GreeNicoTour Nicolas Vandenelsken Carnet de Route Ecolosport

Après plus de quatre mois de course quotidienne, ayant permis à Nicolas Vandenelsken de réaliser l’exploit de traverser la France en sensibilisant sur le réchauffement climatique, le sport-santé et la production de déchets, il est venu le temps du bilan. Entretien passionnant avec le créateur du GreeNicoTour.

Ta course devait s’arrêter le samedi 11 décembre à Paris, mais tu as décidé de continuer… Peux-tu nous raconter ton arrivée à Paris et les raisons qui t’ont poussées à continuer jusqu’à Vieux-Condé ? 

Nicolas Vandenelsken : L’arrivée à Paris était vraiment géniale, on a réussi à monter en très peu de temps avec Match For Green une arrivée au Stade Charlety. J’étais très content car c’est une infrastructure sportive mythique. Le soir, il y avait le match de volley Paris-Tourcoing, une belle dédicace à ma région ! J’ai pu donner le coup d’envoi du match, j’ai remis le Trophée du meilleur joueur. Nous avons réussi à construire avec eux et d’autres associations un événement qui réunissait différentes associations répondant au sujet que j’ai traité durant mon aventure : la Fresque du Climat, le ramassage des déchets, l’alimentation durable… Nous avons réussi à les réunir et à les faire discuter entre elles. C’est d’ailleurs l’un de mes objectifs pour 2022, il y a tout intérêt à travailler ensemble.

Ce qui est dommage, c’est que l’on a touché des personnes pour la plupart déjà sensibilisées. L’enjeu est de toucher les autres, c’est la vraie difficulté. Les dernières étapes ont été très intenses. Par exemple, la veille d’arrivée à Paris, je suis allé dans une école où 230 élèves m’attendaient en m’acclamant, je n’ai pas pu m’empêcher de tomber en larmes, les enfants ont cru que j’étais blessé !  C’était tellement vibrant, plein d’émotions. À Paris, c’était tout aussi dur quand je suis arrivé : j’ai tout lâché. Pierre Rabadan est venu, c’était très intéressant d’avoir la Mairie de Paris.

Pourquoi je me suis rajouté 6 étapes ? Depuis Marseille, l’idée me trottait dans la tête… J’avais envie de boucler la boucle. Je n’avais pas trop calculé le trajet, j’en parlais sans me prendre la tête, je voulais être sûr que physiquement tout allait bien. J’ai donc ajouté 6 jours au dernier moment.

Quel bilan fais-tu de ton projet GreeNicoTour ? 

Nicolas Vandenelsken : Il y avait trois aspects sur mon projet : l’aspect déchets, le réchauffement climatique avec la Fresque du Climat, et le sport-santé. Finalement, nous avons surtout été médiatisé sur l’aspect déchets. C’est pour cela qu’en 2022, j’aimerais bien faire peut-être un second tour de France, en axant sur l’aspect réchauffement climatique. Nous avons sensibilisé plus de 3.000 personnes : 2.200 jeunes et 750 adultes. Les interventions dans les écoles et les écoles supérieures ont vraiment bien fonctionné. Au-delà de ces actions de sensibilisation, nous avons créé un kit école pour assurer la durabilité de nos actions. Il est vrai qu’animer une Fresque après avoir couru 40 bornes tous les jours, cela n’a pas toujours été facile ! C’est pour cela que l’on souhaitait que les actions se pérennisent aussi.

Sur la partie déchets, je ne peux pas dire combien nous avons ramassé de déchets… Ce qui m’a surtout impacté, c’est le nombre de personnes qui ont participé ! Pour les masques, qui est un déchet nouveau et présent partout, nous en avons ramassé plus de 5.500, ce qui fait plus d’un masque au kilomètre… Sur l’accompagnement vélo, 48 personnes se sont relayées. C’était très riche en échanges. On a quand même dû, malheureusement, par six fois, utiliser la voiture. J’ai une anecdote d’ailleurs… Une fois le vélo à voyager tout seul en train. La veille j’avais dormi dans un club house de club de cyclisme et l’une des personnes du club souhaitait m’accompagner. Finalement, il n’a pas pu et étant contrôleur SNCF, il a réussi à trouver une place pour mon vélo dans le train ! Je l’ai récupéré à l’arrivée.

