quasi-révolutionnaire et son identité profondément populaire.
Longtemps enraciné dans son quartier, le club a changé de dimension il y a 15 ans. Sous l’impulsion d’un fonds d’investissement franco-canadien, le Bastille est devenu une marque mondiale. Le club a grandi, s’est internationalisé, et a même quitté son vieux stade pour une enceinte ultra-moderne construite près de Disneyland Paris et inaugurée il y a 2 ans. Rien d’un hasard : la métamorphose du club faisait l’objet d’une série documentaire diffusée sur Disney+.
Le projet semblait sans limite. Revendu à prix d’or à un fonds américain adepte de la multipropriété, le BFC devait devenir la pièce maîtresse d’un empire footballistique mondialisé. Mais le château de cartes a fini par s’effondrer. Trop éloigné de son histoire, de son peuple et de ses valeurs, le club a peu à peu perdu ceux qui l’avaient fait vivre. Les supporters historiques se sont détournés. Les investissements étaient trop lourds, les propriétaires ne renflouaient plus le déficit structurel, les finances ont sombré. La section féminine a été sacrifiée et vendue pour combler une partie des dettes. Et dans quelques mois, l’équipe masculine repartira du quatrième échelon national, après avoir traversé tout ce que le football moderne peut produire de plus sombre.
Cette chute spectaculaire et rapide a profondément marqué Samuel. Rien ne le destinait à reprendre le club, même si le football a toujours occupé une place centrale dans sa vie. Pendant 17 ans, il a été joueur. Un footballeur pro. En France, en Allemagne, en Angleterre. Formé au Bastille FC, il a successivement joué pour le Stade Rennais, le Borussia Dortmund, Crystal Palace, Manchester United, avant de revenir jouer dans son club de toujours, donc, le BFC. Durant sa carrière, il a parcouru de très nombreux stades, a vécu entre deux avions et trois hôtels. Sa retraite de footballeur était arrivée à point nommé, Samuel était épuisé par un football-business dans lequel il ne se retrouvait plus. Un football devenu trop cynique, trop déconnecté des gens qui le font vivre, trop polluant, trop éloigné de ses valeurs.
Lorsque des investisseurs locaux ont évoqué la reprise du Bastille à condition qu’il en prenne la présidence, Samuel a accepté de replonger. Avec une seule mission : rendre au club son identité, et reconstruire un modèle capable de réconcilier football, territoire, justice sociale et limites planétaires. Et avec une condition : lui laisser quatre mois pour partir découvrir, en Europe, ceux qui bâtissent un autre football.
Le projet était lancé. La quête pouvait commencer.
La quête –
Après l’effondrement de son club, Samuel, ancien joueur pro, traverse l’Europe à la recherche d’idées qui lui permettront de reconstruire un autre modèle de football. Au travers de ses notes, suivez sa quête et ses rencontres avec ceux qui tentent déjà de réinventer le sport le plus populaire du monde.
Par Michaël Ferrisi, avec les contributions d’Azaïs Perronin, Rachel Corboz et Sanaga
- Mis à jour le 15 juin 2026
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Here we begin
“Les voyages, je connais. La plupart du temps, ils sont aussi éreintants qu’enthousiasmants. Celui-ci ne me sera pas insurmontable tant je l’ai éprouvé : Paris-Londres, en Eurostar. Deux heures à peine pour remettre les pieds dans le pays qui m’a accueilli, quelques années plus tôt, comme joueur de football professionnel. J’ai passé six saisons au sein du meilleur championnat du monde. J’en garde des souvenirs précieux et un carnet d’adresses aussi épais qu’un roman anglais.
Mais ma quête ne démarre pas sur les bords de la Tamise. Elle commence plus au nord, sur les rives de l’Irwell, à Manchester. Dans cette ville façonnée par les usines et la pluie, les frontières existent encore : à l’est, les quartiers ouvriers battent pour City ; à l’ouest, plus aisé, on jure fidélité à United.
De ce club mythique pour lequel j’ai joué, certains supporters ont pourtant fini par s’éloigner. En 2005, lorsque la famille Glazer rachète Manchester United à crédit, une poignée d’irréductibles préfère partir plutôt que subir. Ils fondent alors le FC United of Manchester : un club créé par des amoureux du foot, pour des amoureux du foot. Y mettre les pieds ressemble à une bouffée d’air frais. Ici, pas d’actionnaires invisibles ni de propriétaires milliardaires : chaque membre dispose d’une voix. Même Eric Cantona, ancien joueur du grand Manchester United, vient récemment d’y investir. Le club appartient à 2 500 supporters, à celles et ceux qui remplissent les tribunes. Leur stade, Broadhurst Park, a été financé en partie par les fans. À Moston, dans le nord de Manchester, le football ressemble encore à un bien commun. Les billets restent accessibles, les bénévoles sont partout et le stade vit toute la semaine au rythme du quartier.
