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Sur le terrain de la RSE et du développement durable, l’Olympique Lyonnais est, comme en Ligue 1, aux avant-postes. Entretien passionnant avec Maëlle Trarieux, Directrice RSE de l’OL. Elle évoque la stratégie RSE, les ambitions environnementales et la fan experience.

L’Olympique Lyonnais se positionne comme un acteur fort de la RSE dans le paysage sportif français. Quel est votre stratégie globale sur ces sujets ?

Maëlle Trarieux : Notre vision est de prendre conscience des responsabilités qui nous incombent, qu’elles soient sociales, sociétales ou environnementales. Nous voulons mesurer nos responsabilités, les endosser et être volontariste. Nous souhaitons avoir un impact positif sur la société, pas seulement limiter notre impact négatif. Nous sommes le club de football d’un territoire et l’idée est de contribuer à sa réussite. Vis-à-vis de cet écosystème, nous avons des responsabilités et des opportunités. Il faut cultiver cet état d’esprit : être un acteur positif sur notre territoire.

Depuis quelques mois, l’actualité de l’Olympique Lyonnais tourne beaucoup autour de l’écologie : Veolia vous accompagne, vous avez été labellisé par Fair Play For Planet, Reservoir Sun solarise l’OL Vallée, etc… L’OL semble avoir pris le virage vert. Quels sont vos projets et votre ambition sur l’éco-responsabilité du club ?

Maëlle Trarieux : Nous avons pris ce virage en 2016 avec le lancement du nouveau stade. Les problématiques environnementales sont nées avec sa construction. Dès la phase de conception, nous avons découvert un certain nombre d’aspects que nous n’abordions jamais auparavant en tant que club de football. Quand on parle de problématiques d’énergie, de mobilité, d’accessibilité, cela n’était pas de notre ressort quand nous étions à Gerland (l’ancien stade de l’OL, ndlr). Lorsque nous avons eu la responsabilité de construire ce nouveau stade, nous nous sommes aperçus que nous devions gérer la dimension d’éco-responsabilité. L’OL en a pris la mesure et a modifié le projet en y intégrant ces aspects. En 2016, lors de sa livraison, nous avons pu montrer tous les efforts effectués sur la géothermie, la récupération des eaux de pluie, la gestion des déchets, le gros plan d’accessibilité mis en place, etc. Tous ces projets sont nés avec le Groupama Stadium.

Le Groupama Stadium de l’Olympique Lyonnais – © S.Guiochon / OL

Depuis, nous poursuivons dans cette direction, nous essayons de nous améliorer chaque saison, en allant plus loin. Pour des questions d’investissement, il y a des projets que nous n’avons pas pu réaliser dès 2016 mais qui se sont concrétisés quelques années plus tard. Notre réflexion sur ces sujets a beaucoup mûri et les technologies ont aussi beaucoup évolué. Vous parliez de Reservoir Sun, par exemple. Au début du projet de stade, nous souhaitions capter l’énergie solaire sur le toit du stade, et nous nous sommes rendus compte que techniquement, au niveau de la portance, c’était trop dangereux. Mais nous n’avons pas abandonné l’idée et nous avons concrétisé cette volonté d’une manière différente.

Concernant nos ambitions, nous sommes actuellement en pleine analyse de notre bilan carbone. C’est l’étude de ce résultat qui nous permet de dessiner les projets des futures saisons. Je ne révèle aucun secret en disant que nous nous intéressons aux déplacements des fans et à l’accessibilité du stade sur les jours de match et de concert. L’alimentation, les textiles, nos équipements informatiques : il y a beaucoup de sujets que nous allons pouvoir approfondir avec des données chiffrées.

Vous parlez des jours de match, justement. Comment l’OL peut rendre la fan experience plus responsable ?

Maëlle Trarieux : De nombreux points de la fan experience sont connectés à l’environnement. Le premier – et j’en parlais tout à l’heure – est lié à l’accessibilité : comment allons-nous au stade ? Nous avons déjà fait de gros efforts sur ce sujet et ils se poursuivent, notamment sur les transports en commun, le covoiturage, sur l’accessibilité vélo. Nous avons justement de beaux projets dans les tiroirs pour renforcer la place du vélo dans nos écosystèmes.

L’expérience spectateur, c’est aussi la restauration, les buvettes, les espaces VIP, ce que nous mangeons, ce que nous buvons et ce que nous faisons de nos déchets. Nous avons une marge de progression vraiment intéressante sur le geste de tri de nos spectateurs. Nous savons que c’est le geste citoyen préféré des Français, après le vote. Nous espérons vraiment faire évoluer ce point-là, la saison prochaine.

Si on prend les impacts environnementaux du français moyen, ce sont les mêmes que nous retrouvons sur le spectateur de football : mobilité, alimentation, achats, etc. Nous creusons, nous cherchons des innovations et les bonnes idées. Nous souhaitons aussi faire de la sensibilisation auprès de nos supporters, essayer de mieux comprendre nos impacts, de manière ludique et non-punitive, sans faire culpabiliser les gens. Tous ensemble, nous voulons faire évoluer nos comportements, de façon agréable et vertueuse.

© OL

Inclure les joueurs et joueuses de l’OL fait partie de cette stratégie de sensibilisation ?

Maëlle Trarieux : Bien sûr ! Ce n’est pas évident tous les jours car nous faisons face à des contradictions, parfois. Mais nos joueurs et joueuses restent nos meilleurs ambassadeurs, ils sont les plus visibles dans les clubs de football. Il y a plus de retombées et d’influence sur une opération autour d’eux que sur ce que nous mettons en place lors d’un entrainement ou dans les bureaux.