À quoi t’attendais-tu avant de partir et qui a été confirmé pendant ton projet ? À l’inverse, quelles ont été tes plus grosses surprises ? 

Nicolas Vandenelsken : C’est une bonne question… Sur la partie déchets, je n’ai malheureusement pas tant été surpris. J’avais déjà fait le constat auparavant : à chaque fois que tu te rapproches d’un complexe urbain plus important, les déchets augmentent. J’ai fait le constat que les deux sujets déchets et réchauffement climatique sont vraiment à traiter différemment. Finalement, ceux qui produisent le plus de déchets ne sont pas toujours ceux qui ont un impact sur le climat le plus négatif… Chaque personne à des façons de consommer différentes, il faut les sensibiliser différemment. Certains continuent à dire « je suis écolo car je recycle », alors qu’ils font d’autres choses impactantes… La pollution invisible, c’est un vrai sujet. Le tri des déchets devrait être un geste normalisé, pour certains il y a un manque d’informations.

Là où j’ai été agréablement surpris, c’est la facilité de trouver où dormir. Je n’avais jamais fait de porte à porte et j’ai été vraiment surpris de voir que beaucoup de personnes connaissaient ceux chez qui j’avais dormi la veille. Cela créait un lien, c’était vraiment une aventure incroyable humainement parlant ! J’ai aussi remarqué que cela les remotivait à aller courir un peu, à faire du vélo… Si moi j’arrivais à le faire, pourquoi pas eux ?

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Justement, physiquement, qu’as-tu appris après cet événement ? Comment vont tes jambes ? 

Nicolas Vandenelsken : Ma notion de temps et de kilomètre a complètement évolué. L’échelle est devenue complètement disproportionnée. C’était devenue une routine : c’était une telle quête d’aller à la rencontre de chacun que j’étais porté à chaque fois. Je pensais que ce serait beaucoup plus compliqué physiquement. C’était plus dur au début, évidemment, mais à la fin mon corps s’était habitué. Je n’ai pas l’impression d’avoir puiser dans ma réserve, c’est aussi pour cela que j’ai prolongé. Je ne me sens pas en mauvais état actuellement, tout du moins j’ai l’impression (rires). J’ai aussi eu beaucoup de chances niveau météo : le mauvais temps est apparu à la fin seulement, j’ai pu plus facilement l’accepter. Physiquement, j’ai eu la chance d’être accompagné par les ostéopathes de France, c’était bien utile, surtout à la 25ème étape. Ça été ma seule mais grosse alerte. J’écoutais mon corps, je me couchais très tôt, sinon je le sentais rapidement.


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Tu avais un rythme vraiment soutenu : un quasi marathon le matin, une rencontre dans les écoles l’après-midi, la rencontre avec l’habitant le soir… 

Nicolas Vandenelsken : C’est ça qui, parfois, était difficile. À certains moments, à 21h00, j’étais très fatigué ! Au-delà de la fatigue physique, il fallait être prêt psychologiquement à échanger avec des enfants, nous courrions parfois. Il y a des bornes de déplacement qui ont été rajoutées quelquefois, mais c’était toujours pour une bonne raison. Il y a des endroits où j’aurais aimé rester plus, c’est sûr, car il y a tellement de choses à faire, d’où la volonté de créer notre kit.

Les jeunes semblaient-ils sensibilisés ou peu au fait ? Quel est leur rapport au réchauffement climatique ? 

Nicolas Vandenelsken : Il est certain qu’ils sont plus sensibilisés que ma génération. Il y a toujours des exceptions, mais j’étais agréablement surpris de voir que ces sujets sont évoqués dans beaucoup d’écoles, les enfants sont interpellés par ça. J’étais surpris par leur niveau de connaissances. Dans certaines études, il est dit que les enfants commencent à ressentir une appréhension là-dessus. Je n’ai pas ressenti de la peur directement, mais certains ont quand même eu des paroles touchantes. Un enfant m’a dit que si l’on continuait comme ça, de toute façon, notre Terre allait exploser… Ce que je leur ai dit, c’était que ce n’est pas la Terre qui allait avoir un problème !