FC United n’est pas devenu un grand club. Il évolue encore en 7ème division, et une part de moi le regrette. Mais c’est peut-être précisément ce qui le rend si précieux aujourd’hui : ici, personne ne cherche à conquérir le monde. Seulement à ne pas perdre son âme.”
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Éric Cantona devient copropriétaire du FC United of Manchester
“Dans le train qui m’emmène vers Gloucester, ma 2ème étape, je repense à ces géants de Premier League, propriétés de milliardaires ou d’États pétroliers, souvent déconnectés du quotidien de leurs supporters. Pourtant, derrière les projecteurs, je me rappelle des centaines de petites mains qui œuvrent chaque jour pour maintenir un lien avec leur territoire : programmes éducatifs, actions sociales, soutien aux associations locales et à la communauté. Au Royaume-Uni, cette responsabilité semble naturelle. Et je ne peux m’empêcher de penser que nos clubs français, et le Bastille en tête, auraient beaucoup à apprendre de cette culture.
Ça y est, j’y suis. Sur le Tour de France, on appellerait ça l’étape-reine. Nailsworth, dans le Gloucestershire. À peine 6 000 âmes. Je n’y avais jamais mis les pieds. Le village est paisible. Le club que je viens de rencontrer, lui, figure depuis le début tout en haut de mon carnet : Forest Green Rovers FC. Une quête dans la quête. Ce que j’y découvre dépasse largement ce que j’étais venu chercher. Ici, chaque détail semble avoir été pensé autrement : alimentation, énergie, déplacements, pelouse, matériaux, gouvernance. Comme si quelqu’un avait décidé de pousser tous les curseurs environnementaux au maximum, sans jamais renoncer à faire du football un spectacle populaire.
Au Forest Green Rovers, l’écologie est le point de départ de tout le projet. Depuis le rachat du club par Dale Vince, fondateur de l’entreprise d’énergie verte Ecotricity, en 2010, chaque détail a été repensé : le stade fonctionne avec une électricité 100 % renouvelable, les panneaux solaires alimentent les infrastructures, la tondeuse est autonome et fonctionne à l’énergie solaire, l’eau de pluie est récupérée pour arroser la pelouse et le terrain est entretenu sans pesticides. Là-bas, ils disent qu’il est vegan. J’ai trouvé ça amusant. C’est d’ailleurs aussi le cas pour les joueurs, salariés et supporters. Ici, on ne sert plus de viande depuis des années. Les maillots sont fabriqués à partir de plastique recyclé, de marc de café ou de bambou selon les saisons. Le club est même en train de construire un nouveau stade quasiment entièrement en bois, pensé comme le plus écologique du monde.
Longtemps moqué, le club est finalement devenu un phénomène médiatique mondial. La FIFA l’a présenté comme le club le plus écologique du monde en 2019 et les médias du monde entier ont commencé à raconter son histoire. Cette visibilité a attiré des partenaires cohérents avec le projet et des marques engagées dans la transition écologique. En fait, ici, l’écologie est devenue un avantage économique, sportif – et in fine concurrentiel – parce qu’elle a été pensée comme une identité forte plutôt qu’une contrainte. En 2022, le FGRFC a sportivement validé cette stratégie audacieuse en montant pour la première fois de son histoire en troisième division anglaise, la League One. C’était le plus petit club de cet échelon. Pendant un temps, seulement, ce courageux pari a fini par fonctionner. Et me donne aujourd’hui un tas d’idées et une question : comment pérenniser ce modèle ?”
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Évolution du potentiel
- Objectif
- Potentiel
En terrains connus
“L’avenir du Bastille Football Club m’obsède. Comment en est-on arrivé là ? Alors que je tente de trouver des solutions, je repense à d’autres clubs qui sont, dans le passé, tombés de haut. Les Girondins de Bordeaux, Le Mans FC, le RC Strasbourg… Et puis Sochaux m’apparaît. Je fais mon sac dans la foulée, direction Gare de Lyon, puis le Doubs.
À Manchester, j’ai vu des supporters qui avaient créé un nouveau club pour retrouver le football qu’ils aimaient. À Sochaux, les supporters ont refusé d’abandonner le leur. Lorsqu’il a failli disparaître à l’été 2023, toute une région s’est mobilisée. Des chefs d’entreprise, des élus, des bénévoles, des amoureux et supporters d’un club amené au bord du précipice par son propriétaire chinois, qui l’avait acheté à Peugeot, entreprise indissociable du FCSM puisqu’elle l’a fondé.