Il faut bien connaitre le message que nous voulons porter pour les faire endosser, de manière légitime, par nos joueurs et nos joueuses. Quand nous communiquons sur les enjeux environnementaux à travers eux, il faut mettre le curseur au bon endroit, car ils sont tous des citoyens lambda. Personne n’est parfait, personne ne peut tout faire à fond, mais chacun peut faire un effort à son échelle et là où il a le plus envie de les faire. Tout le monde ne peut pas être à la fois végétarien, zéro déchet, sans voiture et n’acheter que d’occasion. Nous sommes humbles et nous leur demandons aussi de l’être quand ils prennent la parole sur leurs engagements, leurs gestes du quotidien ou leurs efforts. Quand ils en parlent, cela a bien plus d’impact que si c’est quelqu’un que personne ne connait, bien sûr.

Est-ce qu’avoir une mairie qui porte ces enjeux d’écologie est une raison supplémentaire d’accélérer cette transition ? Y a t-il une influence de la mairie auprès de l’Olympique Lyonnais ?

Maëlle Trarieux : Je n’ai pas vu de grosse différence dans notre activité depuis les élections municipales. Ce ne sont pas des sujets qui sont arrivés chez nous du jour au lendemain, nous travaillions dessus depuis de nombreuses années. J’y vois même, peut-être, un frein : on pourrait nous accuser de nous préoccuper des enjeux environnementaux depuis 1 an, alors que ce n’est clairement pas le cas. Cela nous oblige presque à davantage prouver notre sincérité.

Bien sûr, il y a aussi des aspects positifs, au-delà même de l’OL. Quand nous voulons travailler sur des projets d’infrastructure, comme l’accessibilité, avoir des collectivités locales qui vont dans le même sens que nous, ça aide à convaincre ou à embarquer d’autres partenaires. Nos intentions n’ont, en tout cas, pas changé. C’est plutôt la façon de collaborer avec nos parties prenantes qui peut avoir été facilitée.

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La stratégie RSE des clubs dans leur ensemble se confronte parfois à la réalité économique et à leurs stratégies commerciales. L’OL a récemment signé un gros partenariat avec AliExpress, dont l’empreinte écologique est conséquente. Est-ce difficile de faire cohabiter ces deux stratégies ?

Maëlle Trarieux : Pour moi, ce n’est pas antinomique. Nous sommes certes un club de football, mais nous sommes aussi une entreprise, qui s’évertue à mener ses activités de façon responsable. Pour qu’elle puisse continuer de le faire, il faut qu’elle continue à exister. Il faut une pérennité économique, un modèle qui permet de se projeter dans l’avenir parce qu’une stratégie RSE n’a de sens que pour une entreprise qui est pérenne.

Avoir des partenaires qui investissent dans le club et dans l’image du club, ce n’est que dans notre intérêt. Avec certains d’entre eux, nous avons un alignement évident des stratégies RSE, qui se renforcent l’une et l’autre, qui se complètent. C’est le cas avec Veolia ou d’autres partenaires. Et il y en d’autres avec lesquels il y a beaucoup moins d’interactions au niveau RSE – je n’ai d’ailleurs pas encore échangé avec AliExpress. Mais pour moi, ce n’est pas contradictoire et ça ne vient pas freiner nos avancées.

Nous ne nous revendiquons pas comme une ONG militante, nous sommes une entreprise basée dans le secteur du sport et de l’événementiel, et son fonctionnement implique d’avoir des partenaires, des diffuseurs, des spectateurs. Comment faisons-nous progresser tout cet éco-système vers un modèle plus vertueux et compatible avec les enjeux sociaux et environnementaux ? C’est une démarche de progression.

Sur la RSE, quel est l’avenir et quels sont les prochains projets de l’Olympique Lyonnais ? Que rêveriez-vous de mettre en place au sein du club ?

Maëlle Trarieux : Il y a tellement de choses que nous voulons faire mûrir, je ne vois pas un nouveau sujet sortir du chapeau (sic). Nous avons des engagements à long terme sur des sujets fondamentaux et de premier plan. Nos engagements sur l’emploi, c’est du long terme et nous n’avons pas résolu les problèmes d’emploi en France, ni à Lyon. On veut révolutionner la vision des recrutements, au niveau RH, en développant une application et en supprimant les CV de tous les processus de recrutement. L’idée est de faciliter l’emploi de tous et valoriser les compétences de chacun. Aujourd’hui, c’est un travail qui n’est pas abouti, nous pouvons encore nous améliorer.

L’amélioration des impacts environnementaux du club est un travail de fond, de longue haleine, et le bilan carbone dont je parlais ainsi que la labellisation de Fair Play For Planet débouchent sur des pistes d’amélioration. Au niveau environnemental, nous avons beaucoup travaillé sur les impacts directs du stade. Par contre, nous n’avons pas beaucoup progressé sur l’expérience spectateurs, que nous pouvons vraiment améliorer. Pour cela, nous avons besoin de communiquer, d’échanger ou de pouvoir tester des solutions avec eux. Les nouveautés pour la saison prochaine seront liées aux interactions que nous pouvons avoir avec nos supporters.

Michaël Ferrisi
Fondateur d'Ecolosport, je souhaite encourager la transition écologique dans le monde du sport. Professionnel du digital dans le rugby, je connais l'environnement des organisations sportives, de ses acteurs et suis persuadé des opportunités que représente cette transition pour la planète et le sport.

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1 Commentaire

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