Quelle a été la plus grosse difficulté à gérer ? Si tu devais le refaire, ferais-tu quelque chose différemment ? 

Nicolas Vandenelsken : Ce que j’améliorerais, c’est peut-être de mieux anticiper, parfois, certains sujets. Fonctionner différemment au niveau des clés d’entraide également. Parfois, les villes ne répondaient pas. Aller directement à la rencontre des associations ou des écoles s’avéraient plus efficaces. Il y a des communes qui ont joué le jeu, évidemment. Si tu tombes sur un élu moteur, cela se fait tout seul. Ce n’était pas toujours le cas.

J’ai également ressenti qu’il y a, parfois, des parents qui attendent que les enfants agissent, car pour eux, ils ont déjà mal fait les choses de toute façon. En passant par les enfants, cela sensibilise aussi la famille. J’ai un exemple, avec la maman d’un petit garçon : l’un de ces derniers messages m’informait que son fils lui avait demandé de faire « comme Nicolas » et d’aller faire du plogging, alors qu’il pleuvait des cordes ! L’important, c’était ça : leur donner envie de se bouger pour leur corps et pour la planète. Des runners n’avaient pas forcément le geste de ramasser les déchets et le font plus simplement maintenant !

L’idée c’était vraiment d’interpeller : le fait de ramasser les déchets, de mettre les masques sur une broche… Symboliquement, chacun s’interrogeait. L’objectif était aussi de montrer la richesse de nos paysages français pour montrer qu’il n’est pas forcément nécessaire d’aller à l’autre bout du monde pour prendre des vacances. Il y a tellement de personnes qui vont si loin pour aller à la plage, sans même profiter de la culture… J’étais étonné de voir toute la richesse de nos paysages, nous avons de la chance !

Quels sont tes projets maintenant que tu es rentré ? Quels sont les projets de l’association ?

Nicolas Vandenelsken : Trop de choses ! Dans l’immédiat, nous aimerions changer le nom de l’association. GreeNicoTour est un nom de projet, pas d’association. Cela fera partie de l’association mais nous souhaitons un nom plus fédérateur. Nous allons faire participer les gens là-dessus. Ensuite, nous voulons agir concrètement pour le sport-planète : continuer ces actions dans les écoles avec les guides pédagogiques, une vidéo de l’aventure sous forme pédagogique. Nous souhaiterions travailler sur le lien intergénérationnel : si nous organisons un événement le samedi, nous pouvons en parler aux écoles la semaine d’avant, au maximum, afin que les enfants soient motivés et emmènent leurs familles !

J’aimerais aussi créer une Fresque du Sport responsable. Apparemment, cela est déjà en route donc il faut voir ce que nous pouvons faire, voir comment aider là-dessus. Nous souhaiterions aussi intervenir sur des événements déjà existants afin d’être ambassadeur, aller sensibiliser les acteurs de l’événementiel en direct par les Fresques du Climat. Réorganiser une éco-aventure, aussi, pour laquelle je veux repartir : j’ai apprécié la période sur laquelle je suis partie. Pourquoi pas une deuxième… L’idée serait que les gens participent encore plus, peut-être en choisissant où je passe. J’aimerais m’axer sur le réchauffement climatique, en évoquant moins l’aspect déchet.

Enfin, je vais faire des vacations dans les écoles supérieures ou les facultés sur l’éco-responsabilité dans le monde du sport, pour montrer aux étudiants qu’il est possible de prendre un tournant et de leur montrer des outils. 2024 sera un gros palier sur ces sujets-là : l’aspect marketing prend encore parfois le dessus, j’espère que cela changera dans le bon sens !

Leïla Brousse
Étudiante en politiques publiques et stratégies des organisations sportives, je suis convaincue du rôle sociétal du sport et de sa portée universelle. Véritable outil au service de problématiques plus transversales, le sport est selon moi une des réponses à la transition écologique.

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