Ce passage à Sochaux m’a replongé dans ce sauvetage miraculeux. Il fallait y aller pour comprendre : les usines Peugeot, les cités ouvrières, cette ville industrielle façonnée par plus d’un siècle d’histoire commune avec son club. Ici, le football appartient au paysage : le FC Sochaux-Montbéliard ne fait pas seulement partie du patrimoine local, il en est l’un des symboles.
Ancien joueur de foot, j’ai longtemps pensé que les clubs étaient sauvés par leurs résultats sportifs. Sochaux me raconte une autre histoire. Le club a été sauvé parce que des milliers de personnes ont refusé de voir disparaître cette mémoire collective et ces souvenirs de famille. De cette crise est née une expérience presque unique dans le foot français. À travers Sociochaux, les fans ont réussi à entrer dans la gouvernance du club et à participer à son avenir. Une idée simple, finalement : ceux qui aiment le plus un club devraient peut-être avoir leur mot à dire lorsqu’il s’agit de le protéger. Le club s’est ainsi reconstruit sous forme de SCIC, se basant sur les principes de l’économie sociale et solidaire.
En quittant Sochaux, une conviction s’est imposée à moi. Un club n’est jamais aussi fort que lorsqu’il est profondément enraciné dans son territoire. Et peut-être que le Bastille Football Club a commencé à se perdre le jour où il a oublié à qui il appartenait réellement.
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“Mon tour de France se poursuit un peu plus au sud et concerne un peu moins les hommes. Je reste scandalisé par ce que les anciens propriétaires du BFC ont fait de ce qu’on appelait un peu vulgairement la « section féminine ». Ils l’ont vendue au plus offrant, comme on se débarrasse d’un actif devenu encombrant. En quelques mois, tout a disparu. Ma vision du Bastille n’est pas celle d’un club masculin auquel on ajouterait une équipe féminine par obligation. Je rêve d’un club unique, où joueuses et joueurs seraient considérés avec la même ambition. C’est dans cet état d’esprit que je prends la route de Lyon, puis de Saint-Étienne, deux clubs rivaux.
À Lyon, je découvre un projet qui m’interpelle. Pendant des décennies, même les meilleures équipes féminines d’Europe ont vécu dans l’ombre de leur section masculine. Ici, quelque chose semble changer. Sous l’impulsion de Michele Kang, malheureusement adepte de la multipropriété, OL Lyonnes ne cherche plus seulement à être une équipe qui gagne. Le club affirme sa propre identité, son propre nom, ses propres ambitions. Pour la première fois de mon voyage, je me surprends à imaginer ce que pourrait devenir le Bastille FC si les femmes n’étaient plus considérées comme une extension du projet, mais comme l’une de ses raisons d’être. Mon champ de vision s’agrandit.
Quelques dizaines de kilomètres plus loin, à Saint-Étienne, la réflexion prend une autre dimension. Le football féminin y a trouvé sa place, mais ce n’est pas la seule transformation qui retient mon attention. Longtemps, j’ai pensé que les enjeux environnementaux étaient réservés à quelques pionniers comme le Forest Green Rovers. En Angleterre, j’ai découvert des modèles alternatifs radicaux. En France, je découvre quelque chose de plus subtil. L’AS Saint-Étienne m’a montré qu’un grand club populaire pouvait lui aussi se saisir de ces questions. À travers son programme « Vert l’Avenir », le club travaille sur son stade et la réduction de son impact environnemental, la sensibilisation de ses supporters, l’inclusion et son rôle social sur le territoire. Rien de révolutionnaire pris isolément, je connais d’autres clubs qui s’engagent sur les mêmes sujets. Mais il y a une conviction qui me parle : un club de football ne devrait pas seulement chercher à gagner des matchs, il devrait aussi chercher à être utile.
C’est précisément pour cette raison que j’ai voulu rencontrer Rachel Corboz. La footballeuse américaine et stéphanoise incarne, avec d’autres, une vision du football qui prend soin de la planète, et ça m’intéresse !”
