Séverin Fischer Football Ecologie Ecolosport

Ancien Responsable Environnement de BNP Paribas, Séverin Fischer est fondateur de One Earth Consulting, un cabinet de conseil sur le développement durable. Également l’un des fondateurs de Football Ecologie France, il incite au quotidien le football à se tourner vers la réduction des émissions, voire leur compensation. Edito, à l’occasion de la journée mondiale pour l’environnement.

Oui, le football peut jouer un rôle en faveur de la transition bas carbone ! En usant de beaucoup de sensibilisation et en faisant preuve de pédagogie, le sport n°1 peut tout à fait réduire son impact climatique.

Pour cela, les clubs professionnels comme amateurs disposent d’une méthode qui a fait ses preuves auprès des entreprises et des collectivités locales : le Bilan Carbone®. Il consiste à identifier, mesurer, et piloter la réduction des émissions de gaz à effet de serre sur lesquelles l’organisme peut agir.

La comptabilité carbone d’un club de football repose sur 3 indicateurs d’activité : les énergies consommées au stade, les déplacements des joueurs et du staff, et les déplacements des fans au stade (domicile, extérieur).

On peut bien sûr raffiner avec d’autres axes de mesure portant sur l’alimentation, les équipements, les déchets, les matériels, le merchandising, etc.

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Séverin Fischer

Les énergies au stade et les déplacements des équipes peuvent être collectés avec une assez bonne précision, sur la base de factures de fournisseurs d’énergie (parfois gérés par la collectivité locale) ou de factures de transport ou de relevés kilométriques. La mesure des déplacements des fans reposera par contre sur une base d’hypothèses et sondages quant aux modes de transport empruntés pour venir encourager leur équipe.

Ces 3 principaux postes sont facilement traductibles en émissions de carbone au travers de facteurs d’émissions reconnus dans la littérature : notamment la Base Carbone® de l’ADEME.

Dès lors, le club peut définir ce qui pèse dans son empreinte carbone et s’engager dans l’action avec plus de certitudes sur les effets de celle-ci. Les leviers sont notamment :

  • Réduction des besoins d’électricité pour l’éclairage de l’enceinte avec le recours aux LED, d’énergie pour la « câlinothérapie » de la pelouse, pour le chauffage des locaux
  • Recours à l’électricité verte qui peut sous certaines conditions « annuler » les émissions de la consommation d’électricité
  • Recours à des modes moins émetteurs pour le transport des joueurs et du staff
  • Aides à la réduction des émissions induites par le transport des supporters à l’extérieur
  • Navettes et incitations aux transports en commun pour les spectateurs
  • Travail avec les prestataires de restauration pour avoir des produits locaux et de saison,
  • Partenariat avec des associations locales sur un objectif zéro déchet lors des matchs

Rares sont les clubs de L1 à avoir fait un calcul d’empreinte carbone. Aucun ne l’a publié à notre connaissance. Sur base de quelques hypothèses sur les indicateurs listés ci-dessus, il nous faut donc estimer qu’un club de L1 émet 500 tonnes de CO2 / an. En Angleterre, le Forest Green Rovers annonçait avoir émis 83 tonnes de CO2 en 2018/19, ce qui tient compte du fait qu’ils se déplacent peu – il évolue dans les divisions inférieures anglaises – et qu’ils appliquent un facteur nul à leur électricité, sourcée de façon décarbonée via leur sponsor Ecotricity.

La compensation carbone peut-elle jouer un rôle ?

En complément de ces actions de réduction, la pratique de la compensation carbone émerge dans le football européen. Le LOSC et le Bétis Séville ont par exemple rejoint l’initiative Carbon Neutral Now des Nations Unies, au travers duquel ils compensent leur émission annuelle de gaz à effet de serre. Concrètement, cela signifie qu’ils financent des programmes de conservation d’évitement d’émission de carbone (souvent des programmes forestiers dans des pays du Sud) à hauteur de ce qu’ils ont eux-mêmes émis et après avoir mis en place les actions de réduction. Pour éviter tout greenwashing, la compensation requiert de suivre trois principes :

  • une réduction préalable et poussée des émissions,
  • le recours à des programmes labelisés (par exemple VCS ou Gold Standard, ou le label Bas Carbone en France) permettant de contribuer positivement, avec des acteurs rigoureux- il y en a – à protéger et développer les puits de carbone de la planète,
  • une communication responsable et mesurée, qui reconnaisse les pré requis et les limites d’une telle démarche, et évite les raccourcis du type « nous sommes neutres en carbone »

Verra-t-on émerger un marché du carbone pour les clubs ?

Poussons le curseur encore plus loin : verra-t-on un jour émerger un marché du carbone réunissant les clubs professionnels de football, à l’instar du système d’échanges de quotas carbone auquel sont assujetties les grandes entreprises du continent ? Ce mécanisme donne un prix aux émissions, et donc une incentive à leur réduction. Il apparaît que les clubs professionnels de football sont des acteurs économiques aux émissions suffisamment significatives et concentrées pour faire l’objet d’un tel système. A l’heure où l’impact environnemental du football est de plus en plus souligné, quel sera le premier championnat à sauter le pas ?

Séverin Fischer

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Théo Fleurance
J'observe au quotidien à travers mon poste chez Football Écologie France la force de l'association sport-environnement, 2 milieux qui partagent les mêmes valeurs. Écrire pour Ecolosport, c'est aussi un moyen de renforcer mon engagement pour la défense de la planète.

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