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« Mon club idéal serait un club ambitieux, avec une vision à long terme, aussi bien sur le plan sportif qu’environnemental. Un club à la recherche de la performance et de l’excellence, mais qui ne perd pas de vue ses responsabilités sociales et écologiques. Ce serait également un club qui accorde à sa section féminine la même considération, les mêmes opportunités et la même ambition qu’à sa section masculine. Un club qui accompagne ses joueuses et ses joueurs dans leur développement. Sur le plan environnemental, la durabilité serait pleinement intégrée aux processus de décision, à la stratégie du club : mobilité durable, sobriété énergétique, gestion des déchets, achats responsables, la sensibilisation des différents acteurs du club… »
En quête d'identité
b“Bon, je vous avoue que cette histoire commence à me dépasser un peu. Il y a quelques semaines, je parcourais l’Europe dans un relatif anonymat, un carnet à la main et une idée fixe dans la tête : sauver mon club. Désormais, des journalistes me contactent régulièrement. Certains médias racontent mon voyage. Deux d’entre eux m’accompagnent dans ce 3ème périple. Si cette quête peut servir à mettre en lumière celles et ceux qui tentent de réinventer le football, alors elle aura déjà été utile.
Direction l’Espagne. L’un des pays qui accueillera une Coupe du monde 2030 partagée par 6 pays sur 3 continents et symbole – selon moi – d’un football qui va définitivement mal. Celle qui débute en 2026 en Amérique du Nord, devrait être la plus émettrice de gaz à effet de serre de l’histoire. Plus rien ne va…
L’Espagne, donc. Un pays de football, évidemment. Mais aussi un pays où l’identité des clubs dépasse largement le terrain. Première étape : ¡Sevilla! Je connaissais le Real Betis pour son public, sa ferveur et son éternelle rivalité avec le FC Séville. J’avais lu, ici et là, que le club portait l’un des projets environnementaux les plus aboutis du football européen, peut-être même du sport mondial. C’est visiblement le cas. Tout a commencé en 2020 avec le programme Forever Green. Au départ, je pensais découvrir une plateforme de sensibilisation classique. Ça va bien au-delà : le club est pionnier sur les questions écologiques, et Forever Green est un terrain de jeu collectif qui rassemble toutes les parties prenantes du club et qui dépasse les frontières andalouses.
Les dirigeants me racontent comment un simple match de football a permis de financer le retrait de plusieurs tonnes de déchets plastiques des océans grâce aux buts inscrits par l’équipe. Ils me montrent une tunique conçue à partir d’écorces d’oranges ou à partir d’algues invasives récupérées sur les côtes andalouses et de plastiques marins recyclés. Ils évoquent les campagnes de nettoyage de plages, les dispositifs de recyclage mobilisant les supporters les jours de match, ou encore les projets de biodiversité menés avec des entreprises et des chercheurs.
Le Betis ne cherche pas seulement à réduire son impact – ce qui est déjà beaucoup. Le club utilise sa notoriété pour rendre visibles des sujets que peu de gens regarderaient autrement : l’invasion des algues brunes sur le littoral andalou, la pollution des océans, la place de la nature en ville, les inégalités sociales. Auprès du Forest Green Rovers, l’écologie constituait le projet d’un “petit” club. À Séville, elle est devenue une sorte d’identité. Les médias en parlent, les partenaires veulent s’y associer et les supporters s’en emparent. J’ai découvert un grand club capable de transformer un engagement environnemental en une immense force.
Dans le train qui me mène vers Bilbao, je discute avec la journaliste et le photographe de L’Équipe, qui m’accompagnent, et un lien apparait entre le club anglais et celui de Séville : Hector Bellerin. Le latéral droit international espagnol porte les couleurs verdiblancos et est actionnaire du Forest Green Rovers. Il est LE joueur de football engagé. Une vraie source d’inspiration.”
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“Me voilà à Bilbao, toujours entouré de journalistes. Nous venons à la rencontre de l’une des plus grandes anomalies du football mondial : l’Athletic Club. Ici, seuls des joueurs originaires du Pays Basque, ou formés au club ou dans cette région, peuvent porter la tunique rouge et blanche. Dans une époque où le football est complètement globalisé, avec des clubs qui recrutent aux quatre coins de la planète, Bilbao continue de regarder d’abord autour de lui. Ce choix paraît presque insensé et pourtant, il fonctionne depuis plus d’un siècle.
J’avoue avoir été fasciné en visitant San Mames, le stade, et Lezama, le centre de formation. L’Athletic a résisté à la mondialisation du football sans jamais renoncer à ses principes. Son centre de formation produit régulièrement des talents de niveau international. 85% de l’effectif est issu de son académie ! Son stade est plein et le sentiment d’appartenance est intact. L’équipe féminine est gérée avec le même sérieux et la même philosophie que l’équipe masculine, et avec plus de succès. Peu de clubs peuvent en dire autant… J’admire profondément cet attachement à un territoire, à une culture. Je l’envie, même.
Mais pour la première fois depuis le début de mon voyage, je repars avec davantage de questions que de réponses. Avec une interrogation centrale : où se situe la frontière entre l’ancrage local et le repli ? Entre la préservation d’une culture régionale et l’exclusion de celles et ceux qui n’en font pas (encore) partie – et qui pourrait peut-être l’enrichir ?
La question restera peut-être sans réponse. Voici, pour le BFC en tout cas, ce que je comprends de ce voyage par delà les Pyrénées : un club doit savoir qui il est pour savoir où il veut aller. Au Bastille, il nous faut porter un projet de club alternatif et ouvert sur le monde de demain. Mais sans identité, les meilleures idées du monde finissent par se dissoudre. Et sans projet collectif solide, l’identité devient une simple nostalgie.“
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Évolution du potentiel
- Objectif
- Potentiel
La dernière étape
“Ma prise de fonction au Bastille Football Club approche et mon voyage européen prend fin à Hambourg, en Allemagne, où je dois assister à la finale de l’Europa League. Cette quête personnelle a pris une ampleur que je n’avais pas imaginée. Des journalistes ont embarqué dans l’aventure et des fans du Bastille m’écrivent régulièrement sur Instagram.
Avant la finale, je fais un détour par le quartier rouge de Sankt Pauli. J’ai beaucoup entendu parler du FC St. Pauli, que certains considèrent davantage comme un mouvement politique que comme un club de foot. C’était aussi ma crainte. Si je partage les valeurs du club allemand, je ne souhaite pas pour autant faire du BFC un club aussi militant. Mais l’important est finalement ailleurs tant j’ai été frappé par l’alignement total entre les valeurs défendues par le club, celles des supporters et les actions au quotidien. Ici, l’antiracisme, l’antifascisme, la lutte contre les discriminations ou la défense des droits LGBTQIA+ font partie de l’identité du club depuis des décennies. Les supporters les revendiquent. Les dirigeants les assument. Les partenaires les connaissent. Chacun sait pourquoi il est là.
À mesure que je découvre les tribunes du Millerntor, je repense à Manchester, Sochaux, Séville ou Bilbao. Tous sont différents mais tous partagent un point commun : ils savent qui ils sont. J’ai longtemps cru que les fans choisissaient un club pour ses succès. Ce voyage m’a appris qu’ils le choisissent aussi pour les valeurs qu’il véhicule, pour l’histoire qu’il raconte et pour la communauté qu’il rassemble.
Quelques heures plus tard, la finale de l’Europa League offre un autre aperçu de ce que pourrait devenir le football. Les organisateurs ont repris plusieurs principes déjà expérimentés lors de l’Euro 2024 allemand : transports publics intégrés aux billets, mise en avant du train pour les déplacements longue distance, dispositifs renforcés de réemploi et de tri des déchets autour du stade. L’Allemagne va même plus loin. Depuis peu, les clubs professionnels doivent répondre à des critères de durabilité pour obtenir leur licence. Gouvernance, impact environnemental, responsabilité sociale : ces sujets deviennent progressivement des éléments de gestion à part entière et c’est une évolution qui me paraît inévitable…
Lorsque mon train quitte Hambourg, direction Paris, je repense à toutes les personnes croisées durant ce voyage. Les supporters-actionnaires du FC United. Les socios de Sochaux. Les dirigeants du Betis. Les joueuses de Saint-Étienne. Aucun d’entre eux n’a trouvé la formule parfaite. Aucun modèle n’est totalement reproductible. Mais j’ai enfin rencontré des femmes et des hommes convaincus qu’un club de football pouvait être autre chose qu’une entreprise de divertissement.
Pendant des années, le Bastille Football Club a cherché à devenir plus grand. Et s’est perdu. Je suis parti pour le réinventer.
J’ai trouvé dans les tribunes de Manchester, les rues de Sochaux, les vestiaires de Saint-Étienne, à Séville ou à Bilbao une idée du football que je veux défendre. Le football de demain existe déjà. Il ne demande qu’à grandir.”
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Évolution du potentiel
- Objectif
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Épilogue, par Azaïs Perronin
Et si demain, en 2066, le Bastille Football Club avait renoué avec son quartier de façon raisonnée ?
Il est 7h00 du matin quand Samuel pousse la grille du stade du Bastille Football Club, comme chaque week-end. A 84 ans, le désormais bénévole continue d’ouvrir le club qu’il a dirigé pendant 20 ans. Depuis, le natif du quartier a vu passer plusieurs générations de joueurs, de supporters et diverses rénovations de terrain. Ce geste matinal peut paraître anodin mais en réalité, il représente une grande fierté pour celui qui a transformé le Bastille FC…
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